Lorsqu’on évoque Midtown, on pense toujours Trump Tower et Times Square. Mais le ventre de New York n’est pas que vulgarité. Les derniers hôtels branchés de la ville s’y sentent bien et en ouvrant les yeux, on y déniche des lieux qui nous avaient échappé. Alors on laisse de côté pour une fois Meatpacking et Williamsburg et on revient aux valeurs sûres.

Le plus compliqué, avec le quartier de Midtown, c’est de savoir où il s’allume et où il s’éteint. Comme son nom l’indique, il occupe le milieu de Manhattan et certains dessinent son contour en partant de la lisière sud de Central Park pour dégringoler jusqu’à la 14e Rue. Mais soyons raisonnables : balayer de la 59e à la 23e, c’est déjà un joli morceau, et partir de Hell’s Kitchen, à l’ouest, en s’arrêtant à trois avenues de l’East River de l’autre côté, vous offre déjà un bon gros rectangle bien cossu à parcourir. Money, money, money : cossu est, on vous l’accorde, le mot qui incarne le centre des affaires, le quartier des grands gratte-ciel.

Les hôteliers ont anticipé ce regain d’intérêt pour le quartier de Midtown. Ainsi, la majorité des ouvertures récentes s’y concentre.
Les hôteliers ont anticipé ce regain d’intérêt pour le quartier de Midtown. Ainsi, la majorité des ouvertures récentes s’y concentre. Young-Ah Kim

Et si on arrêtait avec les clichés sur Midtown ?

Vous l’évitez soigneusement, en général, lorsque vous partez en week-end à New York. Vous fuyez la 5e Avenue bondée de touristes. On vous entend d’ici : « Me faire écraser les pieds sur Times Square et faire la queue à l’Empire State Building ? Très peu pour moi. Plutôt filer direct à Tribeca et Meatpacking… » Mais souvenez-vous, lorsque vous étiez venu ici la première fois, ado. Ne vous étiez-vous pas précipité au sommet de l’Empire State Building avant d’écumer les rayons de FAO Schwarz ?

Pour ceux qui avaient versé une larme lorsque le célèbre magasin de jouets avait fermé les portes de son mythique temple de la 5e Avenue, en 2015 : sachez qu’il vient de rouvrir, dans le Rockefeller Center. On peut de nouveau faire fabriquer sous ses yeux son ours en peluche perso chez Build-A-Bear et marcher sur les touches du Big Piano.

A l’image du superchic hôtel NoMad, l’un de nos hôtels préférés à New York, signé Jacques Garcia.
A l’image du superchic hôtel NoMad, l’un de nos hôtels préférés à New York, signé Jacques Garcia. Young-Ah Kim

Pourquoi payer pour aller au musée ?

Le quartier NoMad.
Le quartier NoMad. Young-Ah Kim

Une séquence nostalgie sous forme de prétexte pour remettre les pieds dans Midtown ? Qui serait contre une énième visite au MoMA, par exemple ? D’autant que ce musée, qui rouvrira ses portes fin octobre, est en train de changer complètement de visage et de configuration. En profiter pour aller à l’emplacement de feu le Studio 54, ancien temple sulfureux des nuits new-yorkaises et fief d’Andy Warhol. Pour éviter Times Square, il suffirait ensuite de faire un pas de côté et de passer par le Theater District. Dans les années 20, les industries du cinéma s’y étaient implantées pour élever d’immenses movie palaces. Aujourd’hui, on y trouve une quarantaine de théâtres.

Tout est affaire de nuance. Inutile aussi de s’arrêter au Rockfeller Center dans le bien nommé « Diamond district ». Plutôt filer à Grand Central, la gare où transitent les milliers d’employés qui se déversent chaque jour dans Midtown. Vous vous promenez dans ces salles de marbre, luisant sous la lumière jaune des lustres en cristal.  Vous lisez les tableaux horaires de la Hudson Line et vous prendriez bien illico un billet pour Poughkeepsie ou pour Croton-­Harmon… Franchement, on se demande pourquoi on paie pour aller au musée.

La Public Library.
La Public Library. DR

Les bâtiments publics du quartier suffisent à nous étonner. Entrez dans la ­Public Library : idem. Poussez la porte de Credit Suisse (11 Madison Avenue) et baladez-vous dans son incroyable hall Art nouveau. Vous entrez dans une banque et vous avez l’impression d’être dans un palais de la Sécession viennoise. Midtown, c’est exactement ça : pas vraiment de galeries d’art, mais des lieux publics qui se vivent comme des musées.

Une pluie de nouveaux hôtels sur Midtown

Les hôteliers ont d’ailleurs compris que la vague de la tendance allait finir par remonter du trop couru Downtown vers des latitudes plus décentes. La majorité des ouvertures récentes se concentre dans Midtown. On a vu le scintillant Baccarat poser ses cristaux à côté de Carnegie Hall. Un peu plus bas, le Parker Hotel, ancien Méridien qui vient tout juste d’entrer dans la noble lignée des Leading Hotels of the World, est en train de se refaire une beauté.

Le Whitby, séduisant opus du groupe anglais Firmdale, a choisi la 56e Rue. On avait déjà vu le Luma et un Moxy à Times Square, dans un esprit complètement ludique. Voilà maintenant Ian Schrager, fondateur du fameux Studio 54 et pape de l’hôtellerie électrisante, qui débarque avec The Times Square Edition.

C’est au Ace Hotel que le quartier du NoMad doit sa renaissance.
C’est au Ace Hotel que le quartier du NoMad doit sa renaissance. Young-Ah Kim

A peine étrenné, l’hôtel est déjà devenu la nouvelle adresse des New-Yorkais initiés, fiers de retrouver l’énergie du quartier. Mais ce n’est pas le seul lieu de fête de Midtown. Les rooftops où boire un verre en musique au coucher du soleil sont désormais quasiment au coude à coude. ­Rendez-vous un peu plus bas dans le voisinage du superchic hôtel NoMad, signé Jacques Garcia.

On arrive enfin à la frontière sud de Midtown, dans ce très joli coin surnommé « Flower district ». Les fleuristes en gros y laissent traîner leurs brassées de pivoines et leurs seaux de lilas au beau milieu des trottoirs. Les ouvertures s’y succèdent. Ace, Made, Eventi : les boutique-hôtels fleurissent au milieu des fleurs. Andrew Zobler a eu du flair. Ce quartier, mi-­populaire mi-branché, commence à vibrer de toutes parts. Et que c’est peut-être par lui que notre envie de New York reviendra.


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