Cotée en bourse et présente dans une centaine de pays, l’entreprise italienne Technogym est l’un des leaders du marché de l’équipement sportif. Une machine bien huilée, logée dans un écrin imaginé par Antonio Citterio : le Technogym Village, qui réunit le siège et l’usine à Cesena, en Italie.

Gambettola, en Emilie-Romagne (Italie), entre Bologne et Saint-Marin. C’est ici qu’en 1983, le jeune designer industriel Nerio Alessandri construit sa première machine de musculation dans le garage de ses parents : l’acte fondateur de Technogym.

Tout s’enchaîne alors pour ce passionné de sport et de tech, qui conçoit un tout-en-un, la Unica, quatre ans plus tard, que l’on retrouvera chez toutes les grandes familles italiennes. La mode du fitness n’est plus réservée aux bodybuilders, le bien-être devient tendance, et Technogym sort son premier tapis de course en 1994, avant d’intégrer, et c’est une première mondiale, un écran dans une machine en 2004.

Au Technogym Village, les employés jouent le jeu du « wellness » jusque dans leurs assises…
Au Technogym Village, les employés jouent le jeu du « wellness » jusque dans leurs assises… DR

En 2012, Alessandri confie à l’archi-star et designer Antonio Citterio le soin de créer le Technogym Village. Il est situé à Cesena, près de Gambettola, où tout a commencé. Plus de 15 000 m² qui abritent l’usine et le siège, dans un décor inspiré par les collines et vagues qui rappellent les rameurs et tapis à l’origine du succès de la marque.

Le Technogym Village.
Le Technogym Village. Julien Chassagne

C’est d’ici que sortent toutes les machines de la firme, et où travaille la quasi-totalité des 2300 employés. L’usine fonctionne à la demande. Chaque produit est assemblé, puis testé – d’abord un test physique, puis un test électronique – emballé et livré. Rien n’est stocké plus de 24 heures.

5 questions à Nerio Alessandri

Fondateur et CEO de Technogym.

Nerio Alessandri, fondateur et CEO de Technogym.

The Good Life : Le département recherche et développement semble être d’une importance capitale chez Technogym…
Nerio Alessandri :
Depuis 36 ans, l’innovation est la priorité numéro 1 de Technogym. Le département R&D est donc le cœur l’entreprise. Nous développons de nouveaux produits, mais nous sommes également toujours à l’affut des nouvelles tendances du fitness, du sport et de la santé. L’objectif est de créer le meilleur équipement sur le marché, et fournir à nos clients les meilleures technologies numériques et des programmes personnalisables.

TGL : L’innovation est-elle le secret pour rester parmi les leaders d’un marché qui évolue constamment ?
N.A. :
Pas seulement. D’abord, nous devons être capables d’observer et comprendre très rapidement les évolutions du marché, mais surtout, il faut investir dans l’humain. Nos équipes sont hétérogènes, des designers industriels aux scientifiques et chercheurs en médecine, en passant par les ingénieurs. Et nous recrutons de nouveaux talents en permanence, et pour de nouveaux jobs que l’évolution du marché a créé. C’est le cas des data analysts par exemple. Enfin, nous avons réussi à nous entourer de conseillers extérieurs, notamment dans les meilleures universités du monde et parmi les plus grands sportifs et entraineurs.

TGL : Comment avez-vous réussi à devenir une marque « lifestyle » ?
N.A. :
Le bien-être est devenu un style de vie à part entière. C’est notre stratégie initiale qui a porté ses fruits. En effet, quand j’ai créé Technogym, le marché était dominé par le bodybuiding et le culte du corps, et nous avons directement pris le parti d’inclure le sport dans un cadre plus large que la simple performance. Et il n’est plus réservé aux salles de musculation, aujourd’hui l’entreprise propose le Wellness on the go, qui permet, grâce aux nouvelles technologies et au cloud, d’inclure son entraînement personnalisé dans sa vie quotidienne, peu importe où l’on se trouve.

