The Good Life a rencontré Timothée Boitouzet, fondateur de Woodoo et ambassadeur pour Timberland, dans ses bureaux de la Tour Montparnasse où il imagine toutes les applications de son bois high-tech et reçoit les investisseurs, prêt à lever des fonds pour la première fois.

Il a fait ses études d’architecture au Japon. Il a travaillé pour Kengo Kuma et SANAA, avant de rejoindre l’Europe et faire ses armes chez Herzog & de Meuron. A Paris, il entre au studio de Dominique Perrault. Mais Timothée Boitouzet se passionne moins pour le design que pour les matériaux. Persuadé que la transformation de ces derniers est indispensable à la sauvegarde de la planète et à l’évolution positive du secteur de la construction, il change de voie.

Il s’envole pour les Etats-Unis, à Harvard et au MIT, pour étudier la biologie moléculaire et imaginer de nouveaux matériaux alternatifs pour palier aux pénuries programmées de béton, de verre et d’acier. Le bois lui apparaît comme une évidence, et il crée Woodoo en 2016.

Trois ans plus tard, après avoir injecté une grande partie de ses deniers personnels dans son projet et reçu 33 prix d’innovation, il est choisi par Timberland pour incarner, avec d’autres ambassadeurs, sa campagne Nature Needs Heroes. Entre temps, il a intégré la maison des startups LVMH et embauché 15 salariés, dont le nombre double tous les ans.

Alors qu’il s’apprête à lever des fonds pour la première fois, il reçoit The Good Life dans ses bureaux au 53e étage de la Tour Montparnasse. Le débit est vif, le ton assuré et le pitch est rodé.

Timothée Boitouzet, fondateur de Woodoo.
Timothée Boitouzet, fondateur de Woodoo. DR

5 questions à Timothée Boitouzet, fondateur de Woodoo :

The Good Life : Woodoo, qu’est-ce que c’est ?
Timothée Boitouzet :
Nous travaillons sur une fusion improbable entre le bois et les hautes-technologies, un pont entre biologie moléculaire et chimie synthétique. On prend du bois et on en extrait la lignine qui attire les insectes et qui est responsable de sa rigidité et de son caractère putrescible. On remplace celle-ci par un polymère biosourcée à partir de la biomasse pour transformer les natures optique et physique du bois.

Le remplacement de la lignine par un polymère maison. Cela permet à Woodoo de créer un bois malléable, translucide, imputrescible et résistant au feu.
Le remplacement de la lignine par un polymère maison. Cela permet à Woodoo de créer un bois malléable, translucide, imputrescible et résistant au feu. DR

The Good Life : Pourquoi cette transformation ?
Timothée Boitouzet :
L’intérêt est de le rendre imputrescible, translucide, résistant au feu et plus malléable. Cela en fait un matériau idéal pour les grandes constructions dont celles en bois sont pour le moment limitée à une quinzaine d’étages, mais il pourra également remplacer à terme tous les écrans tactiles en verre. L’objectif final est de remplacer le béton, le verre, l’acier ou l’aluminium par du bois. Et tout cela n’était pas possible sans traiter ce dernier.

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Reconstruire Notre-Dame

TGL : Quels sont les avantages du bois ?
T.B. :
C’est le seul matériau de construction qui pousse tout seul. Il est aussi trois fois moins énergivore que le béton, 17 fois moins que le verre, 130 fois moins que l’acier et 475 fois moins que l’aluminium. En effet, pour la transformation du bois, Woodoo n’utilise que des solvants verts, du CO2 supercritique, un sniper chimique qui cible une molécule sans dégrader l’intégrité du support. Aussi, la lignine, une fois extraite, sert à la production d’énergie verte. Enfin, cela permet également de donner de la valeur ajoutée à des bois dits de faible constitution comme le peuplier, le charme, le tremble et le pin maritime.

Le premier prototype Woodoo.
Le premier prototype Woodoo. DR

TGL : Outre la construction, quelles sont les applications possibles pour votre bois augmenté ?
T.B. :
On sent un grand intérêt du retail pour notre matériau. Cela permet de donner vie à des matériaux inertes, et renouveler ainsi l’expérience client. L’automobile aussi, où le bois est toujours très utilisé. Notre technologie permet de faire disparaître les boutons, en combinant notre bois translucide avec de l’électronique. Ainsi, la construction d’un tableau de bord à partir d’une feuille de bois, qui nécessite 26 étapes en moyenne, passerait à 3 étapes avec Woodoo. Nous travaillons là-dessus avec Mercedes notamment. Puis, qui sait, nous allons peut-être reconstruire Notre-Dame… (rires)

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Exportation, oui, expatriation, non

TGL : Enfin, en entrant dans votre bureau, nous avons croisé des investisseurs…
T.B. :
Quand on a de grands projets, il faut beaucoup d’argent. Il ne faut pas avoir peur de lever des fonds à la hauteur du projet. Une fois que notre première levée de fonds aura eu lieu, j’ouvrirais une société sœur de Woodoo aux Etats-Unis, pour créer une synergie entre les deux continents. Mais je resterais en France. Ici, la forêt croit tous les ans, et nous sommes la deuxième puissance forestière européenne après la Finlande, pourtant, notre filière est déficitaire car on n’arrive pas, outre nos chênes, à valoriser nos bois. Mais avec notre matériau, on montre ce que le bois français, et européen, est capable de faire… et il y a un énorme potentiel dont il faut profiter !

www.woodoo.com

Nature Needs Heroes

Nature Needs Heroes

Timothée Boitouzet a été choisi, avec 11 autres « leaders du développement durable » pour représenter la nouvelle campagne Timberland partout dans le monde. Ainsi, à Paris, l’opération consistera en une série de plusieurs ateliers en rooftop entre octobre et novembre pour apprendre l’agriculture urbaine.

Cela entre dans la ligne éco-responsable de la marque, qui utilise près de 80 % de coton durable – objectif 100 % en 2020 – mais mise également sur les matériaux recyclés. Timberland a également annoncé vouloir planter 50 millions d’arbres partout dans le monde d’ici 2025.

Un engagement de longue date qui a pesé dans la balance pour convaincre le fondateur de Woodoo : « beaucoup de marques de luxe ou de lifestyle ont un positionnement opportuniste sur l’écologie, donc quand ils m’ont contacté j’ai fait des recherches, pour voir si c’était le cas aussi pour Timberland. J’ai découvert qu’en réalité ils étaient très actifs pour l’environnement, et depuis plusieurs années ! » Les deux entreprises partagent également « un ADN commun, autour de valeurs simples, de matériaux naturels, et retrouver une intelligence dans la nature ».

www.timberland.fr/responsibility

 


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