Philadelphie est un véritable symbole de l’identité américaine, de l’indépendance des Etats-Unis à la montée des marches du boxeur fictif le plus célèbre de l’histoire, 200 ans plus tard. Aujourd’hui, elle continue de se développer à l’ombre de New York et Boston, jouant sur l’Histoire, mais aussi grâce à sa passion pour les arts et l’arrivée de nouveaux acteurs trendy sur le marché de l’hospitalité.

Les poings vers le ciel, survêtement humide, bave aux lèvres et gueule cassée : Rocky Balboa, interprété par Sylvester Stallone, vient d’achever son entraînement quotidien et réussi à gravir, pleine bourre, les marches du musée d’Art de Philadelphie. Une scène qui est, sans conteste, l’une des plus culte de l’histoire du cinéma.

Dans le premier volet de l’emblématique saga, sorti en 1976, la superstar de la boxe Apollo Creed décide d’affronter un quidam lors d’un match pour le titre de champion du monde afin de célébrer le bicentenaire de l’indépendance américaine. A Philly donc, là où tout a commencé, et contre un gaucher italien sur le déclin. Un combat comme une allégorie de l’âme américaine et du mythe selon lequel tout est possible ici.

La vue depuis le haut des Rocky Steps a bien changée depuis la sortie du film en 1976...

Une petite histoire qui rejoint la grande, comme c’est souvent le cas à Philadelphie. En 1776, le 4 juillet, c’est dans la cité de l’amour fraternel que les 13 colonies signent Déclaration d’indépendance des États-Unis. Une légende raconte que la cloche de la liberté ou « Liberty Bell », fendue depuis son arrivée en ville, aurait annoncé la bonne nouvelle (sauf pour les Anglais).

Elle est toujours visible près de l’Independence Hall, là même où Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, et les autres, ont signé la Déclaration d’indépendance. Deux attractions touristiques majeures de la ville, véritable lieu de pèlerinage pour les Américains. Il suffit de regarder, dans la file pour apercevoir la Liberty Bell, les casquettes de baseball et autres maillots de NBA des franchises de tout le pays pour s’en rendre compte.

La Liberty Bell et l’Independence Hall.
La Liberty Bell et l’Independence Hall. Julien Chassagne

Franklin et Penn

Si Franklin est partout en ville, et pas seulement sur les billets de 100 dollars, avec une grande poignée de statues à son effigie, c’est bien William Penn qui est le champion toutes catégories dans le domaine. Non seulement le fondateur de l’Etat de Pennsylvanie a le droit à son buste toutes les trois rues, mais il trône aussi au sommet du City Hall, longtemps le bâtiment le plus haut de Philly avec ses 167 mètres.

Le City Hall surmonté d’une statue de William Penn.
Le City Hall surmonté d’une statue de William Penn. Julien Chassagne

Il avait été décidé de ne jamais construire une tour plus haute, pour que Penn puisse toujours surplomber « sa » ville. Seulement, Philadelphie s’est développée vers le ciel, comme toutes ses sœurs de la Côte Est, et du Comcast Center à la One Liberty Place, le pauvre William s’est retrouvé submergé. La solution ? Installer une miniature de sa statue sur toutes les nouvelles constructions qui prendraient la première place au classement des hauteurs.

La One Liberty Place, 288 mètres, inaugurée en 1987, a longtemps été la plus haute tour de la ville avant l’ouverture du Comcast Center, 297 mètres, en 2008.
La One Liberty Place, 288 mètres, inaugurée en 1987, a longtemps été la plus haute tour de la ville avant l’ouverture du Comcast Center, 297 mètres, en 2008. Julien Chassagne

Stallone et Smith

Voilà pour le (très) succinct rappel à l’histoire. Mais Philadelphie est aussi au cœur – plus léger – de nombreuses références de la pop culture. Le cinéma en tête. Rocky donc, et ses suites, mais aussi Philadelphia en 1993, qui traitait du SIDA et l’homophobie, deux sujets encore tabous à l’époque, avec Tom Hanks dans le rôle principal, pour lequel il a d’ailleurs obtenu son premier Oscar.

C’est encore Philadelphie qui a vu grandir M. Night Shyamalan. Le réalisateur indo-américain lui rendra hommage en y tournant Sixième Sens et Incassable, entre autres. Autre superstar du cru, Will Smith ne l’oublie pas lorsqu’il interprète un jeune homme qui quitte Philadelphie pour Los Angeles en enfilant le costume bariolé de son premier grand rôle dans Le Prince de Bel-Air.