TGL : Et vous vouliez le démontrer par l’exemple en inaugurant le Technogym Village…
N.A. :
C’est très simple d’expliquer et vendre un produit. C’est beaucoup plus compliqué de transmettre un lifestyle. Ainsi, nous avons ressenti le besoin de créer un espace dans lequel nos clients, nos partenaires et les journalistes du monde entier pourraient venir faire l’expérience, par eux-mêmes, de notre philosophie et du style de vie que l’on promeut.

TGL : Le nom de l’entreprise est anglo-saxon, ici tout est écrit en anglais, nombre de vos collaborateurs viennent de l’étranger… Dans quoi réside l’italianité de Technogym ?
N.A. :
Le bien-être est un concept profondément italien, imaginé il y a 2000 ans, en Rome antique : mens sana in corpore sano, un esprit sain dans un corps sain. Surtout, nous sommes reconnus pour notre design, inspiré par l’école italienne…

Technogym, une entreprise globale

Si Alessandri a donné un nom anglo-saxon à sa marque, ce n’est pas un hasard. Il avait, dès l’origine, l’ambition de faire de Technogym une entreprise globale. Et il ne s’était pas trompé ! En effet, 90 % des machines fabriqués à Cesena sont destinées à l’export.

On en trouve dans 80 000 salles de sport et 300 000 foyers, réparties dans 100 pays. L’entreprise estime que 50 millions de sportifs professionnels et amateurs s’entraînent régulièrement sur ses machines. Parmi eux, des athlètes olympiques. En effet, Technogym était le fournisseur officiel des sept dernières éditions des JO.

L’usine fonctionne à la demande. Chaque produit est assemblé, puis testé – d’abord un test physique, puis un test électronique – emballé et livré. Rien n’est stocké plus de 24 heures.
L’usine fonctionne à la demande. Chaque produit est assemblé, puis testé – d’abord un test physique, puis un test électronique – emballé et livré. Rien n’est stocké plus de 24 heures. Julien Chassagne

Mais pour conserver sa place parmi les leaders de l’équipement sportif, la firme italienne ne se contente pas uniquement de fabriquer des machines. « Il y a de nombreuses sociétés qui développent des outils pour le fitness, mais lorsqu’il s’agit de ‘vendre’ un style de vie, nous n’avons aucune concurrence, plastronne Nerio Alessandri. Notre offre, composée d’équipements intelligents, de technologies numériques, de production de contenus et de formations personnalisées est unique sur le marché. »

Des machines… et bien plus !

Ainsi, Technogym a lancé les FORMATS, des cours connectés et personnalisés. Une salle peut désormais s’offrir un cours clé en main ; un cours de vélo collectif peut se transformer en course virtuelle sur grand écran. Une séance de rameurs, même en groupe, peut être individualisée en fonction des forces et des faiblesses de chaque participant. L’écran est alors divisé, le coach peut « surveiller » chacun de ses élèves plus facilement.

Un coach qui aura reçu une formation, directement dans la salle de sport pour laquelle il travaille, voire directement au siège de Technogym, aura également la possibilité de personnaliser chacune de ses séances, de la musique aux exercices proposés.

Parmi les formats vendus par l’entreprise aux salles et aux coachs, le Group Cycle.
Parmi les formats vendus par l’entreprise aux salles et aux coachs, le Group Cycle. Julien Chassagne

Aussi, et c’est le principe du Wellness on the go mis en avant par la firme italienne, le sportif pourra profiter de ses machines dans sa salle préférée, mais aussi à l’hôtel lors de ses déplacements, chez lui avec la ligne Personal – dessinée par Citterio – et partout où il pourra trouver un équipement Technogym grâce aux données stockées dans le cloud.

La recherche et le développement, le cœur de Technogym

Numérique, connectivité, programmes sur-mesure… On est loin du simple vélo elliptique que l’on commande sur Amazon début janvier pour soigner sa conscience. Tout cela, Technogym le doit, en grande partie, à son département recherche et développement. Ici, il s’appelle « Medical & Scientific Department » et il est dirigé par le docteur Silvano Zanuso.

