Elle souffle ses 58 bougies. L’occasion pour la marque née à Nice, de se réinventer. Véritable success‑story à la française, elle s’est imposée en un demi-siècle comme l’un des fleurons de l’élégance casual. Pionnière dans le domaine du sportswear, la griffe a connu des hauts et quelques bas, suite à différents changements de direction et d’équipes créatives, avant de renouer avec une certaine stabilité depuis deux ans. Retour sur une saga familiale, de père en fils, puis de fil en aiguille.

« Les clients apportent le tissu, moi je fais la façon. » Ces mots prononcés par Jean Goldberg à son fils Albert vont marquer le début de l’histoire Façonnable. On est alors en 1961. Onze ans auparavant, Jean Goldberg ouvrait un atelier rue Paradis, à Nice. Né dans une famille de maîtres tailleurs venus d’Europe de l’Est, il fait preuve d’un savoir-faire de façonnier indéniable. Très rapidement, tout Nice se précipite devant sa porte.

Pendant le Festival de Cannes, ce sont les stars qui débarquent : Orson Welles, Robert Mitchum, Cary Grant, Burt Lancaster… Son fils, lui, passe ses journées dans l’atelier et le regarde entoiler le col d’une veste, placer une boutonnière, finir l’ourlet d’un pantalon. C’est donc tout naturellement qu’une fois ses études terminées le jeune homme rejoint son père afin de poursuivre l’aventure.

La chemise, emblème de la marque

S’il est une pièce qui a bâti la réputation au fil des années de la maison Façonnable, c’est bien la chemise. Jean Goldberg en était dingue. Il passait ses journées dans son atelier à amidonner les cols, à finir les boutonnières, à poser les petites manchettes à la main, à en construire de nouvelles et à en déconstruire d’autres. Il est donc naturel que lorsque Albert Goldberg, son fils, le rejoint pour créer Façonnable, la chemise se doive d’être un élément central des collections. Et celle estampillée Façonnable a son secret : l’utilisation de nacre scintillante qui donne, une fois le coup de vapeur passé, une texture soyeuse à n’importe quel tissu. Et puis il y a le style. Albert Goldberg a rapidement compris que, s’il voulait faire vivre cette pièce au fil des époques, il fallait constamment la moderniser. C’est pourquoi la gamme des « chemises spéciales » est née, véritable laboratoire où le créateur ne s’est jamais imposé de limites. Il suffit de parcourir n’importe quel site de vente vintage en ligne, de taper « chemise Façonnable », pour se rendre compte de la diversité de styles, des années hippies aux années grunge.

Avec un regard plus tourné vers le monde, Albert Goldberg a en tête l’Amérique quand il crée ses premières collections. Il va imaginer ce savant mélange de l’âge d’or du sportswear américain, et du chic décontracté français des années 60 : les chemises sont fabriquées en coton, à une époque où le Nylon domine le marché, les pulls sont bicolores et déclinent des éléments du monde de la course automobile, les chinos beiges en toile d’apparence simpliste présentent des biais colorés sur les revers, les tee-shirts de sport reprennent les rayures des tenues traditionnelles des pêcheurs niçois.

La collection printemps-été 2019 de chez Façonnable puise son inspiration dans les paysages de la Côte d’Azur – la marque est née à Nice –, dans la dolce vita – le plaisir à portée de main –, et dans l’atmosphère estivale de la Méditerranée. Comme un fil bleu, la mer est présente jusque dans le choix des lieux pour le shooting du vestiaire : l’hôtel les Roches rouges, à Saint-Raphaël, la ville de Villefranche‑sur-Mer ou le pont d’un voilier.
La collection printemps-été 2019 de chez Façonnable puise son inspiration dans les paysages de la Côte d’Azur – la marque est née à Nice –, dans la dolce vita – le plaisir à portée de main –, et dans l’atmosphère estivale de la Méditerranée. Comme un fil bleu, la mer est présente jusque dans le choix des lieux pour le shooting du vestiaire : l’hôtel les Roches rouges, à Saint-Raphaël, la ville de Villefranche‑sur-Mer ou le pont d’un voilier. DR

