Après vingt années de mise en sommeil, la Série 8 de BMW revient en force avec un premier coupé qui préfigure une gamme complète de GT au tempérament à la fois sportif et luxueux.

Le chiffre 8 a chez BMW un goût d’excellence. C’est en 1989 que la firme munichoise lance le pari d’un coupé GT haut de gamme avec une Série 8 au départ porté par une seule et unique motorisation, soit un très gros V12 de cinq litres de cylindrée développant 300 ch. La 850i n’est pas une déclinaison deux portes d’une auto existante comme la Série 6 a pu l’être de la Série 7. La E31, nom de code technique chez BMW, dispose d’un dessin singulier qui affiche un caractère à la fois sportif et bourgeois, idéal pour partir à la conquête du marché américain.

La calandre avant de ce modèle GT rappelle celle de la M1 avec son long capot en biseau et ses phares escamotables, tandis que l’arrière évoque plutôt celui d’une grosse berline. Il n’y aura ni cabriolet ni coupé 4 portes dont la typologie n’est pas au goût du jour, et encore moins de motorisation diesel. Seule une déclinaison nommée 840, et équipée d’un V8 de 3 982 cm3 sera proposée pour rendre la voiture plus accessible et plus légère.

Fidèle aux coupés BMW, le long capot est parcouru de nervures. De profil, la Série 8 joue les stars avec ses ailes arrière galbées et des lignes de caisse marquées.
Fidèle aux coupés BMW, le long capot est parcouru de nervures. De profil, la Série 8 joue les stars avec ses ailes arrière galbées et des lignes de caisse marquées. DR

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Le constructeur tentera d’autres variantes avec une 830, plus démocratique, ou, à l’inverse, une 850 CSi voire une M8 plus radicale pour accentuer le caractère sportif de l’auto. Mais dans tous les cas, les projets ne verront pas le jour ou ne seront pas concluants d’un point de vue commercial.

Il n’en demeure pas moins que cette Série 8 va marquer le paysage automobile d’alors, et les propriétaires n’hésitent pas à rouler avec sur de long parcours, car le confort, l’habitabilité et plus encore la fiabilité sont largement au rendez- vous. En 1999, lorsque la production est stoppée après – seulement – quelque 30 600 exemplaires vendus, BMW décide de lancer la Z8.

La typologie est tout autre et le modèle ne se positionne pas comme l’héritier de la Série 8, si ce n’est d’un point de vue de l’excellence. Cette fois-ci, l’auto se veut le must en matière de roadster, tant pour les performances déployées – un V8 de 4 litres affichant 400 chevaux – que pour le prix – 820 000 francs de l’époque (130 000 euros actuels). Le design du modèle est en rupture avec celui des Z3 et Z4, et sa ligne très néo-rétro va puiser dans l’histoire de la 507 (1955-1959) pour affirmer une voiture hors du commun.

Fidèle aux coupés BMW, le long capot est parcouru de nervures. De profil, la Série 8 joue les stars avec ses ailes arrière galbées et des lignes de caisse marquées.
Fidèle aux coupés BMW, le long capot est parcouru de nervures. De profil, la Série 8 joue les stars avec ses ailes arrière galbées et des lignes de caisse marquées. DR

Si seulement 5 700 exemplaires sont commercialisés entre 2000 et 2003, la 830 est vue par des millions de personnes, puisque James Bond a le privilège d’en conduire une dans Le Monde ne suffit pas. Autant dire que la Z8 était déjà une auto de collection avant même de se retrouver sur la route. Si le 8 disparaît ensuite du catalogue, BMW ne lâche pas le chiffre pour autant. En 2014, la marque à l’hélice lancera le modèle hybride baptisé i8, en version coupé, puis en roadster, en 2018. Là encore, il est question de performance sportive, d’innovation et d’excellence, avec une auto qui n’a pas vraiment d’équivalent en matière de design ni de technologie à sa sortie.

Boostée comme il faut

Aujourd’hui, la firme munichoise semble vouloir renouer avec son ambition vieille de trente ans en sortant une Série 8 2.0 qui place la barre très haut. En 2017, à l’occasion du Concours d’élégance de la villa d’Este, le concept-car baptisé Concept 8 Series en avait dévoilé les grands traits stylistiques. Le prototype était annonciateur de cette silhouette raffinée due, en grande partie, à un pavillon aux lignes fuyantes et à un design plus souple et organique qu’à l’accoutumée chez BMW.

Si le constructeur a désormais en tête les attentes des chefs d’entreprise qui avalent plusieurs dizaines de milliers de kilomètres par an, en proposant un motorisation Diesel boostée à 320 ch pour la 840d, il entend bien marquer les esprits avec une version essence (M850i) qui s’affirme comme la référence du nouveau coupé GT.

Difficile en effet de ne pas être interpellé par ce V8 essence de 4,4 litres développant 530 chevaux, qui laisse les 300 chevaux de l’aïeule, et les 374 chevaux de l’I8 roadster, loin derrière. Cette motorisation inédite redonne les moyens à BMW de jouer à armes égales avec la concurrence des autres coupés sportifs allemands, et de ne pas s’illustrer uniquement dans le segment des crossovers et des SUV familiaux.

