La création made in Belgium s’expose et s’exporte. Zoom sur les créateurs belges les plus emblématiques.

La maroquinerie Delvaux. Dans les années 70, elle défilait pour Halston et Yves Saint Laurent. En un tour de jambes, le premier top métissé ringardisait toutes les autres. Aujourd’hui, Pat Cleveland n’a rien perdu de son allure. Elle est l’égérie du nouveau sac Diva de Delvaux, la maison de maroquinerie de luxe la plus ancienne au monde, fondée à Bruxelles en 1829… un an tout juste avant l’indépendance du Royaume de Belgique ! Un esprit mode libre qui imaginera mettre les sacs à main à l’heure des collections de saison.

Delvaux.
Delvaux. DR

Symbole de la mode belge

Rappelons que, si les Parisiennes ont leur Kelly d’Hermès, les Italiennes leur Baguette de Fendi, les Belges ont le Brillant de Delvaux. Un « puzzle » assez compliqué de 38 pièces de veau noir, assemblées entièrement à la main, qui nécessite une vingtaine d’heures de travail et fera aussi une belle carrière à l’international. L’année dernière, en Chine, un « palais » dédié au shopping de luxe, le SKP Beijing, a accueilli un pop-up exclusif consacré aux 60 ans du Brillant. Puisant dans un patrimoine de plus de 3 000 références, Delvaux, reste l’emblème de la création belge. La preuve ? En mai dernier, en marge du sommet de l’Otan, les épouses et l’époux des chefs d’Etat se sont rendus chez Delvaux, boulevard de Waterloo, comme on visite une institution.

Delvaux.
Delvaux.

La Maison Natan. On aurait tort de trop identifier le style Natan à celui des vestiaires royaux. S’il est vrai qu’il participe à de nombreux événements princiers en Belgique, aux Pays-Bas ou au Luxembourg, Edouard Vermeulen se défend d’être le « couturier du Gotha ». Pourtant, en 1999, il s’agit encore d’une visite royale… celle de Tina Turner, reine du rock ! En concert à Forest National, elle arrive, lunettes noires et cuir Stretch, et elle achète une robe en faille de soie rouge. Coupe parfaite, lignes admirablement ajustées, détails empruntés à la haute couture, tissus d’exception : le style Natan est là. Depuis trente-cinq ans.

Natan.
Natan. DR

Emblématique

C’est la dernière grande maison de couture en Belgique. Avec un chiffre d’affaires qui dépasse largement la dizaine de millions d’euros, une quarantaine de collaborateurs, dont presque la moitié en atelier, et une image bien ancrée dans le paysage de la mode belge, Natan est une PME en bonne santé. Elle brandit son indépendance comme un fer de lance, ayant toujours eu recours à l’autofinancement. Figure emblématique de Belgique, Edouard Vermeulen a été anobli et fait baron en 2017… le même jour qu’un certain Dries Van Noten.

Natan.
Natan. DR

Carine Gilson. Elle expose ses précieux (dés)habillés de soie jusqu’en avril 2020 au musée Mode & Dentelle, à Bruxelles, remettant à l’honneur l’un de ses patrimoines textiles : la dentelle. L’occasion pour Carine Gilson de nous inviter à découvrir son univers sensuel et hédoniste, tout en proposant un dialogue historique avec la dentelle évoquée à travers des pièces emblématiques du musée, dont un voile magnifique ayant appartenu à l’impératrice Sissi.

Carine Gilson.
Carine Gilson. DR

Naomi Campbell et James Bond girl

La « reine de la lingerie couture », qui habille la nuit, le jour, le soir, a fait de la soie la plus belle expression de son talent aux quatre coins du monde. En 2017, Naomi Campbell fait la couverture de Town & Country, photographiée par Max Vadukul dans un kimono bleu nuit de Carine Gilson. Une production mode qui avait fait parler d’elle. Non seulement parce que la Vénus noire y est sublime, mais aussi parce que ce magazine est plutôt connu pour son lectorat WASP. Et que dire de Bérénice Marlohe dans l’excellent Skyfall dans un peignoir de soie glamour rehaussé de fine dentelle ? Laquelle dentelle a été dessinée par Carine Gilson et réalisée, en exclusivité, dans la manufacture Sophie Hallette, à Cambrai.

Carine Gilson.
Carine Gilson. Nathalie Gabay

Dries Van Noten. C’est l’histoire d’une success‑story à la belge. Vénéré à Paris et à Tokyo autant qu’à Anvers, Dries Van Noten a fait du métissage la plus belle expression de son talent. Le créateur, qui a de l’allant et de l’allure, a toujours gardé ses distances avec le tape-à-l’œil du milieu de la mode, poussant l’élégance jusqu’à la discrétion. S’il a d’abord refusé toutes les propositions des « géants » de la mode, en 2018, il entame des démarches pour faire entrer des investisseurs extérieurs au capital de son entreprise.