Le tailleur, créateur et entrepreneur invente une grammaire stylistique qui, portée par une extrême attention aux détails, va rapidement marquer les esprits. Cette signature va connaître une carrière à l’international grâce à un autre homme clé de l’entreprise, Jean-Pierre Benaym, associé visionnaire, mais également gestionnaire. Des boutiques ouvrent alors un peu partout : Monte-Carlo, Saint-Tropez, Paris, jusqu’à New York sur la 5e Avenue !

La nouvelle signature

Symbole du renouveau et du changement de positionnement de gamme, la boutique Façonnable de la rue Marbeuf, à Paris, est la toute première à s’imprégner des nouveaux codes design de la maison. Réalisée par l’architecte suédois Martin Brudnizki, elle rend hommage à la lumière dorée de la Côte d’Azur, grâce à l’association du métal doré, de lumières blanches et de bois neutres. Cette boutique est la première d’une longue série à profiter de ce lifting.

A l’époque, Tommy Hilfiger considérait « Faço » comme l’un de ses concurrents les plus importants. Dans les années 80, l’opticien français ODLM approche Façonnable avec l’idée de lancer une collection de lunettes de luxe reprenant les codes de la maison. Trente ans plus tard, le partenariat existe toujours. En 2000, le groupe américain Nordstorm rachète la marque pour 270 millions de dollars, et Albert Goldberg quitte le navire. A cette époque, ce fleuron compte 24 boutiques en propre en France, contre 42 à l’international, et 500 détaillants.

La collection printemps-été 2019 de chez Façonnable puise son inspiration dans les paysages de la Côte d’Azur – la marque est née à Nice –, dans la dolce vita – le plaisir à portée de main –, et dans l’atmosphère estivale de la Méditerranée. Comme un fil bleu, la mer est présente jusque dans le choix des lieux pour le shooting du vestiaire : l’hôtel les Roches rouges, à Saint-Raphaël, la ville de Villefranche‑sur-Mer ou le pont d’un voilier.
La collection printemps-été 2019 de chez Façonnable puise son inspiration dans les paysages de la Côte d’Azur – la marque est née à Nice –, dans la dolce vita – le plaisir à portée de main –, et dans l’atmosphère estivale de la Méditerranée. Comme un fil bleu, la mer est présente jusque dans le choix des lieux pour le shooting du vestiaire : l’hôtel les Roches rouges, à Saint-Raphaël, la ville de Villefranche‑sur-Mer ou le pont d’un voilier. DR

En 2007, l’américain cède l’affaire au groupe libanais M1. Puis, en 2016, l’espagnol Pepe Jeans Group en prend les rênes. Depuis 2013, où la maison affichait une perte de 30,5 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 47 millions d’euros, la machine est grippée. Le style est devenu confus, et l’identité de la griffe, malgré quelques fulgurances, s’est diluée. La magie n’opère plus, ou moins.

3 questions à Francis Kessous

Président du groupe ODLM, propriétaire de la licence eyewear de Façonnable.

Francis Kessous Président du groupe ODLM, propriétaire de la licence eyewear de Façonnable.

The Good Life : Dans quel contexte le groupe ODLM a-t-il vu le jour ?
Francis Kessous : A l’époque, nous étions opticiens, les collections étaient très généralistes, et nous n’arrivions pas à en trouver de belles destinées aux enfants ou aux hommes. De là, nous avons eu l’idée de créer une ligne enfant avec Majorette et un dressing complet masculin avec Façonnable. Comme beaucoup d’autres, nous nous sommes lancés dans l’aventure en choisissant de maîtriser toute la chaîne de création d’une collection : les dessins, la fabrication et la vente. Nous sommes passés de l’étape de commerçant à celui de fabricant soutenu par une équipe commerciale.

