Le maire de New York et le gouverneur de l’Etat viennent de faire voter des lois historiques pour limiter la consommation de fioul et de gaz, assurer la transition vers les énergies renouvelables et protéger la ville des ouragans et de la montée des eaux. Décryptage.

« C’est le pire maire des Etats-Unis. New York le hait », a tweeté Donald Trump après avoir appris la candidature de Bill de Blasio, le maire de New York, à la présidentielle de 2020. Pour se différencier du président, le principal marqueur choisi par Bill de Blasio est la lutte contre le changement climatique. Il a hissé New York au rang de leader mondial du combat pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Il a aussi lancé un vaste programme pour protéger sa ville des ouragans et de la montée du niveau de la mer. Bill de Blasio est sur ce sujet parfaitement en phase avec Andrew Cuomo, le gouverneur démocrate de l’Etat de New York. Voilà en effet très longtemps que New York n’avait pas de projet majeur projetant l’Etat et la ville dans le futur lointain.

Aujourd’hui, le but est d’éliminer 85 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Les 15 % restants étant compensés par des captures de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Andrew Cuomo et Bill de Blasio envisagent ainsi d’ouvrir une nouvelle ère dans laquelle les 10 millions de voitures à essence circulant dans l’Etat et les chaudières à fioul auront disparu, l’électricité provenant de sources renouvelables et l’économie fonctionnant à « zéro émission nette ».

Un rêve pour les défenseurs de la planète et un espoir de ralentir le réchauffement. « Cela met incontestablement New York en pole position mondiale », a déclaré Jesse Jenkins, un expert en énergie de l’université Harvard, au New York Times.

Le but est d’éliminer 85 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050.
Le but est d’éliminer 85 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Ariel Martín Pérez

100 % d’énergies renouvelables en 2040

Côté production d’énergie, la loi impose à l’Etat de New York de générer 70 % de son électricité à partir de sources renouvelables d’ici à 2030, et 100 % en 2040. Il en produit actuellement 60 % sans émissions de gaz à effet de serre, à l’aide de l’hydroélectricité et de trois centrales nucléaires. Un chiffre qui va baisser, car la vieille centrale nucléaire d’Indian Point, à 55 kilomètres au nord de New York, fermera en 2021, supprimant 2 000 mégawatts de capacité. Mais un plan visant à produire 9 000 mégawatts, grâce à deux gigantesques champs d’éoliennes situés en mer à 60 kilomètres au sud de la ville, est sur les rails. Date prévue d’achèvement : 2035.

L’Etat de New York a signé un contrat pour construire le premier parc éolien offshore de ce programme, d’une capacité de 1 700 mégawatts (un record aux Etats-Unis). La ville veut aussi importer de l’énergie hydroélectrique produite au Canada à partir de 2021. Quant à l’énergie solaire, l’objectif fixé par la loi paraît difficile à atteindre, puisque la capacité actuelle est de 1 392 mégawatts, 1 000 autres étant approuvés ou en cours de réalisation.

Mais avec les subventions fédérales, étatiques et locales, le prix d’une installation de panneaux solaires sur une maison est désormais réduit de moitié. Et les entreprises du secteur et l’Etat font le forcing pour inciter des communautés à se convertir à l’énergie photovoltaïque. Certaines de ces communautés se trouvent en pleine ville, à Brooklyn et dans le South Bronx.

Pour rouler à Manhattan, il va falloir payer

L’ancien maire Michael Bloomberg avait échoué à instituer sa proposition de taxe sur les embouteillages à Manhattan. Fin mars, Andrew Cuomo, le gouverneur de l’Etat de New York, a réussi à la faire voter, au motif qu’elle servira à l’indispensable rénovation du métro, très coûteuse et loin d’être totalement financée. A partir de la fin 2020, les véhicules qui pénétreront dans Manhattan au sud de la 60e Rue devront acquitter une somme dont le montant – variable selon l’heure et le jour de la semaine – devrait, en moyenne, représenter entre 12 et 14 $ pour les voitures et 25 $ pour les camions.

Les opposants au projet affirment que la taxe frappera durement les entreprises de livraison et les New‑Yorkais pauvres du Queens, du Bronx et de Brooklyn. Mais les bénéfices espérés sont – comme à Londres, à Singapour et à Stockholm, qui ont déjà une taxe automobile dans le centre-ville – une baisse de la circulation, une vitesse moyenne plus élevée et une réduction de la pollution. Selon les experts, la mesure pourrait rapporter environ 1 Md $ par an, ce qui procurera à la MTA, qui gère le métro, un quart des investissements destinés à le remettre en état au cours des dix prochaines années.

