Européenne, internationale, et cosmopolite, la capitale belge offre une multitude d’identités qui reflètent une histoire dense et mouvementée. Créée en 1989, la jeune Région de Bruxelles‑Capitale doit aujourd’hui faire face à de nombreux défis… et problèmes. The Good Life a essayé de comprendre…

Bière et chocolat. C’est tout de suite ce qui vient en tête quand on pense aux spécialités belges et à Bruxelles. Le chocolat et la Belgique, c’est une longue histoire qui remonte à l’arrivée du cacao dans le port d’Anvers, alors même que la Belgique n’existe pas encore. Au XIXe siècle, un pharmacien confiseur enrobe ses comprimés de chocolat, puis son petit‑fils invente la praline (le chocolat fourré).

Ce sont les Neuhaus, créateurs de la chocolaterie la plus ancienne de Bruxelles. Nombreux sont ceux qui ont, ensuite, contribué à la réputation du chocolat belge : Callebaut (qui fusionne en 1996 avec le français Cacao Barry), Godiva (racheté en 2007 par le turc Yildiz), Côte d’Or (devenu américain), Galler (maintenant aux mains des Qataris). Des marques plus ou moins industrielles qui ont peu à peu terni l’image qualitative des chocolats belges.

La boutique Neuhaus, dans la galerie de la Reine.
La boutique Neuhaus, dans la galerie de la Reine. DR

« C’est ce qui arrive quand on s’endort sur ses lauriers ! constate Pierre Marcolini, chef pâtissier-chocolatier belge. Nous avons été de grands créatifs, mais force est de constater que l’enseignement professionnel est tombé en déliquescence. Et pourtant, c’est la base. C’est ce qui, avec ses institutions, ses associations, ses écoles, fait la force de la gastronomie française. Nous n’avons pas suffisamment investi dans ce genre de choses. Et puis, nous portons en Belgique un regard un peu malveillant sur la gastronomie en considérant qu’elle est destinée aux riches. Le travail des chefs n’est pas valorisé. »

A Bruxelles, savoir-faire artisanal

En 1995, Pierre Marcolini gagne le titre de Champion du monde de pâtisserie et décide de se lancer à son compte. Comme ses confrères artisans, il travaille d’abord avec du chocolat de couverture (traité en amont par des fournisseurs tels que Barry Callebaut ou Valrhona), mais il comprend vite que c’est en travaillant à partir de la fève qu’il se distinguera et s’ouvrira à des goûts plus riches, à des arômes plus subtils. Tout en contrôlant chaque étape du processus de fabrication.

La Nanobrasserie de l’Ermitage, 28, rue Lambert-Crickx. L’un de nos 3 bars favoris à Bruxelles.
La Nanobrasserie de l’Ermitage, 28, rue Lambert-Crickx. L’un de nos 3 bars favoris à Bruxelles. Amélie Landry

Il est devenu le plus célèbre des chocolatiers belges et l’un des plus connus dans le monde. Il possède 45 boutiques (dont 27 en propre en Europe, 7 au Japon et 5 en Chine, son marché le plus prometteur). Le chocolatier a même implanté, via la plate‑forme WeChat, un programme permettant de livrer ses gourmandises partout dans le pays.

Une croissance qui se confirme également sur d’autres territoires : Dubaï, Londres et un e‑commerce qui a doublé ces deux dernières années en Europe. Si Pierre Marcolini a des partenariats au Japon et en Chine, il reste maître de son destin. « Le fondateur est toujours là ! Je suis le directeur artistique et créatif de cette entreprise, mais j’ai aujourd’hui une équipe managériale forte et compétente pour assurer ce développement. »


Canal et Kanal

« A Bruxelles, soit vous naissez du “bon” côté du canal et vous fréquentez des gens de Uccle, Ixelles, Saint‑Gilles… soit vous naissez de l’autre côté, celui de Laeken, Jette, Mollenbeek ou Ganshoren… » Le bourgmestre Philippe Close résume ainsi les deux mondes qui cohabitent de part et d’autre du canal qui traverse la ville.

