La photographie s’expose comme un instrument de travail pour les artistes ou comme un puissant moyen d’alerter sur les enjeux contemporains.

Man Ray, opérateur de mode, MarseilleAvant d’avoir produit quelques-uns des plus grands chefs‑d’œuvre avant‑gardistes de l’histoire de la photo moderne, Man Ray a gagné sa vie comme portraitiste et photographe de mode, œuvrant pour le couturier Paul Poiret, publiant d’abord dans les revues Vogue et Vanity Fair, puis dans le magazine américain Harper’s Bazaar à partir des années 30. C’est avec ces images méconnues qu’il expérimente les recadrages, les jeux d’ombre et de lumière, les solarisations et les colorisations que l’on retrouvera dans ses icônes futures. Au château Borély, une autre exposition met en écho ses photos avec les vêtements des créateurs de l’époque, à travers des pièces emblématiques de Chanel, Schiaparelli, Vionnet ou Paquin. Man Ray et la mode, musée Cantini, jusqu’au 8 mars. www.marseille.fr La Mode au temps de Man Ray, château Borély, jusqu’au 8 mars. musee-borely.marseille.fr

Sans titre, Man Ray, vers 1935. Collection Lucien Treillard.
Sans titre, Man Ray, vers 1935. Collection Lucien Treillard. Man Ray 2015 Trust / Adagp

Munch, versant photo, Bergen. « La photographie m’a beaucoup appris…» confiait Edvard Munch à la fin de sa vie. Comme Bonnard, comme Degas, le peintre expressionniste norvégien, a recouru à la photographie, exploitant les pratiques « défectueuses » de l’outil, comme la distorsion, la surimpression, le flou bougé, pour exprimer l’étendue de ses tourments intérieurs. On découvre notamment une série d’autoportraits réalisés entre 1902 et 1908, dont un stupéfiant Autoportrait « à la Marat ». Instrument de travail exceptionnel, ce « troisième œil » a permis à toute une génération de peintres d’explorer un nouveau champ des possibles et de renouveler leur approche picturale. L’exposition réunit presque 50 tirages photographiques, des films, ainsi que quelques gravures. The Experimental Self. Edvard Munch’s Photography, KODE Art Museums and Composer Homes, jusqu’au 19 janvier. www.kodebergen.no/en

Autoportrait « à la Marat », clinique du Dr Jacobson, Copenhague, 1908-1909.
Autoportrait « à la Marat », clinique du Dr Jacobson, Copenhague, 1908-1909. Munch-museet/Munch

Assemblage dissonant

Les joyeux assemblages de Vitturi, Amsterdam. A la croisée de la photographie, de la peinture, du collage et de la sculpture, l’œuvre de Lorenzo Vitturi est drôle, inventive et généreuse. En associant des éléments hétérogènes, prélevés sur le marché de Dalston, à Londres, en mêlant tissus africains, ustensiles en plastique chinois, citrons d’Amalfi et bananes plantain des Caraïbes, il métaphorise, à travers ses sculptures et installations baroques, le multiculturalisme et les effets irréversibles de la mondialisation. Il a également œuvré à Murano en fusionnant des matériaux aussi divers que le verre brut, la terre ou des minéraux issus de ses nombreux voyages. Autrefois peintre pour les décors de cinéma, Vitturi est un virtuose de l’assemblage dissonant et du trompe‑l’œil. Lorenzo Vitturi. Materia Impura, Foam, jusqu’au 19 janvier. www.foam.org

Série Caminantes, Lorenzo Vitturi, 2019.
Série Caminantes, Lorenzo Vitturi, 2019. Lorenzo Vitturi

Le monde selon Thomas Struth, Bilbao. Cette rétrospective révèle à quel point Thomas Struth est engagé dans une analyse des enjeux contemporains. Qu’il photographie les artères des mégapoles pour pointer les effets de la mondialisation, les laboratoires les plus secrets de la planète pour rendre compte d’une complexité technologique que seuls les experts peuvent comprendre ou encore les forêts et les jungles de la Chine ou du Brésil, qui figurent pour lui un ultime paradis, son approche est toujours celle de la démesure de la nature et de la culture devant lesquelles l’homme se trouve, dans des rapports d’échelle fragiles et dérisoires. Thomas Struth, Guggenheim Bilbao, jusqu’au 19 janvier. www.guggenheim-bilbao.eus

Pasaje de 27 Setiembre, Lima, Thomas Struth, 2003.
Pasaje de 27 Setiembre, Lima, Thomas Struth, 2003. Thomas Struth

Pensée minimale et conceptuelle

De l’homme et du paysage, Paris. Parce que l’homme transforme le paysage, Ursula Schulz‑Dornburg documente les structures industrielles et architecturales laissées sur les territoires qu’elle a traversés. Elle a photographié les ruines du projet abandonné de chemin de fer ottoman en Arabie saoudite, les arrêts de bus délabrés datant de l’ère soviétique en Arménie ou les habitations temporaires des marais mésopotamiens. En lui consacrant une première rétrospective en France, la MEP met en lumière l’une des figures les plus intéressantes de la photographie conceptuelle allemande. Ursula Schulz-Dornburg, Maison européenne de la photographie, du 4 décembre au 16 janvier. www.mep-fr.org

Erevan – Yeghvard, 1997, Ursula Schulz-Dornburg.
Erevan – Yeghvard, 1997, Ursula Schulz-Dornburg. Ursula Schulz-Dornburg

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