Les bénéfices espérés de la taxe automobile : une baisse de la circulation, une vitesse moyenne plus élevée et une réduction de la pollution.
Les bénéfices espérés de la taxe automobile : une baisse de la circulation, une vitesse moyenne plus élevée et une réduction de la pollution. Ariel Martín Pérez

Normes d’émissions pour les bâtiments

Pour que les énergies renouvelables couvrent la totalité des besoins, il faudra aussi faire baisser la consommation. Le Climate Mobilization Act, voté par le conseil municipal de New York constitue à cet égard une première mondiale. « C’est une loi historique, qui montre la voie à d’autres mégapoles pour faire diminuer les émissions de gaz à effet de serre », affirme John Mandyck, patron de ­l’Urban Green Council.

En moyenne, l’économie d’énergie exigée atteindra 26 % par rapport à 2019. Les immeubles les plus pollueurs devront faire baisser leur consommation d’énergie jusqu’à une première limite d’ici à 2024, avant de continuer à la réduire pour atteindre la norme de 2030.

Coût total des rénovations : entre 4 et 8 milliards de dollars. Bien sûr, le Real Estate Board de New York, lobby des propriétaires d’immeubles, s’étrangle de dépit et pronostique que les entreprises vont déménager ailleurs. Corey Johnson, porte-parole du conseil municipal de la ville, lui a répondu : « Le consensus scientifique affirme que notre société doit agir avant 2030 pour limiter l’impact du changement climatique et éviter un désastre. C’est un bien triste argument, mais aucun prix n’est trop élevé pour préserver la vie sur la planète. »

Contrer la montée des eaux

A partir de 2030, un ouragan semblable à Sandy (ou même pire) frappera en moyenne la ville tous les cinq ans. Bill de Blasio a donc prévu de dépenser 20 milliards de dollars sur dix ans pour prémunir New York d’une catastrophe. D’ici à 2023, une barrière de 9 kilomètres au large de la côte sud-est de Staten Island, un mur autour de Battery Park City et la surélévation de l’esplanade de Battery et de l’East River Park suivront la réalisation de la nouvelle digue-promenade en béton et époxy le long de Rockaway Beach.

Les tunnels du métro seront protégés des inondations, et le marché alimentaire de gros à Hunts Point, dans le Bronx, sera équipé de générateurs de secours. « La prise de conscience des autorités doit être saluée, de même que son volontarisme. Mais tous ces travaux s’apparentent à la pose de sparadraps. Ils permettent seulement de reculer l’opération chirurgicale de dix ou vingt ans », observe Illya Azaroff, architecte spécialiste du changement climatique et professeur au New York City College of Technology.

Malgré les mesures mises en place, la vie à Red Hook, Coney Island, Rockaway, Long Island City sera alors de toute façon impossible.
Malgré les mesures mises en place, la vie à Red Hook, Coney Island, Rockaway, Long Island City sera alors de toute façon impossible. Ariel Martín Pérez

Un parc éponge

Selon lui, la protection du bord de mer est une tâche sans fin, à coût toujours croissant. Seule solution durable : le retrait des habitations et l’établissement d’une zone plantée servant « d’éponge ». Or, les autorités de New York autorisent la construction de nouvelles maisons et immeubles sur le rivage, mais aucun plan n’envisage de reloger les 400 000 habitants dont les quartiers sont menacés par la montée des eaux.

Selon les experts, la hausse du niveau de la mer atteindra d’ici à 2100 entre 1,2 et 2,8 mètres si la fonte des glaces de l’Arctique et de l’Antarctique s’accélère, ce qui semble être le cas. La vie à Red Hook, Coney Island, Rockaway, Long Island City… sera alors de toute façon impossible.

Le bas de Manhattan fait également face à cette menace. Mais pour ce joyau hébergeant la première place financière mondiale et les gratte-ciel du nouveau World Trade Center, le maire envisage une autre solution. La construction d’un parc large de 150 mètres encerclant le quartier jusqu’au nord de ­Tribeca d’un côté et de Lower East Side de l’autre en gagnant du terrain sur la mer, l’Hudson et l’East River, ce qui établirait une nouvelle limite côtière.

Ce parc, la fameuse « éponge », serait protégé des eaux par un bourrelet en terre de 10 ou 12 mètres de haut. Coût : 10 milliards de dollars. « 10 milliards pour le New York des riches, 10 millions pour les zones côtières pauvres », clame l’aile gauche du parti. Elle pourrait d’ailleurs susciter en cas d’adoption… un nouveau tweet moqueur de Donald Trump.

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