Deux hôtels mythiques trônent au pied de Central Park et appartiennent au cercle très fermé des palaces. Deux centenaires dont l’esthétique rappelle les châteaux français et qui incarnent le rêve américain : un luxe un peu débordant.

La scène finale du film Nos plus belles ­années, de Sydney Pollack, fut tournée devant le Plaza de New York, en 1973. Hubbell (­Robert Redford) sort du palace ; Katie, la femme qu’il aima, est sur le trottoir d’en face. Scénariste, il a réussi à Hollywood ; militante communiste, elle distribue des tracts contre la bombe A. Dans cette scène, le Plaza résume leur histoire et symbolise la réussite sociale. ­Aujourd’hui encore, le Plaza figure au top ten des hôtels les plus chers de ­Manhattan. Il trône au sommet de la très huppée 5e Avenue, à la frontière entre Midtown et l’Upper East Side. Il fait face au Pierre, son concurrent de toujours, tout aussi massif et cossu.

Construit en 1907, le Plaza a eu divers propriétaires, dont, entre autres, Conrad Hilton et… l’inénarrable Donald Trump.
Construit en 1907, le Plaza a eu divers propriétaires, dont, entre autres, Conrad Hilton et… l’inénarrable Donald Trump. DR

Au cinéma

Le Plaza apparaît dans de nombreuses séries américaines et dans plus de 30 films, parmi lesquels : La Mort aux trousses (1959), Plaza Suite (1971), Nos plus belles années (1973), Le Vampire de ces dames (1979), Cotton Club (1984), Crocodile Dundee (1986), Maman, j’ai encore raté l’avion (1992), Les Soprano (1999‑2007), Meilleures ennemies (2009) et, plus récemment, The Great Gatsby (2013) et Suits (2015).

Le Pierre entretient une activité moins frénétique avec le cinéma. On y a tourné quelques scènes des Soprano, du Temps d’un week‑end (1992) et de Mad Men (2007‑2015), et le penthouse accueillait la résidence de William Parrish, joué par Anthony Hopkins, dans le film Rencontre avec Joe Black (1998).

 

Les deux palaces incarnent-ils encore ce qui se fait de mieux en ville ? Pour certains, adeptes d’un rassurant classicisme, certainement. D’autres préféreront plus de modernité et de décontraction. Les deux hôtels ont vue sur Central Park, le poumon vert de New York. Lorsque vous sortez de votre refuge chic, vous pouvez traverser la rue pour aller courir sous les arbres ou sauter dans une calèche. Dans les deux cas, vous respirerez ce délicat fumet qui n’appartient qu’à ­Manhattan. Un mélange de hot dog et de crottin de cheval. Rien de tout cela intra-muros. Les couloirs du Plaza sont vaporisés d’une fragrance proche du lys, tandis que le Pierre diffuse une nuance plus verte, signée Etro. Les deux immeubles sont massifs et leur esthétique rappelle celle des châteaux français de la Renaissance.

Lire

• The Man Who Robbed The Pierre. The Story of Bobby Comfort and the Biggest Hotel Robbery Ever, par Ira Berkow. New York, Atheneum, 1987.

• Plaza. The Secret Life of America’s Most Famous Hotel, par Julie Satow.
Twelve, 2019.

Maman, j’ai raté l’avion

Le Plaza est l’aîné des deux, construit en 1907 sur des plans de l’architecte Henry Janeway Hardenbergh. Son premier client fut Alfred Gwynne Vanderbilt. Il franchit la porte à tambour quelques jours après qu’un combat syndical acharné eut laissé un ouvrier sur le carreau, ou plutôt sur le marbre. L’histoire retient surtout le souvenir de Francis Scott ­Fitzgerald plongeant dans la fontaine Pulitzer.  Il y eut également Conrad Hilton et… ­Donald Trump. Ce dernier apparaît d’ailleurs dans une scène devenue culte du film Maman, j’ai encore raté l’avion. Toujours aussi débrouillard que lors du premier film, Kevin parvenait cette fois à séjourner dans la suite 411 du palace, devenue mythique depuis. Le jeune acteur y croisait un débutant au physique typiquement ­nord-américain, mèche blonde et cravate rouge : Donald Trump.

Le lobby du Plaza.
Le lobby du Plaza. DR

The Plaza

• L’hôtel : 49 étages pour 282 chambres, dont 102 suites aux dimensions inégalées. Les clients séjournant en suite bénéficient d’un service de majordome 24h/24.

• Propriétaire : le groupe qatari Katara Hospitality, sous gestion du groupe français Accor, par le biais de sa marque Fairmont.

