Alors que Wynwood, le secteur qui concentrait il y a dix ans tous les marchands d’art, n’accueille plus que des commerces branchés, les galeristes ont trouvé de nouvelles bases pour faire rayonner les artistes.

Où sont-ils donc partis ? Les galeristes ont déserté Wynwood pour aller là où, évidemment, le prix du mètre carré leur permet encore d’exposer leurs artistes à l’aise. Le galeriste Fredric Snitzer a ainsi mis le cap quelques blocs au sud, à Omni. La plupart des autres pointures ont, elles, migré à Little River et Little Haiti, deux quartiers du nord qui s’emboîtent peu ou prou. Est-ce à dire qu’un nouvel art district est né ? Ne nous emballons pas. Car il reste difficile de butiner à pied, comme on le ferait à Paris ou à New York, de vernissage en vernissage : les distances entre les lieux sont énormes, l’ombre est inexistante et la zone, avouons-le, pas des plus sécurisée… Focus sur quatre galeries qui, pour rester en tête de course, ont bravé la géographie.


• Fredric Snitzer, downtownLui-même artiste jadis, Fredric Snitzer a ouvert son premier atelier-galerie, à Downtown, en 1977. Il s’est ensuite déployé à Wynwood, avant de revenir, en 2014, en « centre-ville », dans un quartier un peu hors radar nommé Omni – devenu Arts & Entertainment District. Une figure historique du marché de l’art, donc, qui défend corps et âme, depuis ses débuts, les artistes cubains et latinos. Dans son écurie, des quadras ou quinquas chouchous du marché, à l’image d’Hernan Bas, peintre exubérant, d’Enrique Martínez Celaya, dont on aime les grands personnages poétiques, ou de Maria Martínez‑Cañas, photographe abstraite.

1540 NE Miami Court. Tél. +1 (305) 448-8976. www.snitzer.com
1540 NE Miami Court. Tél. +1 (305) 448-8976. www.snitzer.com Zachary Balber

• Emerson Dorsch, Little Haiti. Après avoir fait la pluie et le beau temps sur Wynwood, dont il était l’un des premiers occupants, Brook Dorsch s’est relogé dans une immense bâtisse – un rien clinique – entourée de troquets caribéens. Pour cette nouvelle aventure, il s’est associé à Tyler Emerson, son épouse commissaire. Le couple invite chez lui le haut du panier de la scène locale. Jusqu’au 2 février, il organise le Paradise Summit Miami, qui regroupe des artistes (dont les plasticiennes Felecia Chisuko Carlisle et Mette Tommerup), une philosophe (Lori Kelly) et une danseuse‑écrivain (Catherine Annie Hollingsworth).

5900 NW 2nd Avenue. Tél. +1 (305) 576-1278. www.emersondorsch.com
5900 NW 2nd Avenue. Tél. +1 (305) 576-1278. www.emersondorsch.com courtesy-of-emerson-dorsch-gallery

• Mindy Solomon, Little River. Aux confins du nord de Little River, en face d’une église évangélique XL, Mindy Solomon semble s’être installée au milieu de nulle part… mais pas tant que ça, car le complexe The Citadel, mêlant espaces de coworking arty et échoppes de street‑food, est à deux pas. On vient chez elle pour y sentir palpiter des plasticiens connus (mais pas encore trop), tous plutôt portés sur la peinture explosive. Ainsi des néo-abstraits Osamu Kobayashi et Alejandro Contreras, ou encore du figuratif Ezra Johnson, qui occupe en ce moment les murs, jusqu’au 12 janvier.

8397 NE 2nd Avenue. Tél. +1 (786) 953-6917. www.mindysolomon.com
8397 NE 2nd Avenue. Tél. +1 (786) 953-6917. www.mindysolomon.com DR

• Nina Johnson, Little River. Une avenue écrasée de soleil, des maisons déglinguées, et puis ce bunker, dont un lourd portail protège l’accès. A l’intérieur : un espace tout béton où Nina Johnson, marchande d’art délicieuse et exigeante, promeut les demi-dieux de l’art américain. On y a vu les élucubrations géométriques de Peter Shire et, jusqu’en mars, la féministe culte Judy Chicago y expose ses photos inédites aux accents poético‑hippies. Passer ensuite une tête, sur le trottoir d’en face, chez les jeunes gens turbulents de &Gallery, installés là depuis trois ans.

6315 NW 2nd Avenue. Tél. +1 (305) 571-2288. www.ninajohnson.com
6315 NW 2nd Avenue. Tél. +1 (305) 571-2288. www.ninajohnson.com Justin Namon

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