TGL : Que représente une collaboration comme celle en cours, depuis 32 ans, avec Façonnable ?
F. K. : Elle symbolise les liens forts qui nous unissent. Au fil des années, il a fallu montrer aux différents acteurs que nous avions la capacité de proposer de belles collections dans le respect total de l’ADN de la marque, malgré l’évolution du marché et les rachats successifs de l’entreprise. Nous nous sommes toujours bien entendus avec les différentes directions, françaises ou étrangères. Le dernier événement très important a été la décision, il y a cinq ans, de lancer une collection entièrement dédiée aux garçons, toujours en collaboration avec Façonnable. Aujourd’hui, elle connaît une très belle réussite.

TGL : Que nous réserve le groupe en 2019 ?
F. K. : Pour 2019, nous allons renforcer la ligne Eyewear pour les garçons avec le lancement d’une collection de solaires. Nous allons également apporter un nouvel élan à la collection Titane pour hommes. De la même façon, nous allons continuer à développer la ligne Paul & Joe Eyewear avec, là aussi, une première ligne de lunettes de soleil : Little Paul & Joe Eyewear. Concernant Carven Eyewear, la nouvelle direction nous a confortés dans les axes de création, et dans leur désir de développer fortement l’enseigne en la positionnant dans le haut de gamme. Cette année, nous lançons aussi deux très belles marques : Moleskine Eyewear dans l’univers de l’innovation positive, et Ba&sh Eyewear, une griffe féminine qui revendique élégance et spontanéité.

Même lorsque Frédéric Beigbeder fait sensation avec un manteau doublé de fourrure signé Façonnable, se retrouvant ainsi en tête des classements des hommes les mieux habillés. Désormais, le défi est de réaffirmer le propos, de réinventer une grammaire stylistique, tout en renouant avec l’élégance méditerranéenne et l’attachement aux matières de qualité.

La collection printemps-été 2019 de chez Façonnable puise son inspiration dans les paysages de la Côte d’Azur – la marque est née à Nice –, dans la dolce vita – le plaisir à portée de main –, et dans l’atmosphère estivale de la Méditerranée. Comme un fil bleu, la mer est présente jusque dans le choix des lieux pour le shooting du vestiaire : l’hôtel les Roches rouges, à Saint-Raphaël, la ville de Villefranche‑sur-Mer ou le pont d’un voilier.
La collection printemps-été 2019 de chez Façonnable puise son inspiration dans les paysages de la Côte d’Azur – la marque est née à Nice –, dans la dolce vita – le plaisir à portée de main –, et dans l’atmosphère estivale de la Méditerranée. Comme un fil bleu, la mer est présente jusque dans le choix des lieux pour le shooting du vestiaire : l’hôtel les Roches rouges, à Saint-Raphaël, la ville de Villefranche‑sur-Mer ou le pont d’un voilier. DR

En à peine deux ans, les marqueurs sont de nouveau au vert. Le navire se stabilise. A la nouvelle équipe créative de faire fructifier cet héritage, et de revenir à cet esprit fantasque, joueur et insouciant de la French Riviera, qui a fait les beaux jours de Façonnable.

L’histoire en 6 dates

1950 : Jean Goldberg, né d’une famille de maîtres tailleurs, ouvre son premier atelier à Nice, rue Paradis.
1961 : Albert Goldberg, son fils, transforme l’atelier en boutique. C’est la naissance de la marque Façonnable.
1987 : Façonnable s’associe au groupe ODLM pour lancer sa première collection de lunettes de soleil. Le groupe détient encore aujourd’hui les licences de lunettes de la marque.
2000 : rachat par le groupe américain Nordstorm.
2007 : rachat par le groupe libanais M1.
2016 : reprise de la marque par le Pepe Jeans Group.


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