Le Faust de Gounod, un quator déchirant, le génie mélodique de Dvorak et la rencontre de The Good Life avec le pianiste David Kadouch : voici notre playlist classique de l'hiver !

Faust. Depuis une dizaine d’années, le Palazetto Bru Zane, Centre de musique romantique française, à Venise, nous fait (re)découvrir un patrimoine musical du « grand » XIXe siècle (1780-1920), à travers un travail de recherche et la parution de disques et de livres consacrés à ce répertoire inépuisable. Une vingtaine d’opéras – méconnus pour beaucoup d’entre eux – ont déjà été publiés.

La parution de ce Faust, de Gounod, nous donne l’occasion de saluer le formidable travail qui accompagne chaque publication – textes érudits et passionnants et magnifiques illustrations réunis dans des livres-disques particulièrement élégants.

Le célébrissime opéra est ici donné dans une version antérieure à la version connue, avec, notamment, des dialogues parlés et certains airs inédits. Véronique Gens et Benjamin Bernheim incarnent d’inoubliables Marguerite et Faust dans une interprétation presque chambriste de cet opéra.

Christophe Rousset, à la tête des Talens lyriques, ensemble d’instruments d’époque, a en effet une vision inhabituellement intimiste de cette musique, qui lui sied merveilleusement.

Faust, de Charles Gounod, Les Talents lyriques, Christophe Rousset (Palazetto Bru Zane).
Faust, de Charles Gounod, Les Talents lyriques, Christophe Rousset (Palazetto Bru Zane). Christophe Rousset (Palazetto Bru Zane).

Les Tchèques à l’honneur

Trio. Quel bonheur que de retrouver, au fil de ces partitions, le génie mélodique inépuisable de Dvorak. Bien sûr, on trouvera ici le trio Dumky, l’une de ses œuvres les plus célèbres, qui doit son titre à la dumka, une danse tchèque, dont l’évocation imprègne toute l’oeuvre.

Et pour entrer dans cet univers, rien de tel que le Quintette avec piano op. 81, dont le mouvement lent atteint des sommets d’émotion. Le Busch Trio trouve une belle place au sein de la discographie avec cette intégrale construite pas à pas, par des musiciens en parfaite symbiose.

Intégrale de la musique de chambre pour piano et cordes de Dvorak, Busch Trio, Miguel da Siva, Maria Milstein (Alpha Classics).
Intégrale de la musique de chambre pour piano et cordes de Dvorak, Busch Trio, Miguel da Siva, Maria Milstein (Alpha Classics). DR

Quatuor. Ce très beau disque propose trois œuvres de Smetana, dont deux quatuors composés en 1876 et 1884, tendus comme des arcs. Le trio avec piano, composé après la mort d’un enfant, débute par un trait violonistique déchirant, instaurant un climat qui ne quittera jamais l’oeuvre.

Par l’effet d’un joli hasard, deux membres du quatuor Prazak interprètent ce trio aux côtés de la pianiste Nathalia Milstein, dont on retrouve la sœur violoniste dans le coffret Dvorak du Busch Trio.

Quatuors à cordes et Trio de Smetana, Prazak Quartet et Nathalia Milstein (Praga Digitals).
Quatuors à cordes et Trio de Smetana, Prazak Quartet et Nathalia Milstein (Praga Digitals). DR

David Kadouch

Le pianiste aime proposer des disques conçus comme des histoires. Le dernier, Révolution, est consacré à des compositeurs qui évoquent des mondes disparus. Beethoven y côtoie ainsi Chopin, Janacek et Debussy, et le méconnu Dussek se retrouve face au contemporain Frederic Rzewski, qui offre une pièce motorique spectaculaire (Mirare).

David Kadouch, Good Playlist Classique.

The Good Life : Avec un tel titre, on s’attend à des oeuvres violentes, et on se retrouve avec un univers plutôt intime…
David Kadouch : L’idée de ce disque m’est venue en pensant que nous, musiciens, interprétons des choses qui ne se reproduiront plus. Etre musicien, c’est témoigner de ces choses. J’avais envie d’évoquer le travail de la mémoire. Alors que la révolution, c’est le contraire ; on essaie de tout oublier. J’ai cherché des œuvres qui rappellent des gens disparus, composées par des musiciens qui cherchent à témoigner d’une époque où le monde s’écroule autour d’eux. Je tenais à insérer dans ce programme la sonate Les Adieux, de Beethoven, qui est très représentative de ce thème. Elle a été écrite à l’occasion du départ de l’archiduc Rodolphe, puissant protecteur du compositeur, et décrit ce départ, son absence et son retour.

TGL : Parlez-nous de l’oeuvre de Dussek, pour nous une splendide découverte.
D. K. : Elle a été une découverte pour moi aussi. Jan Ladislav Dussek, né en Bohême, séjourna en France de 1786 à 1789, où il côtoya Marie-Antoinette. L’oeuvre s’appelle Les Souffrances de la Reine de France. Chez Dussek il y a une grande sincérité, une absence d’effets, un beau geste musical. Cette oeuvre est particulièrement émouvante, et quand je l’interprète en public, j’aime rappeler les titres des différents épisodes qui se succèdent, depuis La Reine est emprisonnée jusqu’à La guillotine tombe, en passant par On entend le tumulte d’une multitude furieuse. J’ai voulu également, sur ce disque, jouer un bijou rare de Debussy, Les Soirs illuminés par l’ardeur du charbon, qu’il composa en pleine Première Guerre mondiale pour remercier un marchand de charbon qui lui en avait fourni une quantité plus importante que celle qu’il avait payée. Une oeuvre retrouvée récemment par la famille de ce marchand, et que j’aime particulièrement.

TGL : Les œuvres interprétées sur ce disque sont de styles et d’époques très différents…
D. K. : J’ai un grand plaisir à jouer des œuvres qui me permettent de changer d’univers. Les contrastes entre les œuvres, entre les compositeurs, sont pour moi des bouffées d’air frais. On passe ainsi des Funérailles, de Liszt, à l’atmosphère poétique, mais un peu lourde, aux Feux d’artifice, de Debussy, oeuvre éblouissante, et ainsi de suite. J’ai une passion pour le théâtre. J’ai besoin de construire un récit musical.

Révolution, David Kadouch (Mirare).


La playlist classique de l’hiver de The Good Life :


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