Ils sont français et ont décidé de faire de New York leur nouvelle base d’activités. Portraits de sept aventuriers aussi inspirés que stimulants.

Emmanuel Schalit, président de Dashlane. Peu importe que le jour soit levé ou pas sur New York. Dès 5 h 30, Emmanuel Schalit court dans les allées de Central Park. Mais à 10 pm (22 heures), il est au lit ! Un chrono indispensable au déploiement de l’existence hors normes de celui qui porte 2 montres. Comme pour mieux contrôler le temps. Emmanuel Shalit dirige Dashlane, cyberspécialiste de la gestion des identités et des mots de passe qu’il optimise et sécurise. Une success‑story franco‑américaine qui regroupe aujourd’hui une dizaine de millions d’utilisateurs internationaux. New York – Paris, Paris – New York : Dashlane marche sur deux adresses, et Emmanuel Shalit fait le grand écart entre les deux rives de l’Atlantique.

Fou d’astronomie et de photo

Son implantation new-yorkaise lui a ouvert les portes de la Silicon Valley. Et du financement des investisseurs : déjà 100 M $ ont été levés. Le polytechnicien, docteur en intelligence artificielle, sait fusionner ses existences comme ses équipes. Elles ignorent la distance géographique et communiquent en direct. La tentaculaire start-up n’est pas toute la vie de ce Breton de 56 ans. L’ancien directeur de La Martinière et de la stratégie de Vivendi-Universal est aussi fou d’astronomie et de photo. Très féru de cette technologie dont il savoure les dernières prouesses.

Emmanuel Schalit, président de Dashlane – The Good Expats
Emmanuel Schalit, président de Dashlane – The Good Expats DR

Virginie Morgon, présidente de la société d’investissements Eurazeo. Cette reine de la finance ne pouvait pas vivre ailleurs qu’à New York. Depuis qu’elle y a pris la tête du fleuron français de la finance mondiale l’an dernier, Virginie Morgon, qui fut la plus jeune associée-gérante (32 ans en 2001) de l’illustre Banque Lazard, a décidé de s’arrimer pour de bon dans la ville où on ne dort jamais. Et d’y installer sa tribu : un mari, quatre enfants. « J’ai besoin de cette énergie-là », affirme-t-elle.

Plus de 15 Mds $ d’actifs

Française née à Lyon, européenne, globale dans sa mission – elle dirige la totalité des investissements d’Eurazeo, plus de 15 Mds $ d’actifs –, Virginie Morgon adore travailler en visioconférence depuis son bureau où trône « girache », une peluche mi-vache, mi-girafe. Diplômée de Sciences‑po et de l’université Bocconi, à Milan, cette femme de réseau a réalisé son premier stage au sein de la banque d’investissement américaine Citigroup. Elle a passé dix-sept ans au sein de la forteresse Lazard. D’abord à New York, puis à Londres. C’est en 2008 qu’elle rejoint Eurazeo. Aujourd’hui, les magnats de Goldman Sachs et de Rothschild n’ont que son nom sur les lèvres, saluant ce profil rare de bosseuse – fonceuse et loyale – qui transforme les idées en projets et connecte les meilleurs experts entre eux.

Virginie Morgon, présidente de la société d’investissements Eurazeo – The Good Expats
Virginie Morgon, présidente de la société d’investissements Eurazeo – The Good Expats DR

Olivier Pomel, cofondateur de Datadog. Voilà neuf ans qu’Olivier Pomel et Alexis Lê-Quôc ont lancé cette start-up de logiciels spécialiste du monitoring des applications « cloud », d’emblée installée dans les blocs de la Silicon Alley. Depuis 2016, la jeune pousse occupe un étage entier du bâtiment de Manhattan qui abrite le New York Times. Lequel, comme par hasard, est lui aussi client de Datadog. Son concept s’impose bien au-delà du seul univers des geeks. La solution monitoring de Datadog a su se rendre utile au sein de multiples infrastructures. Aussi bien dans le domaine de la vente au détail que pour des sites de commerce en ligne.

Des clients renommés

Rachetée en 2010 par News Corp, la plate‑forme franco‑américaine en profite pour accélérer son développement et lever des fonds. Dont 95 M $ en 2016, son plus gros tour de table. Depuis, la start-up se prévaut d’une liste de clients renommés : Airbnb, Facebook, Netflix ou encore Adobe, Warners Bros., Games et Spotify. La flamboyante réussite internationale du centralien tient à sa capacité à s’imposer auprès des banques, des constructeurs automobiles et autres grands groupes. Et à séduire les investisseurs américains par une expertise indispensable de la culture locale.

Olivier Pomel, cofondateur de Datadog – The Good Expats
Olivier Pomel, cofondateur de Datadog – The Good Expats

Olivier Pailhès, président et cofondateur d’Aircall. C’est en 2017 qu’Olivier Pailhès a décidé de booster sa société Aircall en ouvrant des bureaux à New York. « Nous souhaitons accélérer notre présence sur le marché américain tout en poursuivant notre croissance en Europe », déclarait-il à l’époque. Bien vu : depuis lors, Aircall, spécialiste de la téléphonie d’entreprise « 100% cloud », ne cesse de tisser sa toile. Après un tour de table de 25 M $ en 2018, un coup de maître que la PME doit à son ancrage à New York, cette technologie de téléphonie à la demande poursuit allègrement sa stratégie d’expansion.

