Place forte du Miami branché (et argenté) depuis 2006, le Standard coule des jours et des nuits pas toujours tranquilles, sur le rivage de Belle Isle. Ancien motel mid‑century délicieusement rénové, le petit établissement noyé dans la végétation tropicale met tous vos sens à la fête.

« Mais qu’est-ce que vous avez tous avec ce foutu spa ? tonne Esperanza, notre conductrice Uber, vif accent cubain et crucifix accroché au rétro. L’autre jour, j’y ai déposé quatre filles en robes de soie, maquillées et parfumées comme pas possible. C’est une tenue pour se faire faire un peeling, ça ? » Le Standard a beau trôner sur la scène hôtelière de Miami depuis 2006, il déroute encore bien des conducteurs, la faute à Google Maps et à Uber qui le répertorient sous le nom de Standard Spa.

Dans les chambres en rez‑de‑jardin, agrémentées d’une terrasse, la vie s’écoule le plus sensuellement du monde.
Dans les chambres en rez‑de‑jardin, agrémentées d’une terrasse, la vie s’écoule le plus sensuellement du monde. DR

Alors oui, il y a bien un institut de beauté ashram et hammam en ces murs. Et de la plus new-age des espèces : on s’y désape pour une séance de méditation en bikini face à la baie de Biscayne. Ou pour un bain glacé qui vous raffermit le moindre capiton. Mais aussi pour un traitement nommé Balancing Crystal Facial au cours duquel, entre autres, on vous frotte le visage avec des pierres précieuses en guise d’exfoliant, rien de moins.

Mais moins qu’un spa, le Standard est un resort urbain, une oasis balnéaire en pleine ville. Sa piscine immense, ouverte en éventail sur la baie, aimante tout ce que Miami compte de trentenaires flamboyants.

Oasis balnéaire en pleine ville, The Standard possède une piscine ouverte en éventail sur la baie de Biscayne.
Oasis balnéaire en pleine ville, The Standard possède une piscine ouverte en éventail sur la baie de Biscayne. Adrian Gaut

Happy hour au soleil

Il faut débarquer là sur les coups de 16 heures, quand le soleil floridien tape encore sévère mais qu’il est déjà l’heure du « frosé » – le ­frozen rosé, grand hit des barmen du cru. Poitrines siliconées pour les unes, torses stéroïdés pour les uns… On raffole ici des formes les plus sculptées et personne n’a peur du too much.

Au café-restaurant adjacent, le Lido Bayside Grill, on commence à s’agiter. Le ciel rosit, les tours de Downtown s’illuminent, les yachts et les jet-skis paradent. Alors on reprend vite un frosé pour trinquer face à ce Miami qui fait son show de fin de journée. A mesure que le soleil descend, la musique, une électro d’excellente facture, gagne en décibels.

Dans le lobby, de gros canapés bleu pétrole répondent à un vitrail multicolore.
Dans le lobby, de gros canapés bleu pétrole répondent à un vitrail multicolore. DR

Rappelons la géographie du coin . Le ­Standard occupe la pointe nord de Belle Isle, un îlot qui forme avec Biscayne, San Marino, San Marco, Di Lido et Rivo Alto l’archipel des ­Venetian ­Islands. Soit cinq îles artificielles (seule Belle Isle est naturelle), surgies dans les années 20. C’est ici que les plus belles maisons de la ville ont pris racine. Ici aussi qu’en 1954 un promoteur bien inspiré érige le Monterrey Motel, rebaptisé Lido Spa Hotel dans les ­sixties, et dont le Standard occupe aujourd’hui les murs. On venait alors au Lido Spa pour se faire pomponner, prendre les eaux, bronzer, une sorte d’Hôtel des Bains – l’établissement culte du « vrai » Lido, celui de Mort à Venise – que fréquentaient déjà, en témoignent les cartes postales d’antan, des Tadzio et des ­Aschenbach très portés sur le culturisme.

