Les nouvelles technologies sont de plus en plus capables de remplacer le geste virtuose de l’artisan. Plutôt que de s’effacer, ce dernier doit les utiliser pour augmenter ses capacités, plaide Inès Hamaguchi, émailleuse pour la haute horlogerie.

C’est un discours rafraîchissant, qui bouscule les préceptes séculaires de l’artisanat et des métiers d’art. Un cri du cœur aussi, qui dit son envie de vivre face à la seule logique mercantile. Confrontée aux nouvelles technologies désormais à même de remplacer le geste virtuose de l’artiste, Inès Hamaguchi oppose une vision primitive autant qu’avant-gardiste : manger pour ne pas être mangé. Emailleuse pour la haute horlogerie, installée dans une vallée reculée de l’Arc jurassien, cette Suissesse mariée à un horloger japonais a imaginé ce que sera l’atelier du futur : un lieu bardé d’instruments high-tech destinés à « augmenter la main », de manière à permettre à l’artisan d’aller au-delà de ses capacités naturelles, de dépasser ses limites, tout en préservant sa dextérité et son acuité gestuelle.

Resté à l’écart, de par sa nature, l’artisanat fut longtemps protégé de l’industrialisation : complexe, réfléchi, émanant de décennies d’expérimentations, le geste virtuose n’a jamais pu être mécanisé. Jusqu’à un passé récent. La technologie permet aujourd’hui de reproduire des opérations jusqu’ici réservées à la seule main humaine. Toujours plus perfectionné, le laser est, par exemple, capable d’effleurer la matière, proposant à l’horlogerie et à la bijouterie des décors « traditionnels », comme le satinage ou le soleillage. Associées à des outils de frappe nanométriques, les techniques modernes d’étampage, pour leur part, sont en mesure d’égaler le travail du guillocheur ou du graveur.

Le dispositif haptique de la société Force Dimension a été présenté au dernier salon SIHH.
Le dispositif haptique de la société Force Dimension a été présenté au dernier salon SIHH. Raphael Faux

L’humain bientôt dépassé ?

L’impression 3D, chaque jour plus performante, est déjà apte à dupliquer n’importe qu’elle forme originale en plastique, en métal, en céramique ou en bois. L’interface haptique, développé pour la chirurgie est un prolongement hypersensible de la main du praticien, capable de faire ressentir à distance la résistance ou l’élasticité des tissus ou des matériaux. Associée à une caméra et à des outils adaptés, elle permet d’évoluer et d’accomplir des gestes très précis dans un milieu confiné, comme le corps humain ou un four, mais aussi une chambre à vide ou un environnement potentiellement toxique.

La réalité augmentée, elle aussi, offre un champ des possibles intéressant. Elle peut fournir des données chiffrées en temps réel, sur écran ou par l’intermédiaire de lunettes électroniques : température, hygrométrie, pression, état de surface… Autant d’éléments qui, traités par une intelligence artificielle, permettraient à l’artisan d’accélérer l’apprentissage pour, au final, aller plus loin dans la pratique de son art. La réalité virtuelle, enfin, permet d’adapter la surface de travail à l’échelle voulue, de travailler des matières très dures aussi aisément qu’une pâte à modeler ou encore de prédire le résultat d’une opération. Et la liste n’est pas exhaustive.

Encore embryonnaire, cette approche a cependant déjà éveillé l’intérêt dans le monde de l’horlogerie. Rattaché à la chaire Richemont en technologies de fabrication multiéchelles, le laboratoire Galatea de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) travaille sur un projet de développement en collaboration avec l’entreprise Force Dimension, spécialisée dans les interfaces haptiques. Un projet dont les contours ont été présentés au LAB, nouvelle plate-forme expérimentale du dernier Salon international de la haute horlogerie (SIHH).


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