Après Las Vegas et Manille, le troisième hôtel de l’enseigne Nobu a ouvert ses portes dans l’aile historique de l’Eden Roc Hotel, bâtisse culte du Mid Beach des années 50, fin 2016. Le chef hôtelier Nobu Matsuhisa y déploie une certaine idée du luxe zen.

L’exception discrète, voilà qui semble être la devise de la maison. Chez Nobu, l’enseigne du chef-star Nobu Matsuhisa qu’on ne présente plus on élève au rang d’art le sushi, le sashimi, mais aussi le taco, le ceviche et tous les accords latino-nippons, notre homme ayant fait ses classes entre Tokyo et Lima. Son restaurant de Miami n’échappe pas à la règle. On y picore de petites bouchées divinement iodées et c’est la fête des papilles, le tout servi dans un décor délicat au possible – colonnes d’osier torsadées, sculptures de papier au plafond – et à des tarifs honnêtes – 37 $ la morue noire au miso, le plat-signature du maître.

Cette bonne table a débarqué sur le sable de Mid Beach, en 2016, avec un hôtel de luxe dans ses bagages. C’est même le vaisseau amiral de l’enseigne sur le continent américain, celui dont les hôtels Nobu existants (Las Vegas) et à venir (Chicago, Atlanta…) sont censés s’inspirer. A peine a-t-on posé nos valises qu’un garçon d’étage sonne à la porte. Coup d’œil dans le judas : il tire un chariot de victuailles, notre cadeau de bienvenue. Une farandole de sushis couture, supposez-vous ? Tout faux, Monsieur Nobu n’est pas aussi prévisible : on y découvre toutes sortes de goudas, de la mortadelle à foison, une bouteille de rouge californien pour arroser le tout, et des corbeilles de fruits pas forcément de saison, myrtilles et fraises maras en tête.

Hôtel star de Mid Beach, le Nobu joue la carte du luxe discret.
Hôtel star de Mid Beach, le Nobu joue la carte du luxe discret. DR

Mais, après tout, y a-t-il, à Miami, des saisons, mis à part celle des cyclones ? Plus attendues, quoique très classes, nos pénates, immenses, affichent des dégradés de beige, des lampes à la Noguchi et une tête de lit brodée figurant des branches de cerisiers en fleur. C’est japonisant, certes, même si c’est à David Rockwell, gourou international de l’archi d’intérieure, qu’on doit la déco. C’est apaisant, surtout, et comme Kanye West déclarant dans son tube See Me Now « I might walk in Nobu with no shoes », on a très envie de jouer les va-nupieds de luxe, foulant les tapis épais et le bois blond avec langueur. Mais l’océan, bleu lagon ce jour-là, promet, lui aussi, quelques délices à notre voûte plantaire.

Nobu Matsuhisa, chef hôtelier mondialisé.

5 questions à : Nobu Matsuhisa, chef star à la tête d’un empire

Né dans l’arrière-pays tokyoïte, ce chef voyageur a trimé derrière les fourneaux dès l’âge de 18 ans, de Tokyo à Buenos Aires, en passant par Lima, a forgé un style fusion latino‑nippon bien avant que la cuisine Nikkei – celle des émigrés japonais au Pérou – ne devienne à la mode. Avant, aussi, de se lancer à la conquête de l’Amérique. Il s’installe d’abord à Anchorage, en Alaska, où son premier restaurant prend feu, puis repart de zéro à Los Angeles, où il parvient, non sans mal, à ouvrir sa bonne table Matsuhisa, à Beverly Hills, en 1987. Robert De Niro y dîne un jour, et c’est le coup de foudre. Après cette rencontre, les affaires décollent. Avec l’acteur, il cofonde la chaîne Nobu, ouvre une première adresse à New York, en 1994, et charme le reste du monde. Même réussite fulgurante du côté des hôtels : ça démarre à Las Vegas, en 2013, où la chaîne occupe quelques étages du Caesars Palace ; ça essaime, ensuite, dans les villégiatures les plus VIP (Marbella, Los Cabos…), avant de s’implanter, dans les années à venir, au Moyen-Orient (on annonce des établissements à Riyad et à Bahreïn).

La croisière s’amuse

Une fois passé les deux piscines joliment frangées de palmiers, on tombe en pâmoison devant la plage de Mid Beach, délice de sable blanc, piqué çà et là de postes de secours bariolés, paisible à souhait, à côté de laquelle l’hystérique South Beach vous fera l’effet d’un 15 août à Benidorm.

Retournons-nous : il a fière allure, notre Nobu, lui qui occupe les murs de l’Eden Roc, monument de 1954 conçu par l’architecte Morris Lapidus. Dans les années 60, l’établissement recevra, côté sud, une deuxième aile, plus froide : l’Eden Roc Hotel y subsiste, mais uniquement dans celle-ci.

Un style que l’on retrouve dans les chambres japonisantes signées David Rockwell.
Un style que l’on retrouve dans les chambres japonisantes signées David Rockwell. DR

Seul le Nobu peut, aujourd’hui, se targuer de ces balcons sculpturaux et de cet aileron caractéristique, offrant au palace des airs de paquebot, et qui, dans la lumière du soir floridien, fascine. Ce ciel de 18 heures donne un teint de pêche à tout le monde, au point que, comme ces groupes de copines fêtant un enterrement de vie de jeune fille, on mitraillera sa bonne mine à la terrasse du Malibu Farm, la paillote de luxe de l’hôtel, en sifflant des cocktails au jalapeño – ne pas y dîner, toutefois, tout y étant trop gras et trop salé.

Préférez, éventuellement, les élégances néo-Art déco du Lobby Bar, un zinc en rotonde d’où l’on observe, à l’happy hour, la sociologie de l’établissement. Déjà, les amoureux en tenue de gala convergent vers le restaurant – ils ont réservé leur table il y a trois mois.

Un style que l’on retrouve dans les chambres japonisantes signées David Rockwell.
Un style que l’on retrouve dans les chambres japonisantes signées David Rockwell. DR

Sur leur chemin, ils croisent des surfeurs aux cheveux mouillés, torses et pieds nus, en quête d’un Iced Coffee XXL – hélas, il y a un Starbucks. Tandis que des messieurs en cravate sortant d’une salle de conférences – il y en a des dizaines – s’apprêtent à fêter dignement leur fin de séminaire. L’exception discrète ? Oui, mais enrichie d’un sens parachevé, et plutôt sympathique, du melting pot.

Nobu Miami
4525 Collins Avenue.
Tél. +1 (305) 695-3232.
www.nobuhotelmiamibeach.com


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