Les chambres disposent de terrasses privées, la plupart avec baignoires extérieures, ainsi qu’un jacuzzi intérieur et extérieur.
Les chambres disposent de terrasses privées, la plupart avec baignoires extérieures, ainsi qu’un jacuzzi intérieur et extérieur. DR

Un petit air vénitien

Question architecture, c’est à Norman Giller, pape du MiMo (pour Miami Modern, le courant floridien du modernisme), qu’on doit ce plan en V et cette façade légèrement courbe, flanquée d’un perron à colonnes anguleuses, sur laquelle on a conservé l’enseigne Lido Spa Hotel. Question déco, c’est Shawn Hausman, le designer préféré de l’hôtelier André Balazs, qui a conçu l’intérieur du Standard comme un hommage sémillant aux années 50 et 60.

Pièce de choix, ce lobby où plastronnent, pêle-mêle, un vitrail à motifs abstraits, des rocking-chairs à la Hans Wegner pour la touche scandinave, une table de ping-pong tellement arty qu’on n’ose pas même l’effleurer du bout de la raquette, et puis de gros canapés bleu pétrole, sur lesquels on « chille » à la fraîche.

Des filles nues dans la piscine…

Quant à ces chambres en rez-de-­jardin, la vie motelière s’y écoule le plus sensuellement du monde. Sur votre terrasse : une jolie baignoire arrondie pour quelque bain de minuit à domicile. A l’intérieur : un sol en terrazzo, des draps en nid-d’abeilles une banquette à rayures sur laquelle, ordinateur portable sur les genoux, on a tenté de bosser – ­rappelons-le, nous sommes ici pour cela. Car ici, pas de bureaux : le mot « travail », au Standard, semble proscrit.

Oasis balnéaire en pleine ville, The Standard possède une piscine ouverte en éventail sur la baie de Biscayne.
Oasis balnéaire en pleine ville, The Standard possède une piscine ouverte en éventail sur la baie de Biscayne. Patrick McMullan / Getty Images

Mais c’est le mot « party » qui est sur toutes les bouches. Ces murs, il faut le dire, en ont connu, des bringues. La grande Joséphine Baker a donné là, à l’époque du Lido, d’étourdissants concerts, n’acceptant de chanter que si le public était « déségrégué ». La performeuse culte Vanessa Beecroft a orchestré, dans la piscine, lors d’une soirée dingue de l’édition 2010 d’Art Basel, un tableau vivant dans lequel évoluaient une dizaine de sylphides nues et perruquées.

Mais même hors foires d’art, la bamboche fait ici partie de la culture maison. On a vu, en pleine semaine, dans le Lido Bar, le lounge-club intérieur de l’hôtel, un savoureux mélange de modeuses à la pointe, d’oligarques en goguette, de jeunes loups de la finance, de Libanaises sursapées se trémoussant sur un air de disco, au summum de l’hystérie passé minuit ! Les voilà, les « robes de soie », dégrafées çà et là !

André Balazs, l’hôtelier people

Il n’a pas son pareil pour lancer ou relancer un hôtel. On doit au play‑boy André Balazs, qui fit fortune dans les biotechs, la renaissance du Chateau Marmont en 1990, à Los Angeles, où il copina avec tous les people, et en 1998, celle du Mercer, à New York. Mais ces dernières années, c’est avec son enseigne Standard, mi‑surbranchée mi‑bling‑bling, qu’il affole le beau monde. Première pierre à l’édifice, le Standard West Hollywood, à Los Angeles, inauguré en 1998 – on compte Leonardo DiCaprio et Cameron Diaz parmi les investisseurs.

Cinq autres suivront, dans Downtown L.A., à Hollywood, à Miami Beach et, à New York, dans Meatpacking et dans East Village. La recette Standard ? Un quartier à la mode, des bars survoltés, des piscines grandioses et des architectures fortes. Ainsi, celui de West Hollywood s’est installé dans l’ancien Thunderbird Motel, bâtisse délicieusement sixties sur Sunset Boulevard, et celui de Meatpacking, signé Ennead Architects, enjambe crânement la High Line. Le prochain, annoncé pour 2019 à Londres, logé dans un immeuble seventies au possible de King’s Cross, n’échappera pas à la règle.


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