• Que réserver ? La suite royale située face au spa, au quatrième étage avec accès par ascenseur privé et sortie de secours discrète ! Pour son piano à queue, sa vue plongeante sur la 5e Avenue, la bibliothèque garnie de livres Assouline, la salle de gym et la salle à manger pouvant accueillir 14 personnes. Comptez 30 000 $ si vous ajoutez la suite annexe pour loger la nounou et le chauffeur. Sinon, une chambre de 50 m² se loue à partir de 600 €. La fameuse suite Carnegie, avec ses jolies échappées sur le parc, peut se toucher à 1 600 € pour 92 m². Notre préférence va au penthouse avec sa sublime terrasse plongeant sur Central Park (environ 1 900 €). Quant à la suite Vanderbilt (136 m², deux chambres et vue sur la 5e Avenue et la fontaine Pulitzer), elle vous coûtera 2 600 €.

• La table : le choix est large entre le célèbre Palm Court, le Champagne Bar, le Rose Club et le Todd English Food Hall, sorte de diner décontracté italien dessiné par l’architecte Jeffrey Beers. Le Plaza Food Hall se veut un food court situé au sous-sol de l’immeuble, qui propose une street-food haut de gamme. De nombreux clients viennent y acheter un dîner à déguster dans leur chambre, dispersant parfois dans l’ascenseur des odeurs de pizza. Pas très palace. De trop nombreux touristes dégradent un peu le chic de l’ambiance. • Où s’asseoir ? Au bar The Rose Club, sur la mezzanine qui permet de prendre un peu de hauteur sur le buzz. Chaque mercredi, à 21 h, le Kat Gang Jazz y fait vibrer les murs.

• Ils y ont dormi avant vous : Frank Lloyd Wright, John F. Kennedy, Eddie Murphy…

• Les + : la surface des chambres et des salles de bains. L’ambiance, décontractée, moins intimidante que dans les autres palaces. La librairie Assouline, sur la mezzanine du premier étage.

• Le – : le wi‑fi est payant, ce qui est franchement mesquin lorsque vous avez déjà déboursé une somme (ultra)conséquente pour la chambre. Service améliorable.

5th Avenue at Central Park South. Tél. +1 (212) 759‑3000. www.theplazany.com

Le futur président faisait en quelque sorte le tour du propriétaire. Alors investisseur immobilier, il s’était offert l’hôtel en 1988, pour la modique somme de 407 millions de dollars, déclarant dans le New York Times : « Je n’ai pas acheté un immeuble ; j’ai acheté un chef-d’œuvre. » Mauvaise pioche, il revendra son « chef-d’œuvre » 325 millions de ­dollars à Troy Richard ­Campbell et au prince saoudien Al-Walid en 1995. Quant au palace, le tournage du film lui offrit une publicité retentissante.

La Vanderbilt Suite du Plaza.
La Vanderbilt Suite du Plaza. DR

Le palace des selfies

La middle class américaine ne se prive toujours pas de venir immortaliser les lieux en photo. L’hôtel, à la décoration de style Louis XV, reste aujourd’hui encore l’adresse préférée des familles américaines pour fêter les anniversaires. On les voit, à l’heure du petit déjeuner, débarquer en force sous la coupole polychrome et les lustres en cristal du Palm Court. Les maris et les fils engouffrent des piles de pancakes sans quitter leur casquette de base-ball. Les filles en robe décolletée, parées et maquillées immortalisent ce moment à grand renfort de selfies. Il faut dire que, par le côté nord, on entre ici comme dans un moulin. Les touristes ne se privent de jeter un coup d’œil, ôtant aux hôtes légitimes un peu d’intimité.

L’icônique Palm Court du Plaza.
L’icônique Palm Court du Plaza. DR

Calme et raffinement

Le Pierre, le voisin d’en face, préserve un peu plus son accès. L’alter ego du Plaza doit son nom à un Français, Charles Pierre. Il s’associa aux grandes fortunes de l’époque pour construire, en 1930, cette silhouette de 160 mètres de haut. Cette dernière est inspirée du style Louis XVI, granit et brique couleur crème surmontés d’un toit cuivré. Le Pierre a traversé, lui aussi, quelques campagnes de rénovation. Propriété actuelle de la famille Tata, sous la marque Taj, il a gardé son influence néoclassique avec quelques clins d’œil à l’héritage indien. Passé l’entrée principale de la 61e Rue Est, les sols de marbre noir et blanc soutiennent des pilastres de pierre ornés de moulures dorées. Les chambres restent plus sobres, moelleuses avec leurs tons crème et blanc et leurs édredons de soie indienne colorée.

Le Pierre a, lui, été construit en 1930.
Le Pierre a, lui, été construit en 1930. DR

The Pierre

• L’hôtel : 39 étages pour 189 chambres, dont 49 suites. 5 étoiles au classement Forbes et 5 diamants par l’AAA.

• Propriétaire : le groupe indien Taj, propriété de la famille Tata.