Un entrepreneur pur et dur,

Olivier Pailhès se définit comme un entrepreneur pur et dur. Il a d’abord évolué au sein de grandes multinationales avant de créer sa propre société. Fondée en 2011 par Olivier Pailhès (président) et Jonathan Anguelov (directeur des opérations), Aircall se targue d’enregistrer une croissance mensuelle de 10 % – c’était le cas en 2018 – et de recruter pas moins de 10 collaborateurs par mois. Une fringale très new‑yorkaise. Comme l’esprit start-up de cette PME qui entend néanmoins s’affranchir de son statut de jeune pousse pour devenir une entreprise bien établie, aux prétentions désormais planétaires.

Olivier Pailhès, président et cofondateur d’Aircall – The Good Expats
Olivier Pailhès, président et cofondateur d’Aircall – The Good Expats DR

Jean Madar, administrateur et cofondateur d’Interparfums. La nouvelle vient de tomber à New York. Interparfums Inc. a signé un partenariat de licence avec l’agence de mannequins IMG Models pour la première collection de parfums de la top-modèle Lily Aldrige. Interparfums Inc. est la branche américaine de la holding Interparfums. Et Interparfums Inc., c’est Jean Madar. On dit souvent que, dans un binôme, on ne sait jamais réellement qui conduit la voiture… C’est vrai pour Jean Madar et Philippe Benacin qui ne se sont pas quittés depuis l’Essec, au point de donner comme nom à leur première entreprise leurs deux prénoms : Jean Philippe…

Licences internationales, croissance française

Quand l’un, Philippe, est à Paris, l’autre, Jean, s’installe à New York dans les années 80. Depuis son bureau de la 5e Avenue, l’homme, plutôt discret, achète et distribue tout un portefeuille de marques locales sur le marché nord‑américain. Cela lui permet aujourd’hui de gagner des licences internationales qui font la notoriété et la croissance de la maison mère française. Sans jamais faire parler de lui, il signe, en 2015, la marque Coach, qui fait un tabac partout dans le monde avec ses sacs de luxe abordables, et, en juin dernier, celle d’un label mythique dans l’Upper East Side, Kate Spade. Autant dire que les actions Interparfums vont encore grimper en 2019…

Jean Madar, administrateur et cofondateur d’Interparfums – The Good Expats
Jean Madar, administrateur et cofondateur d’Interparfums – The Good Expats DR

Kilian Hennessy, fondateur de la marque by Kylian. En janvier 2016, il s’installe à New York. Le mois suivant, l’acquisition de sa marque par le groupe Estée Lauder est effective. Les négociations de vente avaient démarré l’été précédant son emménagement à Tribeca, « le plus européen des quartiers, un vrai village ». Mais pour Kilian Hennessy, rien n’est gravé dans le marbre. « J’aime l’idée d’être là pour dix ans, puis de partir ailleurs. J’ai une incroyable capacité d’adaptation. » Pour le moment, vivre à New York lui permet de soutenir le développement et la croissance de la marque qu’il a créée et qui porte son nom.

Préparer l’avenir

Il gère l’image et la création de son nom et l’enracine à Dallas, Houston ou Atlanta d’un coup d’avion. Il partage, au sein du groupe Lauder, la même directrice générale que Frédéric Malle, autre parfumeur parisien expatrié du côté de Central Park. « Partir m’a permis de me détacher de certains réflexes. En France, on finit toujours par se comparer à ses maîtres, donc au passé, alors qu’à New York on se remet sans cesse en question, on cherche à aller de l’avant. » Il prépare l’avenir, le marché asiatique, tout en développant une ligne de maquillage. La première collection en édition limitée de rouges à lèvres lancée à la Saint-Valentin était en rupture de stock au bout de quatre semaines…

Kilian Hennessy, fondateur de la marque by Kylian – The Good Expats
Kilian Hennessy, fondateur de la marque by Kylian – The Good Expats DR

Prosper Assouline, éditeur et cofondateur des éditions Assouline. Prosper Assouline a érigé en œuvre d’art le concept de « coffee-table book », ces beaux livres d’images qu’on feuillette plus qu’on ne les lit, et qu’on pose sur la table de son salon. Son catalogue compte 1 500 titres répartis en 6 collections, dont l’une d’entre elles fait sa fierté. Conçue comme un artisanat de luxe, l’Ultimate Collection représente 30 % du chiffre d’affaires de l’éditeur, et devrait monter à 50 % prochainement. C’est pour internationaliser leur nom que Prosper et Martine Assouline ont quitté la place Vendôme, il y a vingt-cinq ans.

Un duo d’ expats

« Nos livres se vendaient bien. Ils étaient traduits dans 12 langues, mais nous voulions nous ouvrir à l’international, et ce n’était possible qu’à New York. Ça a boosté notre business, mais nous sommes tous les jours au bureau à 7 h. » Aujourd’hui, une centaine de personnes travaille pour eux à travers le monde. Il ne reste plus à Paris qu’une boutique, rue Bonaparte, qui cultive, comme les 21 autres, l’esprit de la bibliothèque. La dernière vient d’ouvrir à Dubaï sur 450 m2. Pour présenter ses ouvrages, le couple a conçu tout un univers d’objets et de bougies. Ce concept, Prosper Assouline le déploie aussi dans l’hôtellerie de luxe. Ainsi, il va meubler de livres la prochaine Hemingway Tower du mythique Surf Club de Miami.

Prosper Assouline, éditeur et cofondateur des éditions Assouline – The Good Expats
Prosper Assouline, éditeur et cofondateur des éditions Assouline – The Good Expats Hasselblad X1D

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