Nous aurions pu ressortir d’anciens enregistrements de compositeurs belges, autant le dire trop rarement joués. Nous nous sommes concentrés sur les représentants d’une scène ultradynamique et talentueuse, celle des interprètes.

Soprane. Le bicentenaire de la naissance de Jacques Offenbach a donné lieu, en 2019, à de belles résurrections sur scène comme sur disque. Mais nul doute que celle-ci est l’une des plus délicieuses. Jodie Devos, soprano belge à l’irrésistible présence scénique et à la voix somptueuse, nous offre un récital d’airs extraits d’opérettes bien souvent méconnues.

Certains d’entre eux, tels La mort m’apparaît souriante, extrait d’Orphée aux Enfers, ou la romance de la princesse Elisabeth, issue du splendide Fantasio, sont des pages de recueillement qui ne dépareraient pas les grandes scènes lyriques.

En prime, deux extraits des Contes d’Hoffmann, le grand opéra du compositeur, dont la célébrissime Barcarolle, où Jodie Devos est rejointe par la mezzo-soprano Adèle Charvet. Pour ceux qui ont une vision d’Offenbach le réduisant à un amuseur sans génie mélodique et… pour tous les autres, ce disque est un régal. Offenbach Colorature, Jodie Devos, soprano, Münchner Rundfunkorchester, Laurent Campellone (Alpha Classics).


Contre-ténor

Contre-ténor, chef d’orchestre, chercheur et pédagogue, René Jacobs est l’une des personnalités musicales les plus marquantes de notre époque. Tout d’abord petit chanteur à la cathédrale de sa ville natale, Gand, son parcours l’a ensuite mené à la rencontre des grandes figures de la résurrection de la musique baroque que furent Alfred Deller, les frères Kuijken et Gustav Leonhardt.

René Jacobs en est aujourd’hui l’héritier. Depuis quelques années, son image s’est liée à celle de Mozart, dont il a enregistré tous les opéras, autant de disques indispensables. Sa version du Requiem est tout aussi captivante. Requiem de Mozart, Rias Kammerchor, Freiburger Barockorchester, René Jacobs (Harmonia Mundi).


Pianiste

Un disque au programme a priori un peu improbable, mais très cohérent. Entre l’une des symphonies les plus dramatiques de Haydn et le Concerto no 27 de Mozart, fort mélancolique, nous découvrons une oeuvre néoclassique composée par Dinu Lipatti, l’un des plus grands pianistes du XXe siècle, disparu tragiquement à 33 ans.

Le pianiste belge Julien Libeer interprète un délicieux concertino pour piano, composé en 1936 par ce musicien alors âgé de 19 ans. Lignes parallèles, Julien Libeer, piano, orchestre Les Métamorphoses, Raphaël Feye (Evil Penguin Records).


3 questions à Florian Noack

Né en 1990 à Bruxelles, Florian Noack a étudié à la Chapelle musicale Reine Elisabeth, puis a reçu l’enseignement du pianiste et compositeur russe Vassily Lobanov. Il nous propose un CD exclusivement consacré à Sergueï Prokofiev (La Dolce Volta). Il y mêle œuvres de jeunesse – les Quatre études pour piano opus 2 – et œuvres de la maturité – les Visions fugitives –, des bijoux brefs et elliptiques qui constituent, selon lui, un agglomérat de points d’interrogation.

Florian Noack

The Good Life : Vous ouvrez ce disque par une oeuvre peu jouée et très nostalgique, les Contes de la vieille grand-mère, composée par Prokofiev en 1918, aux Etats-Unis…
Florian Noack : C’est l’oeuvre qui, pour moi, permettait de pénétrer dans l’univers du compositeur. Elle est très narrative. Je voulais, dans ce disque, faire apparaître plusieurs visages de Prokofiev, pas seulement l’aspect motorique, qui est le plus souvent retenu, et qu’on retrouve cependant dans certaines études que j’ai enregistrées.

TGL : Sergueï Prokofiev était également un formidable pianiste. De quelle manière l’écriture des œuvres en est-elle influencée ?
F. N. : Chaque compositeur pianiste a son univers et écrit en fonction de ses mains, de ses affinités techniques. Pour les Visions fugitives, je me suis penché sur l’enregistrement de Prokofiev. Avant cette écoute, c’est un cycle que je trouvais parfois abstrait. Mais en écoutant le compositeur, l’oeuvre m’est apparue beaucoup plus logique, naturelle, vivante. Cette musique nous offre le panorama le plus complet de tous les styles de Prokofiev. On y trouve même des influences françaises. C’est, à mon avis, son chef-d’oeuvre pianistique. Mais pour revenir à l’écriture, elle reste pour moi très compliquée, alors que je me sens très à l’aise, par exemple, avec le type de virtuosité de Rachmaninov, avec laquelle je ne me sens pas en danger comme je peux l’être avec Prokofiev.

TGL : Ce disque s’achève avec la Sonate no 6, première des trois sonates composées durant la Seconde Guerre mondiale et qu’on appelle « Sonates de guerre »…
F. N. : Lorsqu’on écoute cette musique, une question vient à l’esprit concernant les intentions ou le contexte d’une oeuvre. Une musique, ce sont des sons ; ce n’est pas de l’histoire, ce n’est pas de la philosophie. Cela me rappelle une phrase d’un autre compositeur russe, Alexandre Scriabine : « Faire de la philosophie en musique, c’est jouer aux échecs avec les règles du jeu de dames. » Et je souscris aussi à ce que disait Jorge Luis Borges : il n’y a pas d’art engagé et l’artiste ne sait pas véritablement ce qu’il est réellement en train de créer. J’ai donc voulu me détacher du contexte historique porté par cette oeuvre, afin de l’interpréter.

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