Capitale mondiale du commerce et pôle technologique en pleine expansion, New York est désormais la ville américaine qui attire le plus de fonds étrangers. Des capitaux venus d’Europe, notamment de France, mais aussi d’Israël. La proximité géographique a fait de la mégapole de la côte Est une évidence pour ces investisseurs.

Une croissance économique solide, un environnement réglementaire probusiness et un marché intérieur immense : les Etats-Unis conservent, pour la septième année consécutive, la tête du classement des pays qui inspirent le plus confiance aux investisseurs étrangers. Une première marche longtemps occupée par la Chine. Même si Singapour et Londres font largement mieux qu’elle, New York défend sa place de leader américain.

Ses plus de 5 000 entreprises étrangères représentent 81 milliards de dollars. Cela représente 11 % de la production économique de la ville. Aussi, elles emploient près de 300 000 personnes. Les investissements directs étrangers (IDE, hors immobilier), de l’ordre de plusieurs milliards de dollars par an, ont progressé de 15 % ces dix dernières années, selon l’étude réalisée par A.T. Kearney et Partnership for New York City.

Des cinq boroughs new-yorkais, Manhattan en reste le principal bénéficiaire. L’île reçoit en effet les trois quarts de ces fonds étrangers. Si le secteur du retail aimante toujours les investissements internationaux, en hausse annuelle de 7 % depuis dix ans, le secteur de la technologie a connu une croissance fulgurante. Ainsi, les IDE ont grimpé de 25 % par an lors de ces dix dernières années.

Une période qui a vu l’explosion des médias numériques, sciences de la vie, fintech, insurtech, biotech ou encore cybersécurité. L’écosystème innovant et financier new-yorkais attire les créations d’entreprise. C’est un hub plus accessible pour les entrepreneurs étrangers que la Silicon Valley dominée par les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon).

New York : ses 5 000 entreprises étrangères représentent 81 milliards de dollars, soit 11 % de la production économique de la ville.
New York : ses 5 000 entreprises étrangères représentent 81 milliards de dollars, soit 11 % de la production économique de la ville. Ariel Martín Pérez

200 start-up labelisées French Tech

L’Europe représente 78 % des placements internationaux. La France en tête, premier écosystème européen de la ville, loin devant le Royaume-Uni et l’Italie. Vient ensuite Israël, devant la Chine. Pour les Européens comme pour les Israéliens, New York se révèle plus évidente que la Silicon Valley. En termes de temps de trajet en avion, d’une part, et de décalage horaire, d’autre part.

« Sept heures de décalage entre New York et Tel-Aviv au lieu des dix heures avec San Francisco, ça change tout », souligne Eyal Bino, ­cofondateur de Iconyc Labs, un accélérateur pour start-up israéliennes à New York. Né à Tel-Aviv et new-yorkais depuis plus de vingt ans, il souligne également la plus grande affinité culturelle entre son pays et la mégapole.

« New York est le premier point d’entrée des entrepreneurs français », confirme Anne-Claire Legendre, consule générale de France, très engagée dans l’aide à l’entrepreneuriat. « C’est l’un des plus gros investisseurs étrangers, avec 7,2 milliards de dollars investis et 21 000 emplois créés sur les quinze dernières années », déclarait l’an dernier James Patchett, le président de la New York City Economic ­Development Corporation (NYCEDC).

New York compte en effet quelque 200 start-up labelisées French Tech. Dont de vraies pépites, comme ­ContentSquare. Cette plate-forme d’optimisation et d’analyse de l’expérience utilisateur a levé 60 millions de dollars en janvier. Un tour de table mené par le fonds français Eurazeo avec, notamment, les fonds américains Canaan et Highland Europe. Deux acteurs déjà présents dans les rounds précédents.

Top 5 des villes nord-américaines

Classement des villes nord-américaines attirant le plus d’investissements étrangers (fDi Magazine, indice Cities of the Future 2019‑2020) :
1 – New York
2 – San Francisco
3 – Toronto
4 – Montréal
5 – Houston

En nombre de start-up implantées dans la ville, Israël devance la France.
En nombre de start-up implantées dans la ville, Israël devance la France. DR

Liens historiques avec Israël

Difficile aujourd’hui de ne pas s’intéresser à la tech venue ­d’Israël. En nombre de start-up implantées dans la ville, Israël devance la France. « On en compte 350 aujourd’hui, près de six fois plus qu’il y a six ans », estime Guy Franklin. Ce dernier a créé une carte interactive des petites entreprises israéliennes à New York.

Son organisme, SOSA, met en relation plus de 15 000 start-up, 250 investisseurs, des sociétés de capital-risque et des firmes internationales. New York entretient depuis longtemps des liens commerciaux et culturels avec Israël. Elle abrite la plus grande communauté juive des Etats-Unis. Aussi, Big Apple offre un vaste marché à ces entreprises. La population new-yorkaise, 8,5 ­millions ­d’habitants, est quasiment équivalente à celle d’Israël.

En 2017, les Israéliens étaient à l’origine de trois des cinq rounds de financement les plus importants de New York. Le groupe de ­coworking WeWork a levé 260 millions de dollars, la ­société de covoiturage Via, 100 ­millions, et l’application immobilière Compass, 75 ­millions.

Les Européens se serrent les coudes

Plus introduits que les Européens dans le ­capital-risque américain – qui représente plus de 60 % des rounds des start-up israéliennes selon PitchBook –, les Israéliens ont su également s’imposer dans certains secteurs technologiques clés de New York. Ils ont notamment décroché les appels d’offres du NYCEDC pour lancer Cyber NYC. Il s’agit d’un partenariat public-privé de 100 millions de dollars pour faire de la ville un hub mondial de la cybersécurité. Reste que face aux puissants fonds et investisseurs américains, et à la croissance très rapide des acteurs israéliens de la tech, les Européens ont tout intérêt à se serrer les coudes s’ils veulent continuer à défendre leur savoir-faire.

Frédéric Montagnon, investisseur français et cofondateur de LGO, spécialiste des cryptomonnaies.
Frédéric Montagnon, investisseur français et cofondateur de LGO, spécialiste des cryptomonnaies. DR

« Il suffit qu’une start-up réussisse pour que ça apporte de l’argent pour créer d’autres entreprises et que ça donne envie à d’autres investisseurs de suivre », souligne ­Frédéric Montagnon, cofondateur du spécialiste des cryptomonnaies LGO, installé à New York ­depuis sept ans. Mais la mégapole ne peut pas se reposer sur sa réputation de ville innovante et dynamique. Ses loyers exorbitants, ses moyens de transport vieillissants et la lourdeur de sa fiscalité pourraient tourner les regards des investisseurs étrangers vers d’autres horizons. Certaines villes du sud des Etats-Unis et du Midwest tentent notamment d’attirer filiales de grandes entreprises internationales et start-up avec des mesures fiscales incitatives. Et la perspective d’une qualité de vie plus douce pour leurs employés.

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