Son nom évoque autant la quiétude des monastères que son aspect peut inciter à la prudence… Derrière cette apparence trompeuse, le chardon béni regorge de bienfaits : il soigne le manque d’appétit et les troubles digestifs, et possède des vertus antibiotiques et anti‑inflammatoires.

Originaire du Bassin méditerranéen, et en particulier des sols rocheux et arides d’Espagne, le Cnicus benedictus est une plante annuelle de la famille des composées ou asteracées. Egalement connue sous le nom de centaurée bénite, safran sauvage ou cnicaut béni, elle peut atteindre jusqu’à 60 centimètres de hauteur.

Sa tige dressée, à l’aspect laineux, porte des feuilles vertes assez coriaces, profondément divisées et épineuses avec des nervures blanches et saillantes sur leur face intérieure. A la floraison, en juin-juillet, ce chardon se pare de capitules de fleurs jaunes semblables à de petits soleils qui explosent au centre d’une couronne de feuilles. Les fruits apparaissent sous forme d’akènes presque cylindriques et couverts de poils.

En teinture mère : entre 50 et 150 gouttes par jour en trois prises selon le poids. Teinture mère de Cnicus benedictus, Boiron, 4,77 € les 125 ml.
En teinture mère : entre 50 et 150 gouttes par jour en trois prises selon le poids. Teinture mère de Cnicus benedictus, Boiron, 4,77 € les 125 ml. DR

Usages traditionnels et principes amers

Autrefois uniquement utilisée comme plante ornementale dans les jardins des monastères, la plante a progressivement été cultivée pour ses vertus médicinales et préconisée tant en médecine ayurvédique qu’en herboristerie européenne.

On retrouve sa trace dès le XVIe siècle. Boissons et potions amères tirées de la plante avaient déjà la réputation de contribuer à combattre la fièvre, et en particulier la peste et la malaria qui sévissaient à cette époque, mais aussi de stimuler l’appétit et de favoriser la digestion.

Ainsi, la fameuse Bénédictine, élaborée à Fécamp par des moines bénédictins, renferme, entre autres plantes et aromates, du chardon béni… Les vertus digestives, qui lui sont toujours prêtées, sont essentiellement dues aux principes amers de la plante, et en particulier à la cnicine. En effet, les capitules renferment des lactones sesquiterpéniques, dont la cnicine, mais aussi des lignanes, des triterpènes et des phytostérols.

En infusion : laisser infuser de 1,5 à 2 g de fleurs séchées dans 150 ml d’eau, pendant 3 à 5 min maximum. Filtrer et boire trois tasses par jour. Chardon béni en vrac, herboristerie du Palais Royal, 9 € les 100 g.
En infusion : laisser infuser de 1,5 à 2 g de fleurs séchées dans 150 ml d’eau, pendant 3 à 5 min maximum. Filtrer et boire trois tasses par jour. Chardon béni en vrac, herboristerie du Palais Royal, 9 € les 100 g. DR

Ces principes, en stimulant les glandes salivaires, peuvent certes diminuer l’effet des médicaments antiacides, mais surtout favoriser l’appétit et soulager la dyspepsie et les maux de tête associés à la congestion hépatique. Car le chardon béni a également des actions cholérétique et cholagogue, c’est-à-dire qu’il stimule la sécrétion et l’évacuation de la bile.

Un manque d’études criant

Si la Commission E allemande reconnaît bien l’usage de la plante pour traiter la dyspepsie et l’inappétence, le manque d’essais cliniques sur les humains ne permet pas de confirmer son efficacité.

Dépuratif et diurétique, le chardon béni aurait aussi la faculté, en éliminant l’acide urique, de calmer ou de prévenir les douleurs rhumatismales ou de goutte, de réduire les douleurs musculaires et la tension artérielle. Utilisé comme tonique, le chardon béni est également, depuis longtemps, préconisé pour traiter une asthénie chronique ou une anémie.

Des essais in vitro ou sur des animaux ont montré que la plante avait également des vertus antibactériennes, notamment en cas de blessure superficielle, et probablement des propriétés anticancéreuses… mais aucune étude sur des humains n’a pu, pour le moment, appuyer cette thèse.

L’infusion prolongée (plus de 10 minutes) ou la surconsommation (plus de 5 grammes par tasse) peut provoquer vomissements et irritations gastriques.
L’infusion prolongée (plus de 10 minutes) ou la surconsommation (plus de 5 grammes par tasse) peut provoquer vomissements et irritations gastriques. DR

Ce qui est certain, c’est que les personnes allergiques aux plantes de la même famille (pissenlit, marguerite, chrysanthèmes, tournesol) doivent absolument éviter d’en consommer. Enfin, si aucune étude n’a pu prouver l’efficacité du chardon béni pour traiter l’encombrement des voies respiratoires, la plante est cependant traditionnellement utilisée pour ses propriétés expectorantes en cas de rhume ou de grippe.

Avec modération cependant : l’infusion prolongée (plus de 10 minutes) ou la surconsommation (plus de 5 grammes par tasse) peut provoquer vomissements et irritations gastriques. Comme la Bénédictine, donc.


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