Preuve en est, le 0-à-100 km/h est abattu en 3,7 s, à l’égale d’une Porsche 911 GTS. Et histoire de poser d’emblée le caractère racé de l’auto. La M850i est automatiquement équipée en série d’accessoires et de finitions M Performance : jantes 20 pouces, freins M Sport et un moteur M Performance à double turbo, le tout couronné par une transmission intégrale assurant une tenue de route irréprochable.

Dopée par un nouveau V8 4.4L biturbo essence de 530 ch, la 850i est clairement à la hauteur de ses ambitions.
Dopée par un nouveau V8 4.4L biturbo essence de 530 ch, la 850i est clairement à la hauteur de ses ambitions. DR

Les plus ambitieux pourront même opter pour un toit en fibre de carbone qui permettra de descendre le centre de gravité. Le programme de la G15, code technique de cette Série 8, ne va pas en rester là puisqu’une gamme très complète se profile dans les mois à venir, avec un cabriolet, un coupé 4 portes (Gran Coupe) et une M8 hypersportive de 600 chevaux.

Le constructeur se refuse pourtant à dire que la Série 8 vient d’une certaine manière remplacer la Série 6 en grande partie sortie de production, et qui aurait pu créer la confusion des genres. La réflexion vient forcément à l’esprit d’autant qu’un schéma identique s’était déjà présenté en 1989 lors de l’arrêt de la première Série 6 peu de temps avant le lancement des premières Séries 8.

Cependant, une 6 Gran Turismo reste au catalogue et inscrit le chiffre dans une autre logique, beaucoup plus sage, celle d’une berline fastback qui se pose en chef de file des GT 3 et 5. Chez le constructeur, on préfère parler d’une montée en gamme de la marque, en annonçant la sortie d’un X7 dans le courant 2019, afin de combler les places vides occupées par la concurrence. Il s’agit d’une auto sortie d’une page blanche, autant par son dessin que par sa conception mécanique qui vient servir des ambitions de performance très élevées. Une version GTE va d’ailleurs permettre à BMW de reprendre part aux courses d’endurance.

Fiche technique

BMW Série 8, retour en puissance - The Good Sensation

• Moteur : 4 395 cm3 (8 cyl. en V)
• Puissance : 530 ch
• Couple maxi :750 Nm
• Boîtes de vitesses 8 rapports (Steptronic)
• Transmission intégrale
• Vitesse maxi : 250 km/h
• Accélérations : 0 à 100 km/h en 3,7 s
• Longueur : 4 843 mm
• Largeur : 1 902 mm
• Hauteur : 1 341 mm
• Empattement : 2 822 mm
• Poids : 1 890-1 965 kg
• Consommation en cycle mixte : 10,5-10 l/100 km
Emissions de CO2 240 à 228 g/km
Prix à partir de 124 750 €

Une bourgeoise de caractère

En s’asseyant au volant de cette 850, on est assez vite frappé par le caractère très racé de l’habitacle : le pare-brise en oblique cadre le champ de vision et donne d’emblée le sentiment de se retrouver dans le cockpit d’une auto de course, en dépit de la présence de places arrière réservées à des usages occasionnels, ou à des enfants. Le capot, avec ses deux plis longitudinaux qui viennent créer deux vagues, rappelle quant à lui l’important travail des designers sur la ligne. Evidemment, et comme on pouvait s’y attendre, la première – vraie – accélération donne une parfaite illustration du couple de 750 Nm, disponible autant à 1 800 qu’à 4 600 tr/min, et qui ferait vite oublier la part bourgeoise de l’auto.

L’aiguille du compteur comme celle du compte-tour, toutes les deux assurées par un affichage numériques, grimpent très, très vite et la boîte Steptronic permet d’enchaîner sans répit les 8 rapports. Enfin, presque… car, à ce rythme, les 130 km/h autorisés sur autoroute sont très vite atteints. A se demander d’ailleurs ce que réservera la M8 d’un point de vue des performances – on parle de 600 ch – et des sensations.

Comme dans tout coupé qui se respecte, la porte est sans encadrement. Le tableau de bord est relativement classique, mais la qualité des matériaux ne souffre aucune critique.
Comme dans tout coupé qui se respecte, la porte est sans encadrement. Le tableau de bord est relativement classique, mais la qualité des matériaux ne souffre aucune critique. DR

Sur nationale, on se « contentera » donc de jouer avec les reprises et la tenue de route. Avec une transmission intégrale, un amortissement piloté et des roues arrière directrices, l’auto semble littéralement scotchée au bitume. Peut-être d’ailleurs par moment un peu trop, car les montes en 20 pouces peuvent se montrer un peu raide sur une chaussée bosselée.

Mais difficile de miser sur la sportivité d’un modèle sans renoncer à un certain confort sur route. Pour autant, la M850i, avec son coffre qui s’agrandit généreusement dès lors qu’on rabat les sièges arrière, se révèle, comme l’était déjà son aînée, une auto idéale pour des parcours au long cours où l’on aurait besoin d’embarquer valises volumineuses et équipements de sports (vélo, ski…). Une volonté de modularité qui semble revenir au programme des constructeurs premium qui cherchent à allier sport, luxe et art de vivre…


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