Fini les grands lobbies poussiéreux et les nuits tristes. Pour répondre aux besoins croissants des voyageurs du XXIe siècle, les enseignes iconiques et les petites nouvelles donnent un coup de jeune à l’hôtellerie aéroportuaire et un twist glamour à ces fugitives escales.

Cinq cent douze chambres, six restaurants, huit bars et des salles de réunion à n’en plus finir, un musée dédié à l’aviation des années 60 et à l’architecture mid-century, un rooftop pour regarder les avions décoller en plongeant dans la piscine… Le monde de l’aérien guette l’ouverture, annoncée pour début 2019, du mythique hôtel TWA. L’aéroport qui l’attend, New York‑JFK, n’avait pas encore d’hôtel directement relié à ses terminaux. Ce sera chose faite avec cette réhabilitation, pour 265 millions de dollars, de la fameuse aérogare « ailée », signé Eero Saarinen dans les années 60.

Laissé à l’abandon depuis la faillite de TWA en 2001 et ressuscité par MCR Development, le bâtiment abritera 512 chambres et incarnera l’irrésistible poussée des hôtels d’aéroport à laquelle on assiste aujourd’hui. Jusqu’à la fin des années 2000, les hôtels d’aéroport étaient une étape un peu tristounette pour VRP, dont la rentabilité n’était pas la meilleure au sein des groupes hôteliers. Mais depuis l’exemple de quelques grands hubs, comme Dubai ou Singapour, et, surtout, avec la démocratisation et la croissance du transport aérien partout dans le monde, les perspectives de développement se sont affirmées.

L’hôtel CitizenM de l’aéroport Paris‑Charles‑de‑Gaulle, près du terminal 3.
L’hôtel CitizenM de l’aéroport Paris‑Charles‑de‑Gaulle, près du terminal 3. DR

D’après l’Association internationale du transport aérien (IATA), le trafic aérien mondial sera doublé d’ici à 2036. Une manne. Pour Hilton, premier à s’être lancé dans l’aventure aéroportuaire en 1959, à San Francisco, mais aussi pour Accor et Marriott, présents de longue date sur le créneau, l’Asie et le Moyen-Orient alimentent les fantasmes avec leurs compagnies aériennes hyperprospères et leurs méga-aéroports.

Mais l’Europe n’est pas en reste, et les hordes de businessmen transitant en tous sens boostent les projets. L’automne dernier, la première pierre d’un Hyatt de 430 chambres a été posée à Roissy, qui a vu, en sept ans, éclore 2 500 chambres d’hôtel, et qui en attend 7 200 de plus d’ici à 2020. Le groupe ADP, qui prévoit une croissance du trafic de 3,6 % par an, semble insatiable, au point d’inquiéter un peu les professionnels qui voient les effets de la concurrence dans une baisse douce, mais régulière, des prix.

L’hôtel CitizenM de l’aéroport Paris‑Charles‑de‑Gaulle, près du terminal 3.
L’hôtel CitizenM de l’aéroport Paris‑Charles‑de‑Gaulle, près du terminal 3. DR

Nouvelle génération

Pourtant, sur le plan mondial, l’année 2018 s’annonce bénie des dieux, alors les travaux se poursuivent… Si la bataille se joue de plus en plus au cœur même des terminaux, pour capter la clientèle « au contact », une toute nouvelle génération d’hôtels aéroportuaires est en train de pointer son nez, déclinant plusieurs concepts. D’un côté les hôtels lounge louant leurs capsules à l’heure pour une douche, une téléconf et un petit déjeuner, de l’autre les mastodontes de luxe proches du resort urbain.

Entre les deux, ces chaînes jeunes et moins conventionnelles, à l’image de CitizenM, qui a lancé le mouvement en 2008 à Amsterdam-Schiphol, de Pentahotels ou de Yotel. Leurs établissements super tendance meublés en Vitra ne se contentent plus d’envahir les centres-ville, ils proposent aussi aux voyageurs en transit des étapes décontractées à des prix raisonnables.

L’hôtel Moxy à l’aéroport de Vienne.
L’hôtel Moxy à l’aéroport de Vienne. DR

Moxy, la filiale de Marriott qui a implanté nombre de ses établissements festifs dans les grands aéroports des Etats-Unis et d’Europe, parle même de « boutique-hôtel d’aéroport ». Elle s’apprête à en ouvrir un à Roissy en 2019. « Près des aéroports, les voyageurs trouvent souvent des hôtels vieillissants et ennuyeux. Les opérateurs, parce que ces établissements marchent très bien et que la demande ne cesse de croître, ne ressentent pas le besoin de les rénover », commente Alastair Thomann, directeur général de Pentahotels, qui a déjà essaimé à Bruxelles et à Paris-CDG, et fait le pari de casser les codes en mettant l’accent sur le style et l’originalité.

Le Pullman de CDG.
Le Pullman de CDG. DR

Ces adresses gardent néanmoins une forte identité business. Entre le ballet des uns, qui débarquent tard le soir après une ultime réunion et se posent quelques heures pour attraper la navette du matin, et les autres, fraîchement débarqués d’un vol de nuit pour un usage de quelques heures en journée (en « day use », dans le jargon hôtelier international), les taux de remplissage peuvent grimper rapidement et le revenu par chambre disponible, devenir très motivant.

« Les clients restent en moyenne cinq heures dans nos hôtels », affirme Hubert Viriot, directeur général de la chaîne montante Yotel, qui mène depuis 2014 une politique de développement agressive, et a ouvert l’un de ses « YotelAir » à Paris‑CDG. Ces clients furtifs sont néanmoins des voyageurs exigeants. Leurs fondamentaux : le wi-fi, un espace pour travailler et un lit confortable, mais la demande s’étend désormais à un espace fitness et à une collection de chargeurs pour les outils nomades.

Crowne Plaza Changi Airport.
Crowne Plaza Changi Airport. DR

Sans compter l’obscurité totale, même en plein jour, et une bonne insonorisation ! On rêverait de voir étendu à tous les hôtels du monde ce quadruple vitrage utilisé pour isoler du bruit des avions… La plupart du temps équipés de salles de réunion, ces lieux hybrides ne servent plus seulement à dormir, mais aussi à organiser des meetings entre collaborateurs venus de province ou de l’étranger.

A contrario, les dernières inaugurations ont mis sous les projecteurs de véritables resorts avec équipements de loisirs, âme et atmosphère… qui donneraient presque envie de rater son vol. Alors, prendre un jour l’avion pour passer ses vacances à l’aéroport ? Pourquoi pas…


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