Tokyo a enfin son hôtel estampillé Muji, dans le quartier de Ginza. Après les rayons fruits et légumes, les cabanes nomades et les terrains de camping, c’est un épisode de plus dans la saga Muji. Et pour les amateurs de l’enseigne japonaise, une expérience immanquable. D’autres ouvertures devraient suivre, et l’Europe n’a qu’à bien se tenir.

L’histoire commence en mode mineur : 40 produits et pas un de plus, de l’alimentation essentiellement. Muji n’est pas encore vraiment Muji. Les Japonais découvrent tout juste Mujirushi Ryohin, littéralement « des produits de qualité sans marque »… En résumé, une marque de distributeur des enseignes Seiyu, ni plus ni moins.

Nous sommes en 1980, le train est lancé. Mais pour le vrai départ il faudra attendre une dizaine ­d’années et l’arrivée des premiers produits emblématiques : le lecteur CD mural, les immanquables carnets à la couverture kraft… Déjà, les ingrédients qui vont faire le succès de la marque sont là. Un design à la simplicité revendiquée, aussi discret qu’il est soigné, less is more en mode refrain.

Des grands noms – Naoto Fukazawa, Jasper Morrison ou Konstantin Grcic – en membres d’équipage. Une charte graphique tirée au cordeau, des produits simples et bons juste ce qu’il faut et, surtout, accessibles à tous.

Situé à Ginza, dans l’hypercentre de Tokyo, le Muji Hotel occupe les étages supérieurs d’un bâtiment tout entieraux couleurs de l’enseigne japonaise.
Situé à Ginza, dans l’hypercentre de Tokyo, le Muji Hotel occupe les étages supérieurs d’un bâtiment tout entier
aux couleurs de l’enseigne japonaise. DR

Raffinement et épure

Rien n’oblige à connaître toute l’histoire du label japonais pour franchir les portes de son premier hôtel à Tokyo, ouvert au printemps dernier. Mais on se dit quand même que cela peut sacrément aider de savoir son Muji sur le bout des doigts pour savourer son séjour dans les murs. Tout ce qu’on trouvera ici est produit maison, au Japon parfois, en Chine ou ailleurs en Asie le plus souvent.

Pendant les heures d’ouverture du magasin dans la moitié inférieure du bâtiment – le plus grand au monde, proposant la plupart des 7 000 et quelques références Muji, fruits et légumes compris –, oubliez l’accès direct par ascenseur qui vous dépose directement devant la réception. Choisissez plutôt de grimper pour vous immerger dans l’univers Muji, condensé parfait de ce Japon du raffinement et de l’épure.

Les 79 chambres de l’hôtel sont classées par type, de A jusqu’à I, depuis les compactes A et leurs 14-15 m2 jusqu’à l’unique I, une suite façon Muji de 52 m2.
Les 79 chambres de l’hôtel sont classées par type, de A jusqu’à I, depuis les compactes A et leurs 14-15 m2 jusqu’à l’unique I, une suite façon Muji de 52 m2. DR

Muji en chiffres

Fondé au Japon en 1980, Muji s’engage à proposer « une large variété de produits de bonne qualité, y compris des articles ménagers, des vêtements et de la nourriture ». Le nombre de produits (sans marque) est passé de 40 à 7 000 actuellement. L’enseigne compte aujourd’hui 975 points de vente dans le monde, dont la moitié ou presque (458) au Japon, le tout pour un chiffre d’affaires annuel de 3,475 Mds €. Si on inclut les employés à temps partiel, l’entreprise compte 19 370 collaborateurs à travers le monde. Elle est présente en France depuis 1998.

Ouvert matin, midi et soir, le restaurant WA propose une cuisine japonaise simple et de saison qui privilégie les plantes et les légumes, ici préparés à la mode de Kyoto.
Ouvert matin, midi et soir, le restaurant WA propose une cuisine japonaise simple et de saison qui privilégie les plantes et les légumes, ici préparés à la mode de Kyoto. DR

Puis entrez dans votre chambre et amusez-vous à retrouver, ici la lampe de bureau vue au deuxième étage, là la table basse aperçue au troisième, là encore les draps et oreillers du quatrième. L’expérience est unique, elle justifierait à elle seule le voyage. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le Muji Hotel Ginza n’est pas le premier à ouvrir ses portes. Il est en réalité le troisième.