La statue Love de Robert Indiana, installée en 1976 sur John F. Kennedy Plaza pour le bicentenaire de l’indépendance.
La statue Love de Robert Indiana, installée en 1976 sur John F. Kennedy Plaza pour le bicentenaire de l’indépendance. Julien Chassagne

Une cinégénie toujours d’actualité. Le dernier blockbuster signé DC Comics, Shazam, sorti en avril dernier, met en scène un garçon originaire de Philly qui se transforme en super-héros gominé lorsqu’il prononce une formule magique.

De l’art partout

Mais à Philadelphie, la culture n’est pas que pop. Le musée d’Art est ainsi l’un des incontournables de la ville, et pas seulement pour ses célèbres Rocky Steps. Près d’un million de visiteurs s’y pressent chaque année. Bosch, Duchamp, Picasso… Sa collection et l’une des plus importantes du pays, et la liste d’œuvres contemporaines ne cesse de s’allonger.

Le Philadelphia Museum of Art.
Le Philadelphia Museum of Art. Julien Chassagne

Si bien que Frank Gehry a été embauché pour superviser l’extension de ce monument emblématique. Une rénovation « invisible » orchestrée par l’architecte de la Fondation Louis Vuitton, qui a dû utiliser les galeries souterraines et autres espaces de stockage pour ajouter des entrées et des espaces d’exposition au musée sans construire de nouveaux bâtiments. Un grand défi encore en construction.

Philadelphie vue de haut.
Philadelphie vue de haut. Julien Chassagne

Tout près, on trouve entre autres la Barnes Foundation, ses Renoir, Cézanne, Matisse et Van Gogh, le Musée Rodin, dont la collection est la deuxième plus importante du monde après Paris et le Penn Museum, avec son impressionnant agrégat d’artefacts archéologiques.

Les habitants de Philadelphie aiment d’ailleurs rappeler que la Benjamin Franklin Parkway – les Champs-Elysées locaux – où se trouvent le Museum of Art et la Fondation Barnes, est l’artère qui concentre le plus d’œuvres d’art au mètre carré dans tous les Etats-Unis.

Scène de rue à Philadelphie.
Scène de rue à Philadelphie. Julien Chassagne

Philadelphie, capitale mondiale du street-art

Même s’il s’accroche volontiers aux murs des musées, l’art est en fait partout à Philadelphie. Avec 4000 fresques – dont certaines ont disparu – elle est la capitale mondiale du street-art. Rien que ça ! Le tout chapeauté par Mural Arts Philadelphia, l’association qui a préféré, il y a un peu plus de trente ans, répondre aux problèmes de graffitis par de « vraies » fresques murales de qualité par des artistes locaux plutôt que de s’épuiser dans des travaux de nettoyage.

Philadelphie est connue dans le monde entier pour ses fresques murales. A gauche, une oeuvre de Shepard Fairey, l’homme derrière le poster « Hope » de Barack Obama.
Philadelphie est connue dans le monde entier pour ses fresques murales. A gauche, une oeuvre de Shepard Fairey, l’homme derrière le poster « Hope » de Barack Obama. Julien Chassagne

Un succès ! Chaque coin de rue des quartiers excentrés est « habillé » d’une œuvre d’art. De grandes stars comme JR ou Shepard Fairey y ont laissé une empreinte éphémère ou définitive. Si tout cela est légal et encadré, ce n’était pas le cas des Magic Gardens, lorsque l’aventure a commencé.

L’une des fresques les plus iconiques de la ville, Common Threads, par Meg Saligman, 1999.
L’une des fresques les plus iconiques de la ville, Common Threads, par Meg Saligman, 1999. Julien Chassagne

A la fin des années 60, l’artiste Isaiah Zagar propose à ses voisins de Boston de s’occuper de l’entretien de leur terrain vague en leur absence. Ils acceptent mais ne se doutent pas qu’il va transformer ce vide en plein. Plein d’un labyrinthe de mosaïques, de miroirs, de couleurs et de matériaux recyclés.

Il en deviendra propriétaire en 2002, aidé financièrement par la communauté. Aujourd’hui, l’association Philadelphia’s Magic Gardens fait vivre ce lieu ouvert au public en 2008. Une bombe chamarrée qui détonne dans le quartier résidentiel de Washington Square West.

La ville se situe à la frontière avec le New Jersey et tout près du Delaware et de New York.

Sur les toits et dans les assiettes

C’est ce côté trendy que Philadelphie compte cultiver pour attirer les touristes. Pour les Américains et les pays voisins, la ville est déjà un incontournable. Pour le reste du monde, la City of Brotherly Love est encore en retard sur les autres villes de la Côte Est des Etats-Unis. Si chiper la place de New York semble inaccessible, Philly pourrait tout de même, avec ce qu’elle a à offrir, venir se faire une place au soleil.

