Le charme vintage du mocassin ne se dément pas. Réinventé en penny loafer, increvable et waterproof, le modèle original et luxueux créé par Sebago en est l’archétype contemporain. Qui n’a pas eu ses Sebago ?

Pas question de passer un été sans frétiller de l’orteil dans sa paire de mocassins ! Au soleil, à la mer, sur le pont des yachts, assorti aujourd’hui d’un chic preppy, d’un pull sur l’épaule et d’une attitude décontractée, le mocassin et ses origines se perdent cependant dans la nuit des temps. Il ne fut pas toujours synonyme de farniente. Ce sacré coureur des bois commence sa carrière aux pieds des chasseurs- cueilleurs. Il devient ensuite un objet de mode pour les Amérindiens, qui l’agrémentent de guêtres en fourrure, nouées haut sur la jambe par grand froid. Encore vénérées aujourd’hui, les frangettes servaient à distinguer le rang du propriétaire grâce aux perles qui les ornaient. A l’époque, le mocassin a rempli la mission de « méduse ». Il traverse les lacs et les cours d’eau qui irriguent l’Amérique du Nord, notamment le Maine. Il sèche ensuite en un rien de temps, car, cousu pièce à pièce, il est aussi fin et souple qu’un gant. Ce n’est donc pas une coïncidence si son berceau, dans l’extrême nord-est des Etats-Unis, croise le penny loafer de la Sebago-Moc Company, née dans le Maine en 1946 – plus connue, depuis 1971, sous le nom de Sebago.

Le penny loafer, modèle iconique de Sebago.
Le penny loafer, modèle iconique de Sebago. DR

Une astuce pour reconnaître un simple mocassin d’un penny loafer ? Le premier, très souple, est généralement en daim ; le second, plus rigide, est en veau non doublé, doté d’une bande de peau entaillée en losange, posée sur le cou-de-pied. Les étudiants américains de Harvard ou de Princeton y plaçaient volontiers un penny de secours pour téléphoner à la maison en cas de coup dur. Le téléphone portable a rendu la pratique désuète, mais la languette caractéristique est restée…

L’épopée du célèbre mocassin

Daniel J. Wellehan, William Beaudoin et Joseph Cordeau, natifs de Nouvelle-Angleterre, fans de sports nautiques et de confort fonctionnel, fondent la manufacture Sebago (du nom d’un lac du Maine) pour fabriquer leur penny loafer. Durant vingt ans, ce mocassin voguera uniquement sur les eaux américaines et, en 1954, on compte déjà près d’un million de paires vendues. Paul Newman, Steve McQueen, James Dean et John Fitzgerald Kennedy l’adoptent pour leurs loisirs. Un nouveau chic masculin qui va durer, comme le démontre Pharrell Williams, aperçu pantalon retroussé sur les chevilles, sans chaussettes, penny loafers Sebago (gamme « Citysides ») aux pieds. En 1964, la marque décolle – enfin – en Europe, grâce à Francisco Gaudier qui déniche ses chaussures en Suisse. Le businessman les adore, saute dans son jet, visite la manufacture, revient en Europe et y distribue ce mocassin de luxe. Depuis, la chaussure mythique a certes connu quelques péripéties, mais elle incarne encore et toujours à la perfection l’esprit preppy.

De la Norvège aux Etats-Unis

Les puristes affirmeront qu’avant Sebago d’autres avaient déjà pioché dans l’héritage amérindien. Ils auront raison. Mais qui peut, dès lors, revendiquer la paternité du mocassin moderne ? Après une enquête minutieuse, direction… la Norvège. Ayant séjourné chez les Iroquois d’Amérique du Nord au XIXe siècle, Nils Gregoriusson Tveranger tombe en extase devant leurs superchaussons de course et apprend à les fabriquer. Revenu dans son fjord, il met au point, en 1908, des chaussures destinées aux pêcheurs : les National Shoes, confortables, mais dotées de lacets et d’oeillets.

La Sebago-Moc Company, née dans le Maine en 1946 est plus connue depuis 1971 sous le nom de Sebago.
La Sebago-Moc Company, née dans le Maine en 1946 est plus connue depuis 1971 sous le nom de Sebago. DR

Au milieu des années 30, il en modifie le design pour revenir à la forme originelle du mocassin et les rebaptise Aurland. La manufacture – dans la commune éponyme – et les Aurland existent toujours ! Tournons-nous, ensuite, vers l’Angleterre, sous le règne de Georges VI. Pour le futur monarque, Raymond Wildsmith avait imaginé, en 1926, un modèle de campagne décontracté à porter à la maison. Sous le matricule Model 98, il a envoûté les « Royal’s » et porte désormais le nom de Wildsmith Windsor Loafer. Retraversons à présent l’Atlantique. C’est fou, mais les Américains ont failli rater le coche du mocassin !

C’est à l’aube du XXe siècle qu’ils s’aperçoivent de l’engouement européen. La manufacture G.H. Bass, fondée dans le Maine en 1876, s’inspire des loafers norvégiens traditionnels pour éditer, dès 1906, le Bass Mocassin Cruiser pour les bûcherons. Suivent, en 1918, le Bass Aviation Mocassin Style 773, destiné aux aviateurs, avant le retour aux fondamentaux amérindiens, en 1920, avec le Woc-O-Moc. Enfin, en 1936, Bass lance la Weejun (en référence au style « Norwegian »). La boucle est bouclée.

John Fitzgerald Kennedy fait partie des célébrités qui avaient adopté les chaussures iconiques de la marque Sebago.
John Fitzgerald Kennedy fait partie des célébrités qui avaient adopté les chaussures iconiques de la marque Sebago. DR

Revenons douillettement nous blottir aux pieds de Sebago, qui s’inscrit magistralement dans la course, en 1946. Aujourd’hui, la marque est la propriété du groupe italien BasicNet, qui a conservé la fabrication à la main au Mexique, comme autrefois (800 artisans veillent sur le savoir-faire). Le premier « beef roll penny loafer » de Sebago était plus fin que son avatar contemporain, confectionné en cuir épais de 2,2 mm et roulé comme un tube avant d’être cousu, dont la semelle a toujours toutes les caractéristiques d’un pneu apte à évacuer l’eau. Old school revendiqué, ce petit bijou supporte tout ! Il fait des pointes sans broncher aux pieds de Michael Jackson, marche sur l’eau sans se mouiller, chaloupe sur un pont de bateau comme un vieux loup de mer. Le slogan de Sebago ? « Fabriqué avec soin et conçu pour durer. » Effectivement, à l’aune de son glorieux passé, le mocassin semble avoir de (très) belles années devant lui…

→ www.sebago.fr


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