F. Bevilacqua / Cabinet d’arts graphiques du MAH

Arts classique et moderne : 5 expos pour la rentrée de Paris à Osaka

Les portraits sensuels de Toulouse‑Lautrec ou torturés de Francis Bacon côtoient ici la peinture figurative et méconnue de Mondrian.

Visites en silence…, Genève. Dans l’Antiquité, la peinture était désignée comme une « poésie muette ». Le musée Rath a donc beau jeu de s’intéresser à la notion de silence en art en réunissant 130 œuvres, de la période classique à aujourd’hui. L’ensemble met en jeu, avec une rare finesse, la question de la contemplation, de la méditation, de la dévotion ou encore de la mélancolie. Des paysages et architectures de ruine d’Hubert Robert aux natures mortes d’Henri Fantin‑Latour ou de Giorgio Morandi, de la célèbre série Intimités, de Félix Vallotton, illustrant les non‑dits de la vie quotidienne aux intérieurs domestiques d’Hammershoi, on avance à pas feutrés dans cet accrochage qui inclut le silence mortifère des vanités de Matt Collishaw. Le photographe britannique a reconstitué les derniers repas de condamnés à mort, dans des prisons américaines, à la manière de natures mortes du XVIIe siècle flamand. Silences, musée Rath, jusqu’au 27 octobre. www.mah-geneve.ch

Décor pour Iphigénie en Aulide de Glück, Adolphe Appia, 1926.
Décor pour Iphigénie en Aulide de Glück, Adolphe Appia, 1926. F. Bevilacqua / Cabinet d’arts graphiques du MAH

Mondrian, avant l’abstraction, Paris. C’est l’exposition événement de la rentrée à Paris : 67 tableaux de Mondrian sont réunis, qui ne célèbrent pas le pionnier de l’art abstrait, mais rappellent, au contraire, le versant figuratif et méconnu de son œuvre. Près de la moitié des tableaux, issus de la fabuleuse collection de Salomon Slijper cédée en 1971 au Kunstmuseum de La Haye, viennent pour la première fois à Paris. L’accrochage s’ouvre sur une nature morte de lièvre réalisée en 1891, alors que Mondrian n’a que 19 ans, et se clôt sur des tableaux de chrysanthèmes, de roses et d’arums exécutés entre 1918 et 1921. En chemin, on découvre un magnifique autoportrait, des paysages et l’iconique Moulin dans la clarté du soleil (1908) qui voyage une dernière fois à Paris avant d’être définitivement interdit de prêt. Mondrian figuratif. Une histoire inconnue, musée Marmottan Monet, du 12 septembre au 26 janvier. www.marmottan.fr

Moulin dans la clarté du soleil, Piet Mondrian, 1908.
Moulin dans la clarté du soleil, Piet Mondrian, 1908. Kunstmuseum Den Haag

Peggy, mécène prodigue, Venise. Disparue il y a quarante ans exactement, Peggy Guggenheim reste la muse et la « dernière dogaresse » de Venise. Sans elle, l’Italie serait privée de l’une des plus belles collections au monde d’art européen et américain de l’après‑guerre. Les Picasso, les Magritte, les Dalí, les Chagall, les Pollock, les Calder, les Braque, les Kandinsky qu’elle a acquis tout au long de sa vie, à New York, à Londres ou à Paris, attestent de son intuition, de son œil et de ses fastes. C’est donc l’histoire d’une passion pour l’art de son temps que raconte l’exposition, la saga d’une femme d’exception, mais aussi la chronique d’un mirifique palais le long du Grand Canal et d’une époque où le mécénat était encore désintéressé. Peggy Guggenheim. The Last Dogaressa, du 21 septembre au 27 janvier. www.guggenheim.org

Etude pour chimpanzé, Francis Bacon, 1957.
Etude pour chimpanzé, Francis Bacon, 1957. by SIAE 2019

Toulouse‑Lautrec, Paris. sous un nouveau jour Si l’œuvre « inconvenante » d’Henri de Toulouse‑Lautrec nous rappelle que l’art n’a rien à voir avec les bonnes manières – il a peint la Goulue, le folklore du Moulin‑Rouge et les stupres des maisons closes –, une autre vision de l’artiste l’adosse à une lignée très française du réalisme et réévalue l’ambition esthétique, poétique, voire politique, de ce contemporain de Daumier, Manet et Baudelaire. C’est dire si cette exposition de plus de 200 œuvres, qui met en lumière la passion du peintre pour la photographie, est en tout point passionnante. Toulouse‑Lautrec. Résolument moderne, Grand Palais, du 9 octobre au 27 janvier. www.grandpalais.fr

Au salon de la rue des Moulins, Henri de Toulouse‑Lautrec, 1894.
Au salon de la rue des Moulins, Henri de Toulouse‑Lautrec, 1894. Albi

Japon – Autriche, ligne directe, Osaka. A l’occasion des célébrations des 150 ans de relations diplomatiques entre le Japon et l’Autriche, une exposition majeure sur le modernisme viennois prend place à Osaka. Profitant des travaux d’extension du Wien Museum, le Japon bénéficie du prêt de plus de 400 œuvres, qui témoignent de l’effervescence de la Sécession viennoise. Les chefs‑d’œuvre des stars de la période voisinent avec des objets décoratifs, des dessins et des textiles de Wiener Werkstätte, cette association d’artistes et d’artisans créée en 1903 par le designer Koloman Moser et l’architecte Josef Hoffmann. Vienna on the Path to Modernism, National Museum of Art, jusqu’au 8 décembre. www.nmao.go.jp


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