Recensé par les centres antipoison comme une plante aux propriétés psychoactives, le datura, ou herbe du diable, est en effet éminemment toxique et peut provoquer délires et hallucinations. Pourtant, bien dosé, il peut aussi soigner de nombreux troubles.

De la famille des solanacées, comme les pommes de terre, les tomates, les aubergines ou les poivrons, le datura est une plante ­herbacée annuelle dont l’origine est incertaine. Qu’on la dise venue d’Asie ou d’Amérique centrale, elle semble en tout cas avoir été introduite en Europe au XVIe siècle. Elégante, elle étire ses tiges robustes en les divisant et peut atteindre deux mètres de hauteur.

Ses grandes feuilles à bord denté dégagent une odeur très désagréable. Cela tranche avec la délicatesse de ses fleurs, en forme de trompette, blanches, jaune orangé, bleues ou violettes. Elles éclosent de juin à octobre dans les zones abandonnées, les décombres, les ­terrains en friche ensoleillés. Et sur les sols riches en nitrates, limoneux et argilosiliceux. Après la floraison, des capsules de 10 cm de long, couvertes de grosses épines, renfermant jusqu’à 500 graines noires et plates se développent. Puis elles se dispersent et permettent la multiplication de la plante.

Éminemment toxique

Le datura est une plante dont toutes les parties sont éminemment toxiques. La scopolamine et ­l’hyoscyamine que contient le datura induisent un état de conscience comparable au delirium tremens. Début de psychose aiguë, hallucinations véritables… La distinction entre environnement extérieur et monde intérieur devient impossible. Cette intoxication peut persister entre huit heures et… Trois semaines selon les études.

Le datura est également connu sous le nom d’herbe du diable ou de trompette de la mort.
Le datura est également connu sous le nom d’herbe du diable ou de trompette de la mort. Thangaraj Kumaravel

Peu ou pas de phénomènes de dépendance ont été rapportés, mais l’expérience n’est en général pas renouvelée par les ­curieux. Et heureusement. Non seulement parce que les complications psychiatriques à long terme pourraient être irréversibles (bouffées ­délirantes, notamment), mais surtout parce que 4 ou 5 grammes ingérés suffisent pour contenir une dose mortelle d’alcaloïdes. Ces composants sont de fait classés dans la famille des hallucinogènes délirants ou délirogènes. Comme le rappelle le centre antipoison, « le datura et ses préparations sont classés sur la liste I des substances vénéneuses. »

Une histoire sulfureuse

Le datura agit un peu comme la belladone, également utilisée en phytothérapie et en homéopathie, même s’il est encore plus toxique. Les propriétés psychotropes du datura sont connues depuis longtemps puisqu’il semblerait que les Aztèques l’utilisaient déjà à ces fins. La littérature rapporte aussi que brigands et prostituées faisaient macérer des graines de datura dans du vin pour endormir et détrousser leurs victimes en toute tranquillité !

Enfin, druides et sorciers l’utilisaient à bon escient pour guérir des convulsions. Car cette herbe du diable, herbe aux sorciers, aux voleurs, des magiciens ou chasse-taupe a souvent été renommée selon l’application qu’on en faisait.

Posologie

• En homéopathie : Stramonium 9 CH, 12 CH ou 15 CH, une fois par jour en cas de spasmes, de terreurs nocturnes, de troubles du sommeil, de fièvre ou de toux. Environ 2 €, Boiron.

Or, le datura, bien dosé en phytothérapie, peut guérir certains troubles. La stramoine présente dans le datura entre notamment dans la composition de sirops contre la toux. Et la plante est régulièrement utilisée pour soulager les névralgies. Mais aussi pour ses propriétés sédatives et antispasmodiques, qui calment les crampes et augmentent le calibre des bronches.

Les Chinois la recommandaient d’ailleurs, du Xe au XVIIe siècle, dans un mélange de vin et de cannabis comme anesthésique ou bronchodilatateur. C’est cette dernière propriété qui a d’ailleurs été mise en avant jusqu’en 1992 en France par la pharmacopée sous la forme de cigarettes… ­antiasthmatiques ! La vente en a été évidemment interdite, à cause des accidents et des détournements d’usage.


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