Dans cette banlieue chic du sud de Miami, des milliers d’arbres s’épanouissent entre les résidences privées. Bienvenue à Coral Gables, dont les bâtiments anciens racontent une autre histoire, celles des pionniers de l’Amérique contemporaine…

Au sud de Miami, la discrète Coral Gables s’étire langoureusement le long du golfe de Biscayne. Une végétation luxuriante plonge la ville dans une atmosphère tropicale, opérant comme un bouclier protecteur contre la fureur du monde. Les immenses ficus aux troncs multiples, les poinsettias cramoisis, les solides banians dont les lianes retombent jusqu’au sol et s’entremêlent au-dessus des rues pour créer des tunnels de verdure, les palmiers et quelques cocotiers imposent leur présence entre les villas cossues, composant une surprenante jungle urbaine…

Et côté baie de Biscayne, des marinas huppées se sont frayé une place dans une mangrove encore protégée de l’urbanisation. Une ville où tout semble paradisiaque… N’était-ce la circulation infernale. « Le trafic est frénétique : au lieu d’emprunter l’autoroute qui traverse la ville depuis Miami jusqu’au sud de la Floride, 400 000 véhicules préfèrent rouler dans l’agglomération chaque jour », se désole son maire Raúl Valdés-Fauli.

Le Miracle Mile, l’axe est-ouest de Coral Gables, rassemble de nombreux magasins et restaurants, ainsi que des galeries d’art.
Le Miracle Mile, l’axe est-ouest de Coral Gables, rassemble de nombreux magasins et restaurants, ainsi que des galeries d’art. DR

L’empreinte de la famille Merrick

Une situation que n’aurait sans doute jamais imaginée Solomon G. Merrick quand il a débarqué, en 1898, de son Massachusetts natal pour y planter des pamplemousses. Ce révérend a alors la désagréable surprise de découvrir une terre désolée, rocailleuse, hérissée, çà et là, de goyaviers. Mais l’homme, avec la ferveur des pionniers qui ont tout risqué, développe patiemment son entreprise.

Visionnaire, son fils George participe, à son tour, à l’urbanisation du sud de la Floride en travaillant à l’édification de son réseau routier au cœur duquel on trouvera Coral Gables, qui transforme ce territoire sauvage en ville coquette. C’est en 1922 qu’il commence à lotir les premiers quartiers de la ville, sur le terrain de 12 km2 acquis par son père. George élabore une ville d’inspiration méditerranéenne, dont les rues arborent des noms hispaniques comme Alhambra ou Granada.

Le Biltmore, véritable apogée du style Merrick.
Le Biltmore, véritable apogée du style Merrick. DR

Noyée dans la végétation, elle est rapidement équipée d’un golf. George fait même construire parmi les premières résidences fermées du pays et a l’idée d’un hôtel, le Biltmore, véritable apogée du style Merrick, pour attirer et loger les acheteurs potentiels. Fastueux, cet établissement aligne les chambres équipées de petites fenêtres afin de pousser les visiteurs à sortir et à arpenter les rues. Ce « phare » de Coral Gables demeure aujourd’hui le mètre étalon de l’urbanisme local : il est interdit de construire de bâtiment plus haut. L’autre emblème de la ville, c’est la Venitian Pool, qui fut construite en 1923 sur les ruines d’une ancienne carrière de calcaire corallien qui servit à édifier Coral Gables (et qui a donné son nom à la ville). Cet immense bassin contient plus de 3 100 m3 d’eau pompée directement dans un puits artésien. Un équipement au charme désuet, qui semble avoir aujourd’hui perdu les faveurs des locaux.

Cette curiosité amalgame architectures vénitienne et hispano-mauresque, sur lesquelles l’histoire de la ville s’est construite. Dès l’entrée, les visiteurs peuvent s’imprégner de l’histoire des lieux à travers une série de photos accrochées dans les vestiaires. On y voit Johnny Weissmuller donner des cours de natation et remporter quelques tournois de nage libre.

Le Cocoplum Yacht Club est la marina du luxueux quartier d’Islands of Cocoplum.
Le Cocoplum Yacht Club est la marina du luxueux quartier d’Islands of Cocoplum. DR

Héritage méditerranéen

Aujourd’hui, trois golfs se partagent le territoire de cette ville, qui est aussi le siège de l’université de Miami, fondée par George Merrick. Essentiellement résidentielle, Coral Gables accueille donc une population étudiante qui profite d’un campus verdoyant aux vastes pelouses ombragées de palmiers et de cocotiers et cohabite avec des familles aisées, dont de nombreux Européens expatriés.

« Notre ville est très appréciée pour sa qualité de vie, son niveau d’éducation, sa proximité avec l’aéroport, ainsi que ses taxes parmi les plus faibles du comté », détaille avec fierté Raúl Valdés- Fauli, qui loue non seulement l’efficacité des résidences privées qui se sont multipliées dans la ville, mais aussi et surtout le respect de l’héritage architectural, auquel il tient beaucoup.

La Venetian Pool, pisicne publique construite en 1923 à la demande de George Merrick.
La Venetian Pool, pisicne publique construite en 1923 à la demande de George Merrick. DR

C’est au nord de Coral Gables, quartier de la maison familiale des fondateurs de la ville, la Merrick House – aujourd’hui transformée en musée – que sont concentrées les bâtisses historiques. « Nous avons constitué un comité d’architectes, à qui chaque nouvel acquéreur doit soumettre son projet de construction ou de réhabilitation. Il faut que ces chantiers correspondent à cet héritage méditerranéen : pièces ouvertes sur l’extérieur, portiques, patios… » Continuant de faire de cette ville une véritable parenthèse regardant avec une sorte d’amusement les gesticulations de Brickell ou de Miami Beach ; racontant ainsi une autre histoire de l’une des plus jeunes villes américaines.


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