Pour les deux premières adresses, direction la Chine, Shenzhen d’abord, en janvier 2018, suivi de près par Pékin, deux mois plus tard. « Les projets sont nés au même moment, et si l’hôtel de Tokyo a ouvert en dernier, c’est simplement parce que les choses ont mis ici plus de temps à se concrétiser », nous confie ­Hiroyoshi Azuma, directeur de l’unité Social Good ­Business chez Muji.

La Chambre C de l’hôtel Muji Ginza.
La Chambre C de l’hôtel Muji Ginza. DR

Les fâcheux y verront la marque des lourdeurs d’un système japonais si enclin à multiplier les échelons et les procédures. Les plus nippophiles remarqueront le signe évident de la tendance des Japonais à tout parfaire jusque dans les moindres détails. Les uns et les autres auront sans doute raison, lenteur et perfectionnisme n’étant finalement que les deux faces d’une même réalité. Quant aux plus sceptiques, ils se diront que le fin mot de l’histoire est peut-être ailleurs. Qui sait ?

Au même étage que la réception de l’hôtel, on trouve l’Atelier Muji Ginza, avec un bar, un coin salon et des rayonnages de livres d’art et de design.
Au même étage que la réception de l’hôtel, on trouve l’Atelier Muji Ginza, avec un bar, un coin salon et des rayonnages de livres d’art et de design. DR

Muji Ginza

Avec près de 10 000 m2 au compteur, Muji Ginza est la plus grande adresse Muji au monde. En plus des 79 chambres de l’hôtel, on y trouve deux restaurants, une boulangerie, un minisupermarché, un coin librairie, un bar, une galerie consacrée au design et bien d’autres choses encore. Un condensé unique de l’enseigne japonaise et de sa philosophie. www.muji.com/flagship/ginza

Muji Ginza c’est aussi une boutique – la plus grande au monde.
Muji Ginza c’est aussi une boutique – la plus grande au monde. DR

Des chambres compactes

Et côté chambres, qu’est-ce que cela donne ? Le verdict est sans surprise : les chambres sont compactes, pour ne pas dire étroites – mais pourrait-il en être autrement dans une ville où la surface moyenne des logements ne dépasse pas 25 m2 ? Divisées en neuf types – baptisés de A à I suivant les lettres de l’alphabet, la simplicité a ses avantages –, elles sont au nombre de 79, toutes remarquablement bien pensées.

Le sens du design juste, les multiples détails – diffuseur d’arômes, enceinte Bluetooth – et l’harmonie de l’ensemble – avec ses teintes marron, blanc et beige – font le travail. Le détail qui tue : la plupart des chambres ne dépassent pas 2,1 mètres de largeur, sans que cela soit jamais choquant. On est chez Muji, après tout.

Parmi les exclusivités, au rez-de-chaussée, un minisupermarché propose des produits frais.
Parmi les exclusivités, au rez-de-chaussée, un minisupermarché propose des produits frais. DR

Le charme d’un minimalisme assumé, sans doute. Pourquoi faire grand quand on peut faire compact ? « Notre ambition pour Muji, c’est que nos produits trouvent leur place dans la vie des gens, que ceux-ci se les approprient, que nos produits leur soient utiles. Ce qui inclut aussi les loisirs, les voyages. En ce sens, les ­hôtels Muji s’inscrivent dans la logique des choses, ils viennent incarner l’esprit Muji, notre philosophie. »

De là à voir arriver bientôt en Europe des hôtels Muji ? « C’est en projet. Quant à savoir quand cela arrivera… » Pour l’ouverture du Muji Hotel Ginza, il aura fallu quatre à cinq ans, à vous de faire le calcul. Et pour finir : ne cherchez pas, les seuls objets dans les chambres du Muji Hotel Ginza à ne pas être des produits maison, ce sont… les bouteilles d’eau ! Le plus difficile n’est pas toujours là où on l’attend.


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