Extraite de son univers sportif pour galoper en ville, stylée, elle est un marqueur générationnel, et représente une chaussure masculine achetée sur deux ! Envie de sneakers qui sortent du lot, en cuir, cousues, originales, arty, urbaines et conçues pour durer ? Suivez le guide !

• Aïzea, le régional pur luxe. Que fait-on de vingt ans d’expérience de la mode ? On les transforme en maroquinerie de luxe. Ainsi, en 2015, Joakin Echeverria a créé Aïzea (« le vent », en basque) à partir d’une ligne de bagages. En 2016, il ajoute les sneakers. « J’achète mes peaux moi-même, le taurillon basque comme le veau grené (d’Espelette), le python hydrofugé qui résiste à la pluie ou l’alligator du Mississippi », confie Joakin. Il coupe les peausseries, puis passe au stylisme avant de faire réaliser l’assemblage au Portugal. La sneaker Aïzea est traitée comme une chaussure de luxe. « Un ami podologue a développé des semelles qui conviennent aussi à des clients ayant des problèmes orthopédiques. Je propose en plus une doublure intérieure en cuir végétal non toxique pour l’épiderme », révèle le jeune basque. A 43 ans, ce créateur vend ses modèles dans sa boutique parisienne de la galerie Vivienne, sur Internet ou dans les concept‑stores de L’Eclaireur.

www.aizea-paris.com
www.aizea-paris.com DR

• Angarde dégaine la slicker. L’espadrille-sneaker ? Une slicker ! Alexandre et Astrid Suermondt l’ont imaginée il y a près de cinq ans, et ont créé Angarde. « Il n’y avait aucune innovation sur l’espadrille. Or, elle est polyvalente, accessible, masculine. Après un an de développement, nous l’avons fait fabriquer en Espagne », confie Alexandre. Le duo frère et sœur, natif d’Ascain, au Pays basque, a conçu cet hybride citadin, confortable et résistant à l’eau. La coupe arrondie et droite évoque un sliper, mais l’espadrille reste présente à travers la tresse de jute de 2 mm d’épaisseur, visible sur le pourtour de la semelle en gomme « sneaker ». L’intérieur n’a rien à envier à celui d’une limousine : cuir, liège, latex amovible… « Notre marque est basée sur un engagement solidaire : sur chaque paire vendue, on reverse un pourcentage à une organisation internationale pour l’accès à l’eau potable. » Par ailleurs, Angarde lance le programme 2nd Life : les modèles renvoyés en fin de vie sont recyclés. Enfin, une collection capsule a été créée avec Gili’s. Il existe 100 points de vente Angarde aujourd’hui, dont le Printemps à Paris, mais cette sneaker basque se vend à 60 % à l’étranger, notamment au Japon.

www.angarde-shoes.com
www.angarde-shoes.com DR

• Caval, un talent hors pair. Unique « modeuse » au milieu de pointures de la « tech » de la Station F fondée par Xavier Niel, la jeune marque Caval – un an à peine – profite d’un bureau et de mentors pour affiner sa stratégie. Ses fondateurs (Achille, Benoît et Simon) ont de 23 à 26 ans, et se sont rencontrés sur les bancs d’HEC Paris. Le goût d’Achille Gazagnes pour les baskets dépareillées a été le déclic : « Depuis l’âge de 7 ans, je mélange deux Puma Clyde. Simon avait la même marotte – il s’occupe de notre communication web, tandis que Benoît crée le graphisme des modèles que je commercialise. » Rôles répartis, concept unisexe établi, voici Caval, un terme dérivé du mot « cavale », et un clin d’oeil à l’asymétrie assumée des baskets. Une styliste spécialisée est alors chargée de la modélisation, avec un parti pris d’élégance pour contrebalancer l’aspect dépareillé. Ce contrepoint résulte d’associations de couleurs décalées, sur un fond uni, entre pied droit et pied gauche. « Nous avions mis nos modèles en précommande sur la plate-forme de crowd‑funding Ulule. Nous pensions vendre 200 paires. Le score a été de 900 en un mois », confie, ravi, Achille Gazagnes. Un atelier portugais, à Guimarães, offre son savoir-faire exceptionnel dans le cousu du cuir d’origine italienne. « Ensemble, nous avons mis au point une semelle qui ne se décolle jamais de la tige », explique Achille Gazagnes. Vendue en ligne, au Printemps de l’homme, chez Fleux ou à L’Exception, à Paris, Caval est bien parti pour s’échapper du peloton de la concurrence.

www.en-caval.fr
www.en-caval.fr DR

• ER, culture skate. Skateur émérite, Eugène Riconneaus apprendra l’art du soulier avec un ancien de chez John Lobb, à Londres. Plasticien, il se sert du skate comme d’un pinceau, photographie les traces laissées par les rollers, et les superpose à d’autres images. Il rencontre le grand photographe américain Larry Clark. Ensemble, ils créent une basket et exposent leurs clichés à New York. Supreme, la boutique new-yorkaise du monde du skate, vendra la chaussure en 2014. Très vite naît Undun (« non finie », en français), qu’Eugène Riconneaus conçoit comme une maison d’édition de la street culture : « Le modèle 2010 Detroit fait référence à la ville où est née la techno, à son destin industriel, et à son déclin. La Brooklyn Banks au mouvement de culture skate en 1989 dont le QG était le pont de Brooklyn. » Futuristes, bourrés de références, techniques et très lookés, certains modèles arborent un authentique tissu camouflage provenant en direct du fournisseur de l’armée française !

