Douze ans avant L’Espion qui m’aimait, un James Bond interprété par Roger Moore, il y eut « l’espion qui gaffait ». « Max la menace », héros d’une série télévisée des années 60, était plus doué pour faire rire les téléspectateurs que pour mener à bien ses missions d’agent secret.

Dans sa version originale, la série s’intitule « Get Smart », que l’on peut traduire par « devenir intelligent ». Un objectif qui semble définitivement hors de portée du héros, Maxwell Smart. Le titre français semble plus proche de la réalité du personnage : « Max la menace » dit bien à quel point cet espion est moins un danger pour ses ennemis qu’une source de préoccupation pour son chef (lequel aurait perdu ses cheveux à cause de lui, sans même parler de ses migraines).

Max entre en scène en 1965, trois ans après la sortie de James Bond 007 contre Dr No, premier film de cinéma consacré à l’agent secret britannique. L’un de ses deux créateurs n’est autre qu’un certain Mel Brooks, qui ne s’est pas encore rendu célèbre en réalisant les films Les Producteurs et Frankenstein Junior. Inutile de préciser que « Max la menace » ne possède aucun point commun avec Sean Connery, le tout premier interprète de Bond, en dehors d’un costume-cravate de bonne coupe et d’un début de calvitie frontale.

Une parodie d’espion…

Le générique de la série est resté dans toutes les mémoires. Descendu d’une rutilante Sunbeam décapotable après avoir fait crisser les pneus, Max, alias l’agent 86, entre dans un immeuble. Il franchit une enfilade de portes et une grille de prison qui s’ouvrent automatiquement devant lui, s’engouffre dans une cabine téléphonique dont on se demande ce qu’elle fait là, compose un mystérieux numéro et reste les bras croisés… avant d’être soudain aspiré vers une destination inconnue, le tout sur fond de musique très sixties.

L’illusion ne dure pas bien longtemps. Contrairement à ce que sa silhouette élégante et son air décidé auraient pu laisser penser, ce James Bond de pacotille est une parodie d’espion, une véritable catastrophe ambulante, un anti-héros aussi désopilant qu’incapable de remplir ses missions. Interprété par Don Adams, Max est un agent de Control, une organisation de contre-espionnage chargée de lutter contre Kaos, une entreprise criminelle.

En dépit de son incompétence notoire, il réussit cependant à s’acquitter de ses missions. Du moins, en apparence. En réalité, sa collègue, la séduisante 99, se débrouille toujours pour le tirer du guêpier dans lequel il s’est mis – tout en le laissant, par amour, s’attribuer le mérite du succès.

Fiche technique

• Genre : parodie d’espionnage.
• Titre original : « Get Smart ».
• Créateurs : Mel Brooks et Buck Henry.
• Nombre de saisons : 5.
• Nombre d’épisodes : 137 x 26 minutes.
• Dates de diffusion : NBC puis CBS (du 18 septembre 1965 au 15 mai 1970).
• Première diffusion en France : 2e chaîne de l’ORTF (8 septembre 1968).
• Acteurs principaux : Don Adams (Maxwell Smart), Barbara Feldon (agent 99), Edward Platt (le chef).

… mais un gentil garçon

En cherchant bien, Max possède quelques atouts. Il est polyglotte, il ne manque pas d’imagination ni d’une bonne dose de chance. Et il est gentil, une qualité rare dans son milieu professionnel. Au fond, c’est un garçon plutôt attachant. Même si cette gentillesse contribue souvent à le fourrer dans des situations délicates, ce qui est un moyen comme un autre de faire avancer l’intrigue et de ravir le téléspectateur.

Le charme de la série tient aussi aux inventions extravagantes mises à la disposition de Max, à commencer par sa chaussure-téléphone. Son appartement personnel est truffé de gadgets farfelus, du fauteuil muni d’un gaz soporifique aux pots de fleurs servant de moyen de communication.

Max, alias agent 86, incompétent notoire, s’acquitte de ses missions grâce à sa collègue, la séduisante agent 99.
Max, alias agent 86, incompétent notoire, s’acquitte de ses missions grâce à sa collègue, la séduisante agent 99. DR

De quoi faire pâlir de jalousie le célèbre Q, l’homme qui bricole les armes les plus inattendues pour James Bond. Et les auteurs font un usage savoureux de quelques private jokes, à l’image du « cône du silence », censé protéger des oreilles indiscrètes les conversations avec son chef, mais dont l’utilité pratique reste plus que douteuse. « Max la menace » n’est pas totalement incapable : grâce à lui, Don Adams a tout de même reçu à trois reprises l’Emmy Award du meilleur acteur dans une série comique pour ses prestations.

Max a quitté le petit écran en 1970 avant d’effectuer plusieurs retours. Au cinéma, d’abord, en 1980, avec le film Le Plus Secret des agents secrets (The Nude Bomb), interprété une nouvelle fois par Don Adams, aux côtés duquel figurent notamment Vittorio Gassman et Sylvia Kristel. Puis dans un téléfilm, en 1988, et dans une série télévisée, diffusée en 1995 durant sept épisodes, intitulée tout simplement « Le Retour de Max la menace », dans laquelle le héros, toujours sous les traits de Don Adams, officie désormais à la tête de Control (franchement, est-ce bien raisonnable ?). Et en 2008, dans un film de Peter Segal, incarné par un Steve Carell impeccable en espion aussi maladroit qu’imperturbable.


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