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5 questions à Gerry McGovern, directeur du design de Land Rover

A l’occasion du Festival Automobile International, The Good Life a rencontré Gerry McGovern à Paris. Récemment honoré par l’Ordre de l'Empire britannique, le maître du design chez Land Rover nous explique comment il a imaginé la silhouette du nouveau Defender.

Un prototype de 1947 du premier Land Rover Defender trône fièrement aux côtés de son lointain descendant, la nouvelle version 2020. La scène se déroule au Festival Automobile International, aux Invalides à Paris, à l’occasion de l’exposition Concept-car et design automobile (jusqu’au 2 février 2020).

Adossé au capot du modèle le plus récent, un homme en costume et sneakers répond aux questions d’un confrère. Il s’agit de Gerry McGovern, directeur du design de Land Rover, multirécompensé pour son travail chez le constructeur anglais, jusqu’à la Couronne britannique qui l’a fait OBE (Order of the British Empire) le 1er janvier dernier. Puis vient notre tour de l’interviewer. Compte-rendu.

Au Festival Automobile International, à Paris, le Land Rover Defender de 1947 voisine avec celui de 2020.
Au Festival Automobile International, à Paris, le Land Rover Defender de 1947 voisine avec celui de 2020. TGL

The Good Life : Selon vous, comment est-ce que le Defender est devenu aussi iconique ?
Gerry McGovern :
D’abord, parce qu’il est là depuis longtemps ! Tout le monde, surtout au Royaume-Uni, a une histoire avec le Defender. Ensuite, il doit son succès, dès les premiers modèles, à sa simplicité, sa fiabilité, la possibilité de le reconstruire soi-même… Son design aussi, épuré, si minimaliste qu’un enfant peut le dessiner, l’a rendu reconnaissable au premier coup d’œil.

« Etre honnête avec moi-même, Land Rover, et l’époque actuelle »

The Good Life : Justement, ce design, comment avez-vous réussi à le traduire dans cette nouvelle version ?
Gerry McGovern :
J’ai beaucoup insisté sur le fait qu’il ne fallait pas se préoccuper des anciens modèles. C’est un nouveau Defender pour une nouvelle génération. Il ne faut pas copier un véhicule de 1947 mais être honnête avec soi-même, la marque et l’époque actuelle. Il est donc résolument moderne. Malgré tout, il se devait de capter l’essence du véhicule d’origine. On la retrouve dans son profil très horizontal, ses formes géométriques simples, son allure inspirée de l’architecture moderniste, ses proportions optimales pour sa fonction de tout-terrain. A l’avant, c’est propre, sans fioritures. A l’arrière, c’est vertical, plat, avec des angles droits. Le design permet de communiquer avec le consommateur. Et celui du nouveau Defender renvoie à la force, à la robustesse, il inspire confiance, on se sent protégé, il peut aller partout. L’intérieur aussi est très important, on voit les écrous, tout est simplifié, le métal n’est pas couvert, on trouve des poignées, de quoi s’accrocher. En ça, il est le digne descendant des précédentes versions.

Le Land Rover Defender 2020.
Le Land Rover Defender 2020. DR

« Le design définit et communique ce que la marque représente »

TGL : Quelle est la place du design lors de la conception d’un véhicule chez Land Rover ?
G.M. :
De nombreux constructeurs pensent la mécanique en amont, et les designers doivent s’adapter. Ainsi, on voit beaucoup de voitures mal proportionnées, parce que la plateforme a été pensée avant le design. Chez Land Rover, nous travaillons différemment. Nos designers imaginent les proportions, le concept général de la machine, et nos ingénieurs doivent s’adapter. C’est important, car aujourd’hui, le design est l’élément le plus différenciant sur le marché. Il définit et communique ce que la marque représente.

Le premier prototype du Defender (1947).
Le premier prototype du Defender (1947). TGL

TGL : Les Range Rover et Defender sont souvent cités comme des véhicules qui ne se démodent pas. Quel est le secret pour dessiner une voiture au design intemporel ?
G.M. :
Je ne suis pas un pur designer automobile, je suis passionné par l’architecture et l’art. Je m’inspire du modernisme. Et quand on regarde des constructions d’architecture moderniste, à Palm Springs par exemple, elles semblent toujours modernes aujourd’hui, 60 ans plus tard ! Si l’on simplifie et que l’on évite les excès, que chaque ligne et détail sont là pour une raison, on s’assure une certaine longévité. En automobile, il s’agit de cycles d’une dizaine d’années. Et quand on prépare un nouveau modèle, il ne faut pas repartir de zéro, mais toujours penser à simplifier encore plus, en profitant des nouvelles technologies.

Gerry McGovern.
Gerry McGovern. TGL

« Faire en sorte que Land Rover ne ressemble à personne d’autre »

TGL : Il faut trouver le bon équilibre entre la modernisation de la marque, et la conservation de son identité…
G.M. :
Je ne dessine plus, je transmets notre vision à mes équipes.  Ce sont des jeunes designers, qui regardent constamment les évolutions des matériaux et technologies. On visite les salons, on garde un œil sur ce qui se fait de nouveau. Mais mon travail c’est de faire en sorte que Land Rover ne ressemble à personne d’autre, et que l’on se serve de ces nouveautés pour les adapter à nos besoins et notre identité. Les nouvelles technologies doivent servir le design automobile, pas l’inverse.


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