• Que réserver ? Au 39e étage, la Tata Suite offre une vue imprenable sur Central Park. Si ses 184 m2 – un salon gigantesque, deux chambres avec salle de bains, une salle à manger et une cuisine – ne vous suffisent pas, vous pouvez aussi ajouter d’autres suites et vous offrir l’étage entier totalisant 6 chambres et 2 salons. Les enchères commencent à environ 18 000 € la nuit, pour atteindre 30 000 € pour tout l’étage. Plus modestement on peut louer une chambre de 27 m² à partir de 500 € en basse saison. Comptez plutôt 750 € pour 30 m² avec vue sur Central Park. Une suite classique, selon la surface, vaut entre 1 000 € et 8 000 €. Les suites thématiques, c’est une autre histoire.

• La table : les cuisines, autrefois occupées par Auguste Escoffier (l’une des suites du palace porte son nom), ont été confiées au chef Ashfer Biju. Le restaurant Perrine, qui a récemment ouvert ses portes, sert une cuisine franco-américaine de saison avec des plats du jour inspirés par les grands classiques culinaires de l’hôtel Pierre. La salade de betteraves rôties et de chou frisé, le bar noir et le tartare de thon vif habillés de concombre et de basilic – un clin d’œil à une salade niçoise – sont réputés. Le bar‑salon néoclassique, le Two E, est célèbre pour son high tea l’après-midi et accueille des concerts de jazz chaque soir du jeudi au samedi. Où s’asseoir ? L’été, sur la terrasse donnant sur Central Park ; l’hiver, s’offrir un dîner dans la rotonde.

• Ils y ont dormi avant vous : Marlène Dietrich était une habituée. Elizabeth Taylor, Yves Saint Laurent et Andy Warhol y ont pris longuement leurs quartiers. Les Beatles y ont dormi lors de leur première tournée aux Etats-Unis.

• Les + : le service, vraiment digne d’un palace. Le chic de la clientèle. Le wi‑fi gratuit.

• Le – : l’ambiance peut-être un peu guindée, pour ceux que cela intimide.

2 E 61st Street at 5th Avenue. Tél. +1 (212) 838‑800. www.tajhotels.com

Le Pierre.
Le Pierre. DR

Le château dans le ciel

Le Pierre.
Le Pierre. DR

Le lieu incontournable, ici, c’est la légendaire rotonde aux murs incurvés, peints d’une fresque en trompe-l’œil de l’artiste Edward Melcarth, où se cache un sosie de Jackie Onassis. Il s’y célèbre 90 mariages par an. Là aussi, côté intimité, c’est moyen. En revanche, le Pierre est l’un des rares hôtels de New York à avoir gardé ses garçons d’ascenseur, un luxe délicieusement vieille école. Les clients y côtoient les très chic résidents permanents qui descendent promener leur chien. En effet, aucun des deux paquebots n’a résisté à la transformation d’une partie de ses chambres en appartements.

Le Pierre est aujourd’hui propriété de la famille Tata.
Le Pierre est aujourd’hui propriété de la famille Tata. DR

En 2017, le triplex trônant au sommet du palace a été vendu pour 44 millions de dollars. Ses 1 300 m² comprennent l’ancienne salle de bal avec une cheminée digne des châteaux de la Loire. L’appartement est d’ailleurs surnommé « le château dans le ciel ». Logé dans la partie supérieure de la tour qui surplombe le bâtiment et inspiré par la chapelle du château de Versailles, il donne l’impression de flotter dans le ciel, avec ses plafonds cathédrale et ses fenêtres hautes.

Le Pierre a été pensé dans un style Louis XVI.
Le Pierre a été pensé dans un style Louis XVI. DR

Un luxe encore accessible ?

Certaines des suites de chacun des deux frères ennemis affichent toujours des surfaces impressionnantes, souvent louées à des familles du Golfe ou à des entreprises pour faire de l’incentive. Mais si on n’a pas les moyens de taper dans cette catégorie à plusieurs dizaines de milliers de dollars la nuit, les chambres les plus « standard » offrent déjà des volumes sympathiques, avec des salles de bains qui vous font réaliser que vous dormez dans un palace.

Le Pierre est surmonté d’une tour dont l’attique a été inspiré par la chapelle royale de Versailles.
Le Pierre est surmonté d’une tour dont l’attique a été inspiré par la chapelle royale de Versailles. DR

Alors que les boutique-hôtels contemporains ont trop souvent relégué cet espace à la portion congrue, les pièces d’eau du Plaza et du Pierre restent assez vastes pour y laisser traîner quelques malles cabine. Marbre rose italien et robinets en or 24 carats pour le premier, marbre turc et serviettes surdimensionnées pour le second . Un luxe très accessible en basse saison, pour une nuit avec vue sur Central Park.


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