Le « lab » est décoré des photos et artefacts de grands athlètes qui sont venus ici – et dans les anciens locaux – pour tester les prototypes de la marque. Paolo Maldini et Michael Schumacher en sueur sur des clichés des nineties, voisinent avec des maillots de l’Inter, du Milan et de l’équipe de France de Handball.

Le département R&D est le cœur de la firme italienne.
Le département R&D est le cœur de la firme italienne. Julien Chassagne

Le département R&D rassemble 200 ingénieurs spécialisés dans la mécanique, l’électronique et l’informatique, soit près de 10 % des effectifs de Technogym. « Il s’agit du cœur de l’entreprise, selon Silvano Zanuso, l’innovation est fondamentale pour se différencier de la concurrence. Ce département participe grandement au succès de la marque et, même si les chiffres exacts sont tenus secrets, il bénéficie de grands investissements de la part de Technogym. »

Dans ce laboratoire, les prototypes sont testés directement avec des athlètes, et modifiés en fonction de leurs retours, mais aussi des données récoltées. Des capteurs et des caméras permettent d’analyser les mouvements, pour les améliorer, et un masque relié à une machine permet de mesurer l’effort. Ce dernier aspect est utile pour développer les programmes d’entraînement, mais également pour prédire le nombre de calories brulées.

Une évolution permanente

Mais il n’y a pas qu’au Technogym Village que les équipes du Medical & Scientific Department testent leurs produits. La firme a en effet lié plusieurs partenariats avec des universités, pour faire appel à des sportifs, comme pour recruter de futurs ingénieurs. Les retours clients, eux aussi, jouent un rôle primordial dans la conception des futures machines de l’entreprise.

Dans un secteur qui évolue aussi rapidement, surtout la partie technologique, il faut innover en permanence : améliorer ce qui existe déjà, ou créer quelque chose de nouveau. « Chez Technogym, on fait les deux, avance Zanuso, d’abord en améliorant les équipements de fitness, qui existaient déjà lors de la création de l’entreprise, puis en inventant de nouvelles technologies. »

Il cite alors une ceinture, développée dans les années 90, qui permettait de faire fonctionner la machine en fonction de son rythme cardiaque, ou encore l’intégration d’une connexion internet pour relier les appareils entre eux.

Le Wellness Center, à disposition des employés.
Le Wellness Center, à disposition des employés. Julien Chassagne

Une marque « lifestyle »

Des innovations fidèles à la volonté du fondateur et CEO de Technogym. « Nous investissons continuellement dans nos écosystèmes connectés pour produire les meilleurs équipements, mais aussi les meilleures solutions digitales, et offrir à nos clients de la variété, et de la personnalisation. »

En se retrouvant aussi bien dans un hôtel à Los Angeles, que dans un espace de coworking à Shanghai en passant par une salle de sport à Paris, Technogym a réussi à devenir, alors que son marché de base ne s’y prêtait pas forcément, une marque lifestyle.

Un écosystème complet, qu’elle met en avant dans son Technogym Village. Les employés sont encouragés à pratiquer sur les machines de la marque au cœur du Wellness Center, une immense salle de sport au cœur du bâtiment, pendant leurs deux heures de pause repas. Un repas forcément diététique, adapté au style de vie souhaité par l’autoproclamée Wellness Company, « L’entreprise du bien-être ».

Les employés de Technogym sont impliqués dans le mode de vie mis en avant par la société.
Les employés de Technogym sont impliqués dans le mode de vie mis en avant par la société. DR

Ce lifestyle basé sur le bien-être a le vent en poupe, bien au-delà des murs du Village, à en croire les résultats de la firme italienne. En effet, l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 634 millions d’euros en 2018, 8 % de plus qu’en 2017, pour un EBITDA de 134 millions d’euros. Surtout, elle a amélioré ses bénéfices de 53 % entre 2017 et 2018, atteignant 93 millions d’euros. Technogym est donc en très grande forme.

www.technogym.com


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