Dries Van Noten.
Dries Van Noten. DR

Discrétion et élégance

La maison belge intégrera le portefeuille de marques prestigieuses du groupe espagnol Puig, parmi lesquelles Jean Paul Gaultier, Nina Ricci, Carolina Herrera et Paco Rabanne. Dries Van Noten conservant ses fonctions de directeur artistique et président du conseil de l’entreprise, la maison mère reste basée à Anvers. Lors de son dernier défilé, le Belge a invité Christian Lacroix à dessiner à ses côtés sa collection de prêt-à-porter aux accents couture (printemps‑été 2020). Un flamboyant travail à quatre mains qui a tapé dans l’œil des fashionistas.


Elvis Pompilio. S’il est moins présent dans la stratosphère fashion, à l’abri dans son studio de l’avenue Louise, à Bruxelles, Elvis Pompilio crée comme il respire. L’emblématique modiste bruxellois n’a rien perdu de sa liberté de ton. Inutile de rappeler que « Magic Elvis » a chapeauté tout ce qu’il y a de plus smart, de Bruxelles à Los Angeles : Axelle Red, Amélie Nothomb, Madonna, Elle MacPherson, Harrison Ford, Sharon Stone, Etienne Daho, la reine Mathilde… Il a même coiffé les mannequins de prestigieux défilés de mode, Chanel en tête. Et son célèbre chapeau de cow-boy (Stetson) revisité et pailleté a fait le tour du monde ! Ce fut l’un de ses plus gros succès commerciaux, à l’image de ses casquettes indéformables conçues d’une seule pièce, sans couture.

Elvis Pompilio.
Elvis Pompilio. Cici Olsson

L’enfant terrible de la mode

« Je me souviens de l’ouverture d’un department-store Elvis Pompilio chez Saks Fifth Avenue, à New York, se remémore-t-il. Moi, habillé tout en blanc, dévalant d’une limousine immaculée grande comme un char d’assaut ! » Le modiste produisait à l’époque plus de 25 000 chapeaux par an entièrement faits à la main. Quel chemin parcouru pour le petit Liégeois d’origine italienne. Aujourd’hui, celui que certains appellent encore « l’enfant terrible de la mode » a été honoré du titre d’officier de l’ordre de Léopold II, une récompense méritée.


Anthony Vaccarello. Sa réussite en dit long sur la formation que les jeunes créateurs reçoivent en Belgique. Et Paris ne tarit pas d’éloges à l’égard d’Anthony Vaccarello, directeur artistique de la maison Yves Saint Laurent. Le Bruxellois relève haut la main le défi, succédant à Hedi Slimane, Alber Elbaz, Tom Ford, Stefano Pilati et, avant eux, à « Monsieur », maître incontesté de la haute couture parisienne. Aidé de son mentor Pierre Bergé, Yves Saint Laurent aura révolutionné la mode, lancé une griffe prestigieuse et accompagné l’émancipation des femmes. Rien que ça !

Anthony Vaccarello.
Anthony Vaccarello. DR

Glamour masculin‑féminin

Reconnu pour sa maîtrise de la coupe, Anthony Vaccarello annonce le retour d’un glamour masculin‑féminin décomplexé. « Quand je crée une collection, déclare-t-il, je ne pense pas au sexe, parce qu’il est juste question de lignes et d’architecture. C’est seulement quand c’est porté par une femme que cela devient sexy. » Avec lui, le smoking pour femme, l’une des pièces emblématiques du vestiaire Yves Saint Laurent, revient sur le devant de la scène. Son sens du style business, son goût pour les tissus masculins et un certain classicisme ont séduit les aficionados. Sans nuire à l’hyperféminité sublimée par un revers bien échancré ou une paire de talons hauts.

Anthony Vaccarello.
Anthony Vaccarello. DR

Christian Wijnants. Voilà un créateur belge discret. Un de plus ! En 2013, à Londres, Christian Wijnants remporte la finale de l’International Woolmark Prize… comme, longtemps avant lui, Karl Lagerfeld et Yves Saint Laurent ! Un prix prestigieux, décerné notamment par Victoria Beckham, Donatella Versace et Diane von Fürstenberg. « Christian Wijnants a réinventé la maille et a su faire évoluer la technique grâce à un procédé industriel, écrit Franca Sozzani dans l’édito de Vogue Italia. Ses créations sont seyantes, féminines et sexy, une interprétation moderne de la laine. »

Christian Wijnants.
Christian Wijnants. DR

Créatif et technique

Depuis, Christian Wijnants a ouvert un flagship‑store à Anvers, enseigne à l’Académie des beaux-arts et vend sa griffe un peu partout. Cet automne, il lançait sa première collection capsule pour hommes. De la maille, bien sûr. Une quarantaine de pulls « seconde peau » déclinés dans une variété de motifs colorés et de fils, comme le baby alpaca et la laine mérinos. Outre la couleur et la coupe, la maille selon Christian Wijnants se veut à la fois créative et technique. Ainsi, des pulls de la collection homme ont été tricotés à quatre aiguilles, une technique qui permet de réaliser une encolure ronde sans couture. Le tricot circulaire, voilà la signature du créateur belge.

Christian Wijnants.
Christian Wijnants. DR

Thématiques associées

The good concept store A découvrir dans le concept store