L’inauguration récente de nombreuses adresses tendance, portées par l’arrivée en ville de jeunes chefs à l’image de Jennifer Carroll, à la tête du Spice Finch, qui est revenue sur ses terres après avoir fait ses armes en France ou Paul Garberson au Irwin’s, entre autres. De jolis spots auxquels s’ajoutent un grand nombre de rooftops, le must de toute ville qui veut suivre les tendances.

La vue depuis l’hôtel Sonesta dans le quartier de Rittenhouse Square. www.sonesta.com
La vue depuis l’hôtel Sonesta dans le quartier de Rittenhouse Square. www.sonesta.com Julien Chassagne

C’est le cas du Sunset Social, ouvert au printemps sur le toit d’un parking ou du Irwin’s, justement, qui, outre la partie restaurant, propose également un bar avec vue sur la skyline, parmi les plus belles et graphiques du pays. On note aussi une effervescence autour de l’ouverture de plusieurs boutique-hôtels ces dernières années. Ils viennent se greffer aux grandes chaînes déjà bien installées, comme Sonesta ou W. C’est le cas du Roost, sur East Market, du Monaco à Downtown ou encore du Lokal à Fishtown, « le » quartier émergent de la ville.

La ville se situe à la frontière avec le New Jersey et tout près du Delaware et de New York.

Des projets de grande ampleur

Et au milieu de tout ça, le retour d’un grand nom. Le nouveau Four Seasons ouvrira le 12 août prochain dans le Comcast Center, la plus grande tour de la ville conçue par Norman Foster en 2008. L’hôtel investira les 13 derniers étages du building avec ses 219 chambres, un spa et un restaurant signé Jean-Georges Vongerichten. L’objectif est clair : obtenir la première étoile Michelin de la ville.

Autre initiative urbaine d’envergure : The Rail Park. L’équivalent philadelphien de la Coulée Verte. Initié en 2003, le projet a ouvert les portes de sa première portion l’an dernier. Mais il reste beaucoup de travail pour reverdir et donner une nouvelle vie à cette ancienne ligne de chemin de fer du quartier de Callowhill.

La vue depuis le spa de l’hôtel Four Seasons qui ouvrira ses portes le 12 août prochain.
La vue depuis le spa de l’hôtel Four Seasons qui ouvrira ses portes le 12 août prochain. Julien Chassagne

Philadelphie compte également se positionner en capitale du shopping. « Tax free » depuis sa création, elle est en train de transformer Market Street en vrai quartier de la mode.

La ceinture en ligne de mire

Suffisant pour faire de la ville plus qu’une escale pour les touristes en visite à New York et devenir une destination à part entière ? Chicago et Boston ont réussi leur pari, alors pourquoi pas Philly ? Elle vaut vraiment le détour, parole de The Good Life. Et le Philadelphia Convention and Visitors Bureau met tout en œuvre pour y arriver, à coup de spots publicitaires, de relations publiques internationales et de prospectus en plusieurs langues.

La première portion du projet The Rail Park, qui a ouvert ses portes en juin 2018.
La première portion du projet The Rail Park, qui a ouvert ses portes en juin 2018. Julien Chassagne

Des opérations qui portent leurs fruits. En effet, depuis 2013, le nombre de visiteurs étrangers – près de 650 000 en 2018 – a grimpé de presque 10 %. Les touristes européens qui viennent faire un tour dans la cinquième ville américaine, sont principalement originaires du Royaume-Uni, forcément, d’Allemagne et… de France.

Elfreth’s Alley, la plus vieille rue encore habitée des Etats-Unis.
Elfreth’s Alley, la plus vieille rue encore habitée des Etats-Unis. Julien Chassagne

Si elle ne boxe pas encore dans la même catégorie que ses voisines, Philadelphie se donne les moyens de venir les titiller. Puis, à la fin du film, Rocky, même s’il ne remporte pas le combat, gagne les cœurs. Avant de revenir pour la ceinture de champion dans le deuxième opus ! On souhaite le même destin pour Philly que pour son héros le plus emblématique (avec toutes nos excuses à Benjamin Franklin et William Penn).

Animated GIF

Infos pratiques

Y aller : Icelandair propose de mi-mai à fin septembre l’aller-retour Paris-Philadelphie via Reykjavik à partir de 506 € en économie et 2356 € en business avec la possibilité d’effectuer un stopover (transformer une escale en Islande en véritable voyage sans frais supplémentaires sur votre billet). www.icelandair.com

Se renseigner : www.discoverphl.com


The good concept store A découvrir dans le concept store