Undun.
Undun. DR

• Le Flow, poetry in motion. A l’âge de 10 ans, ce fan de basket-ball, tombé raide dingue devant les exploits de Michael Jordan, dessine ses premières baskets ! Plus tard, Lionel Le Floch, 36 ans, acquerra dix ans d’expérience auprès de prestigieuses marques de souliers, dont Berluti – une référence. En 2016, avec son associé, il crée Le Flow. « Cette marque est la conséquence de ce que je porte aux pieds. Nous avons lourdement investi dans le développement de nos propres semelles fabriquées au Portugal. Nos sneakers sont en cuir et nous proposons aussi une basket en microfibre. » Pour marquer sa différence, Le Flow s’inspire de l’artiste japonais Akihito Takuma : de la peinture injectée dans la semelle s’y propage de façon aléatoire. La formule, brevetée, permet de créer des modèles étonnants et uniques. Les chanteurs MC Solaar, Orelsan ou l’acteur Arnaud Valois sont les porte-étendards de la jeune marque. Nouveauté, Le Flow annonce des derbys fabriqués selon les codes des sneakers.

www.leflow-paris.fr
www.leflow-paris.fr DR

• Me.Land, un concept abouti. Des années passées auprès des griffes dans le domaine du cuir ont fait de Frédéric Robert un spécialiste affûté. Il y a un an, à 44 ans, il effectue un retour aux fondamentaux avec une première collection de sneakers, restreinte, mais impeccable, qu’on trouve déjà au Bon Marché. « Durant ma carrière, j’ai visité les meilleurs ateliers du monde. J’ai beaucoup appris. Je voulais retrouver des pratiques respectueuses de l’artisan tout en proposant des chaussures confortables, tendance, parfaites et à prix abordable – autour de 290 €. » Les pieds sur terre et le désir d’internationaliser sa marque, businessman et créatif, Frédéric Robert dessine dans son studio de Montmartre et en musique, afin d’aiguiser ses inspirations. Ensuite, fabrication à Florence dans des ateliers qui œuvrent pour le luxe en travaillant des matières de premier choix. La patte Me.Land ? Stylée, disco ou punk, cuir métallisé et coloris vifs, jeux de matières. Avec un truc en plus. Thomas.V, bijoutier parisien, y accroche ses médailles de saint Christophe ou des roses des vents. Musiciens, performeurs, photographes participent à son image. Dernière collaboration en date : une série limitée peinte à la main par le street-artist P. (alias Pierre Merriaux).

www.melandofficiel.com
www.melandofficiel.com DR

• New Balance, entre passion et tradition. L’une des dernières marques indépendantes aux Etats-Unis, fondée à Boston en 1906 par William J. Riley, New Balance est une institution qu’on ne présente plus tant elle est mondialement reconnue. Et même courue, puisqu’elle s’est spécialisée dans les chaussures de running. Elle est aussi l’une des rares entreprises américaines à faire fabriquer une partie de sa production sur le vieux continent, en Angleterre, sans doute parce son fondateur était un cordonnier anglais émigré. Les sneakers de la collection sont pratiquement toutes tirées des modèles de sport emblématiques comme la NB574 (datant de 1988), identifiable au premier coup d’oeil – surtout avec le N majuscule sur les flancs. La série tatouée 997 (photo) a tout bon. On aime particulièrement l’exemplaire noir pourvue d’une semelle camouflage.

www.newbalance.fr
www.newbalance.fr DR

• Veja, l’éthique de l’esthétique. Dès sa création, en 2005, Veja a le nez dans la basket et soigne son esthétique aussi bien que son éthique. Le produit correspond à la génération de ses fondateurs, lesquels ont envie de travailler autrement, de manière responsable et lente, en espérant que leur produit puisse (bien) vieillir une bonne dizaine d’années aux pieds de son propriétaire. Sébastien Kopp et François‑Ghislain Morillion prennent ainsi le contrepied de l’hyperconsumérisme et du produit jetable. Même le design est ralenti : il n’existe que 19 modèles de sneakers Veja à ce jour. S’ajoute une conception très au point, en accord avec cette philosophie : coton bio, recyclage du plastique, cuir végétal provenant de tanneries certifiées… Même le salaire des fondateurs de la marque est plafonné ! Aujourd’hui, cette marque affiche une réussite totale, en phase avec son époque, et est présente dans 1 500 points de vente dans le monde.

www.veja-store.com
www.veja-store.com DR

• Zespà, Aix-en-Provence, le street qui dure. Une fois de plus, l’espadrille a inspiré une marque, d’où ce nom « Zespà » (contraction de « des espadrilles »). En 2009, Jonathan Agrifoglio (son président actuel) et Jérémy Amar se lancent, avec en tête un hommage à l’espadrille de Coco Chanel. La collection est féminine jusqu’à ce qu’Olivier Sudre s’en mêle, en 2014. Ce touche-à-tout très connu du monde de la mode, branché culture street, oriente les créateurs vers la basket de luxe grâce à quoi le CA, qui stagnait depuis six ans, bondit de 200 000 à 3 M € en trois ans. Les collections sont désormais masculines à 60 % ! Un succès dû à la qualité des sneakers, en veau plongé double épaisseur, reposant sur des semelles ergonomiques, avec une construction cousue comme un soulier (donc pas collée). En revanche, et c’est regrettable, fini la production française, devenue portugaise pour mieux assurer la diffusion dans 19 pays. Soit 220 points de vente, parmi lesquels les prestigieux Bloomingdale’s, aux Etats‑Unis, Liberty, à Londres, ou la Rinascente, à Milan. Une première boutique en propre, située boulevard des Filles-du-Calvaire, vient tout juste d’ouvrir à Paris en février.

www.zespa.fr
www.zespa.fr DR

The good concept store A découvrir dans le concept store