Délaissé à tort par les consommateurs parce que méconnu, le champagne millésimé constitue pourtant le meilleur choix quand il s’agit de privilégier l’excellence.

La troisième semaine de septembre, la Champagne a terminé ses vendanges de 2019. « Il est trop tôt pour dire si cette année sera propice à de grands vins. », souffle Hadrien Mouflard, le président des champagnes Ayala. Les maisons de champagne ne savent pas encore si elles vont millésimer le 2019 ou en faire une base pour des vins de réserve qui entreront dans la composition du brut sans année (BSA), résultat d’un savant assemblage. Car les producteurs peuvent assembler jusqu’à trois cépages (chardonnay, pinot noir et pinot meunier), ainsi que différentes années pour produire ce fameux BSA, qui représente souvent entre 80 et 90 % de leurs ventes. Mais dans leurs gammes, on trouve aussi presque toujours des champagnes millésimés. Alors que choisir ? Un brut sans année ou un millésimé ?

Le chai de la Maison Gosset.
Le chai de la Maison Gosset. DR

« Notre BSA ­Roederer Brut Premier se doit d’être constant. Un amateur, qu’il soit au Japon, en France ou aux Etats-Unis, quand il commande notre Brut Premier, veut retrouver ce goût qui lui est familier », assure Jean-Baptiste Lecaillon, le chef de cave et directeur général adjoint du champagne Roederer. Composer un BSA est une opération périlleuse, surtout pour les marques dont la renommée est internationale. Chaque année, elles doivent livrer plusieurs millions de bouteilles de ce vin, et l’erreur est interdite. « C’est le vin le plus difficile à réa­liser, assure Michel Drappier, propriétaire du champagne Drappier. Il faut connaître tous les anciens millésimes et la manière dont chacun évolue pour recréer un vin qui aura le plus de corrélation avec l’ancien. A côté de ce défi, faire un champagne millésimé est un jeu d’enfant, car nous ne travaillons que sur une seule année. »

Le reflet du terroir

Contrairement à un BSA, un millésimé n’est constitué que d’une seule récolte ; il ne peut pas être « corrigé » par des vins de réserve. « La récolte doit être bonne pour le champagne millésimé, voire exceptionnelle pour les cuvées de prestige », souligne Hadrien Mouflard. « Cette année, nous sortons le millésime 2012. C’était une grande année, surtout pour le pinot noir », analyse Odilon de Varine, le chef de cave du champagne Gosset. Le millésimé fait l’objet d’une attention particulière. Les équipes techniques surveillent son évolution après la fermentation. Ce n’est qu’en novembre, voire en décembre, que le chef de cave donne un premier avis après dégustation. Puis vient le temps du vieillissement, entre 7 et 10 ans pour les cuvées prestige, et au minimum 3 ans pour un millésimé classique.

Le Manoir de la Maison Devaux.
Le Manoir de la Maison Devaux. DR

BSA ou champagne millésimé ?

Bollinger ne propose son récemment dégorgé (RD) 2004 qu’aujourd’hui, près de 14 années après sa récolte. Pourtant, il arrive qu’au dernier moment un flacon ne sorte pas, comme cela fut le cas chez Krug pour son fameux Clos du Mesnil. Un vin d’esthète issu d’une minuscule parcelle nichée dans le petit village du Mesnil-sur-Oger. « En 1999, nous avons décidé, lors d’une ultime dégustation, de ne pas sortir la bouteille, car elle ne reflétait pas, à notre goût, la pureté des champagnes de cette parcelle », indique Olivier Krug, le directeur de la maison Krug. Certaines maisons comme Salon ou Dom Pérignon ne produisent que des champagnes millésimés, des cuvées de prestige à plus de 100 euros la bouteille. Ce sont des vins qu’il est impossible de comparer.

Le vignoble Taittinger.
Le vignoble Taittinger. DR

« Dire qu’il n’y a de champagne que d’assemblage, c’est réducteur, car on lui retire alors sa qualité première qui est d’être un vin, affirme Frédéric Zeimett, le directeur des champagnes Leclerc Briant. Nous sommes une jeune maison. Nous privilégions le millésime et les parcelles dont le vin est issu. Notre BSA, par exemple, est d’une seule année. » Même philosophie chez Devaux, avec sa cuvée Sténopé. Elle reflète avant tout un terroir et une année. « C’est la photographie d’un moment précis. Chaque année, nous offrons une palette différente qui est le reflet de la nature », affirme Cédric Mer, le directeur commercial des champagnes ­Devaux. Alors, BSA ou champagne millésimé ? Malgré son prix souvent supérieur, le millésimé bénéficie d’un temps de vieillissement plus long, dans des conditions idéales. Il est élaboré avec des raisins issus d’une belle année et, surtout, il surprend toujours.


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