Mais que ce soit d’un côté ou de l’autre, plus on s’approche du canal, plus on est confronté aux cicatrices du passé industriel de la ville. Zone mal famée, voire infréquentable il y a quelques années, elle connaît une nouvelle dynamique. « Kanal-Centre Pompidou peut être l’élément structurant de cette zone, qui est l’autre grande cicatrice urbaine de Bruxelles avec la jonction Nord-Midi, poursuit-il. Tout ce qui se construit autour du canal décloisonne et soigne cette cicatrice. »

Yves Goldstein pilote le projet du Kanal-Centre Pompidou, le premier musée d’art contemporain, à Bruxelles.
Yves Goldstein pilote le projet du Kanal-Centre Pompidou, le premier musée d’art contemporain, à Bruxelles. Amélie Landry

En 2012, l’architecte, urbaniste et paysagiste Alexandre Chemetoff a été chargé de poser les bases de ce qui deviendra le Plan Canal. Le territoire du canal a été défini comme prioritaire en matière de politique d’aménagement du territoire dans la Déclaration de politique régionale pour la législature 2014-2019.

Un emblème flagrant de ce renouveau est Up‑Site, la plus haute tour résidentielle de Belgique, inaugurée en 2014. Avec ses 140 m de haut et ses logements de luxe, elle domine le quartier plus qu’elle ne l’anime. Mais la métamorphose avait débuté bien avant, sur la rive opposée.

Métamorphose de Bruxelles

Dès 2008, l’Entrepôt royal, premier bâtiment rénové de l’immense site de Tour et Taxis, accueillait ses premiers visiteurs et entreprises. Si le site est fréquenté pendant le week‑end, pour les salons et les foires qui s’y tiennent, c’est en revanche bien calme en semaine… A part ceux qui y travaillent, les quelques visiteurs et les rares commerçants attendent patiemment que l’effet Kanal se fasse sentir.

Musée Kanal – Centre Pompidou.
Musée Kanal – Centre Pompidou. NOA - EM2N - SBA

Bruxelles Environnement s’est également installé sur le site avec un bâtiment exemplaire, près de l’ancienne fabrique de Byrrh (apéritif au quinquina), qui vient d’être entièrement réaménagée. Rebaptisée Be‑Here, elle accueille en priorité des entreprises créatives liées à l’alimentation. Un petit marché bio, une brasserie, des événements animent le lieu.

Enfin, plusieurs projets résidentiels aux noms évocateurs – Canal District, Canal Wharf, City Dox, Atlantis… – promettent un cadre de vie idéal, avec espaces verts et services. Le gouvernement s’était donné dix ans pour concrétiser ses ambitions sur ce territoire. Ce qui nous mène en 2024. A cette date, Kanal‑Centre Pompidou devrait avoir ouvert ses portes et le canal, avoir retrouvé une certaine dignité.

Chiffres clés

Population : 1,2 M d’habitants, soit 10,5 % de la population belge (2018).

19 communes forment la Région de Bruxelles‑Capitale (par ordre d’importance) : Bruxelles‑ville, Schaerbeek, Anderlecht, Molenbeek‑Saint‑Jean, Ixelles, Uccle, Woluwe‑Saint‑Lambert, Forest, Jette, Saint‑Gilles, Etterbeek, Woluwe‑Saint‑Pierre, Evere, Auderghem, Saint‑Josse‑ten‑Noode, Watermael‑Boitsfort, Ganshoren, Berchem‑Sainte‑Agathe, Koekelberg.
Superficie : 161,4 km2 soit 0,5 % de la superficie de la Belgique.
Population de nationalité étrangère : 34,8 % (2018), dont 23 % des 28 pays de l’Union européenne.
– Principales nationalités étrangères (2017) : France (63 154 pers.), Roumanie (38 418), Maroc (37 449), Italie (32 718).
– Population d’origine étrangère en 2015 : 77 % à Bruxelles.

Marché du travail : 93 % des personnes travaillent dans les services.

– Plus d’un tiers des emplois est occupé dans 3 secteurs (37 %) : les activités spécialisées, scientifiques et techniques et les activités de service administratif et de soutien (20 %) ; le commerce de gros et de détail (9 %) ; les activités financières et d’assurance (8 %).
– Population en âge de travailler (15 à 64 ans) : 795 840 (2017), dont 526 025 sont actifs et 269 815, inactifs.
– Taux de chômage administratif : 16,4 % (déc. 2017). La population active âgée de 15 à 24 ans enregistre le taux de chômage le plus élevé : 33 %.
– PME (de 0 à 49 salariés) : 98,9 %.

Indicateurs macro-économiques :

– PIB : 75,9 Mds €, soit 17,9 % du PIB belge (2016).
– PIB par habitant : 63 790 €, soit 1,7 fois celui de la Belgique (37 454 €).

Ina Chong


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