Il y a les stars de l’architecture, et il y a Herzog & de Meuron, un duo à part dont toute la profession loue, depuis quarante ans, l’exigence, le talent et le savoir‑faire.

Difficile d’entendre des critiques sur Herzog & de Meuron tant leur aura a dépassé toutes leurs espérances, si espérances il y avait. Alors qu’ils viennent de célébrer le 40e anniversaire de l’agence qu’ils ont fondée, à Bâle, en 1978, Jacques Herzog et Pierre de Meuron ont fait un don important au MoMA, à New York : des maquettes, des dessins et autres documents issus de leurs archives, témoignant d’une production aussi intense que précise. La dotation porte sur neuf projets construits ou non, développés entre 1994 et 2018, parmi lesquels le domaine viticole Dominus Estate, dans la Napa Valley, en Californie (1997), ou l’iconique stade des jeux Olympiques de Pékin (2008). A 69 ans, ils continuent de créer l’événement chaque fois qu’ils livrent un bâtiment.

Les architectes Jacques Herzog (à gauche) et Pierre de Meuron.
Les architectes Jacques Herzog (à gauche) et Pierre de Meuron. Marco Grob

Herzog & de Meuron, quarante ans de pratique

Depuis quatre décennies, Jacques Herzog et Pierre de Meuron enchaînent les projets aux quatre coins du monde : l’Elbphilharmonie, à Hambourg ; la tour 56 Leonard Street, à New York ; la Tate Modern Gallery, à Londres ; la CaixaForum, à Madrid ; le Beirut Terraces, à ­Beyrouth… Des projets qui se suivent mais ne se ressemblent pas tant leur capacité à ne jamais se répéter s’est imposée comme leur marque de fabrique.

En France, à Paris, ils ont réalisé une opération de logements au 17 de la rue des Suisses qui leur a valu le prix de l’Equerre d’argent en 2001. Puis en 2015, le nouveau stade de football de Bordeaux, qui réconcilie enceinte sportive et architecture onirique. A Lyon, ils ont livré, en 2018, une stupéfiante tour de logements aux balcons arrondis sur le site de la Confluence, dont ils sont les architectes-urbanistes.

Le parking couvert du 1111 Lincoln Road, à Miami Beach (2010).
Le parking couvert du 1111 Lincoln Road, à Miami Beach (2010). Herzog et de Meuron

Quant à la fameuse tour Triangle qu’ils projetaient de construire à Paris, Porte de Versailles, elle est aujourd’hui dans les cartons, empêtrée dans les recours administratifs et les polémiques (affaire à suivre à l’heure où nous écrivons). En 2001, ils reçoivent le prix Pritzker et le Praemium Imperiale en 2007, distinctions suprêmes en matière d’architecture.

Le projet d’extension de la Vancouver Art Gallery, à Vancouver.
Le projet d’extension de la Vancouver Art Gallery, à Vancouver. Herzog et de Meuron

Refus d’un style défini

Herzog & de Meuron n’ont jamais sacrifié leur exigence sur l’autel du chiffre d’affaires ou de la célébrité. Quand d’autres répètent des recettes éculées, surfant sur la vague de leur notoriété, les Bâlois inventent, innovent, à chaque commande. Rien ne ressemble moins à un bâtiment ­d’Herzog & de ­Meuron que leur construction suivante. Ils tiennent la notion de style à distance, préférant puiser dans le site et l’histoire locale. Leurs œuvres sont ainsi puissamment ancrées dans leur contexte, un poncif de l’architecture qui, chez eux, prend tout son sens.

On pourrait penser que leur statut de stars de l’architecture les tient à distance des problèmes prosaïques, mais il n’en est rien. Avorté par la crise financière de 2008, leur projet pour le Parrish Art Museum, à Water Mill, dans l’Etat de New York, a dû être repensé avec un budget divisé par trois. Pas de quoi inquiéter les Bâlois, qui ont réalisé un bâtiment manifeste, au parti architectural très fort, véritable pied de nez aux musées tape-à-l’œil et onéreux qui ont fleuri ces dernières années. A Hambourg, ils ont dû affronter la polémique, leur projet de philharmonie ayant mis dix années à sortir de terre. Budget final : 789 millions d’euros.

L’Elbphilharmonie, à Hambourg, construite à partir d’un ancien entrepôt en forme de trapèze (2017).
L’Elbphilharmonie, à Hambourg, construite à partir d’un ancien entrepôt en forme de trapèze (2017). Maxim Schulz

Dans ­l’ouvrage que Jean-François Chevrier leur a consacré en 2016 – De Bâle, Herzog & de Meuron, ­publié aux ­éditions Birkhaüser –, Jacques Herzog résume : « Je pense que beaucoup de nos collègues vivent dans l’impératif d’exister, d’être vus, et donc de produire des signes distinctifs. C’est une pression énorme, une vraie terreur. Ils peuvent créer de tels signes avec une certaine force, mais de plus en plus souvent, c’est une différence dans le même, une caricature de ­différence. Cela crée des architectures caricaturalement égotistes. »

Par leur ­production, mais aussi par leur attitude, ils font figure de modèle absolu, ayant réussi à marier agence XXL, laboratoire architectural, dimension artisanale et rigueur jamais démentie. Ils ont largement œuvré à façonner cette excellence suisse que les architectes du monde entier observent avec envie.

Le Stade national, à Pékin, surnommé le Nid d’oiseau (2008).
Le Stade national, à Pékin, surnommé le Nid d’oiseau (2008). Iwaan Baan

Ultracontem­porains, leurs ­bâtiments traduisent la complexité du monde. Ils disent souvent qu’ils sont « des instruments au service de la perception », portes d’entrée d’un monde à un autre. Ils se sont largement illustrés dans les lieux de l’expérience collective, notamment avec les stades de Munich, de Bordeaux et bientôt avec celui de ­Chelsea, à Londres, mais aussi avec ­l’Elbphilharmonie, à ­Hambourg, où la salle de concert est une ­expérience riche en sensations.

Si elle peut parfois sembler spectaculaire, l’architecture d’Herzog & de ­Meuron n’est jamais ­démonstrative. Leurs bâtiments sont toujours au service de la fonction qu’ils abritent. « Avec notre background de la “Suisse modeste”, une certaine monumentalité est toujours séduisante et en même temps repoussante. Nous avons ­cependant toujours cherché une simplicité et une immédiateté dans nos projets », souligne Jacques ­Herzog. Parfois, le devenir d’un bâtiment les dépasse. Le Nid, le fameux stade des jeux Olympiques de Pékin, en 2008, est devenu une icône du pays. Pragmatiques, ils gardent néanmoins les pieds sur terre.


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