Plus de soixante‑dix ans après l’invention du scooter, Piaggio continue de conjuguer, avec bonheur, héritage et innovation. Plus de 120 000 deux‑roues sortent chaque année de ses ateliers historiques à Pontedera, où la marque vient de rouvrir son musée.

Ils sont tous venus, les notables locaux, dont Simone Millozzi, le maire ceint de son écharpe tricolore, ainsi que les pompiers, les policiers et les gradés en grand uniforme – tous ceux qui comptent dans la petite ville de Pontedera, dans la province de Pise. Il y a aussi Monica Barni, la vice-présidente de la Toscane chargée de la culture. Ils sont assis aux premiers rangs et écoutent attentivement Roberto Colaninno, président du groupe Piaggio.

IMMSI, la holding familiale de ce baron de l’industrie italienne, passé par Olivetti et Telecom Italia, a repris les actifs de la famille Piaggio en 2003. Depuis, IMMSI a ajouté Aprilia et Moto Guzzi au portefeuille de marques du groupe Piaggio, devenu le premier fabricant européen de scooters et de motos.

Les usines de Pontedera assemblent les pièces sur différentes lignes dédiées aux modèles de la marque. 3 000 personnes y travaillent, soit près de la moitié de l’effectif mondial du groupe.
Les usines de Pontedera assemblent les pièces sur différentes lignes dédiées aux modèles de la marque. 3 000 personnes y travaillent, soit près de la moitié de l’effectif mondial du groupe. DR

Cette journée est importante pour la ville et pour la région. C’est l’inauguration du musée Piaggio, qui rouvre ses portes après une longue période de rénovation. Roberto Colaninno explique d’emblée : « Je ne veux pas parler d’un “musée”, car l’histoire n’est pas finie. Ce n’est pas qu’un musée, nous sommes dans une usine, au milieu d’une communauté d’hommes et de femmes, nous fabriquons un véhicule qui a changé la vie des Italiens et de nombreuses personnes dans le monde entier. Et nous regardons vers le futur, nous développons de nouveaux produits. »

Créé en 2000 dans l’un des bâtiments industriels du groupe, le musée Piaggio s’étend à présent sur 5 000 m². Il rassemble plus de 250 pièces qui ont jalonné l’histoire : le premier scooter Vespa, imaginé par Enrico Piaggio et dessiné par l’ingénieur aéronautique Corradino D’Ascanio, en 1946 ; les versions successives qui ont fait la renommée mondiale de la marque ; les modèles originaux créés par des artistes ; ceux qui ont remporté des courses historiques ; les Vespa des routards ayant parcouru le monde ; les motos des marques du groupe (Aprilia, Gilera, Moto Guzzi) ; les triporteurs Ape, en version papale ou postale…

Les usines de Pontedera assemblent les pièces sur différentes lignes dédiées aux modèles de la marque. 3 000 personnes y travaillent, soit près de la moitié de l’effectif mondial du groupe.
Les usines de Pontedera assemblent les pièces sur différentes lignes dédiées aux modèles de la marque. 3 000 personnes y travaillent, soit près de la moitié de l’effectif mondial du groupe. DR

Un ancrage historique

Si la journée est importante pour Pontedera, c’est que le cœur de la ville bat au rythme de Piaggio depuis près de cent ans. Adresse historique de la marque et siège social du groupe, la ville abrite les usines qui fabriquent les moteurs pour scooters et motos, les véhicules Piaggio, Vespa et Gilera, ainsi que les modèles de transport léger à trois et à quatre roues pour le marché européen.

En tout, Pontedera produit près de 130 000 véhicules par an. Le nombre de bâtiments abritant des ateliers et les lignes de production dans la ville a progressivement diminué au fil du temps. Il en reste tout de même une dizaine s’étendant sur plus d’un kilomètre, de part et d’autre de la rue principale. Pas moins de 3 000 personnes y travaillent, soit près de la moitié de l’effectif mondial du groupe. « Mais je me souviens que nous étions 12 000 à Pontedera lorsque j’ai commencé à travailler pour Piaggio, en 1977 », se souvient un cadre de la production.

Les usines de Pontedera assemblent les pièces sur différentes lignes dédiées aux modèles de la marque. 3 000 personnes y travaillent, soit près de la moitié de l’effectif mondial du groupe.
Les usines de Pontedera assemblent les pièces sur différentes lignes dédiées aux modèles de la marque. 3 000 personnes y travaillent, soit près de la moitié de l’effectif mondial du groupe. DR

Plus de la moitié de la population active de la ville et de ses environs travaillait alors pour Piaggio. Aujourd’hui, deux équipes se relaient, elles travaillent huit heures chacune, entre 6 heures et 22 heures. Plusieurs ateliers ont peu à peu été externalisés. C’est le cas du formage des capots, de l’usinage de certains composants mécaniques et de l’assemblage de quelques sous-ensembles, qui proviennent désormais de sous-traitants italiens ou étrangers.

Les usines de Pontedera assemblent les pièces sur différentes lignes dédiées aux modèles de la marque. Dans le bâtiment qui fabrique les scooters Vespa, les modèles GTS, Primavera et 946 sont montés sur des lignes parallèles.

Situé dans l’un des bâtiments industriels, le musée Piaggio a rouvert en avril 2018. Il regroupe plus de 250 pièces qui ont jalonné l’histoire de la firme, dont de nombreux modèles Vespa, certains ayant été joliment customisés par leurs propriétaires ou par des artistes, ainsi que des triporteurs.
Situé dans l’un des bâtiments industriels, le musée Piaggio a rouvert en avril 2018. Il regroupe plus de 250 pièces qui ont jalonné l’histoire de la firme, dont de nombreux modèles Vespa, certains ayant été joliment customisés par leurs propriétaires ou par des artistes, ainsi que des triporteurs. DR

L’histoire raconte que Corradino D’Ascanio n’aimait pas les motos, il les trouvait inconfortables, salissantes et compliquées à réparer en cas de crevaison. Il a donc conçu le scooter avec une coque autoporteuse, une transmission directe et un bras porteur plutôt qu’une fourche.

Conséquence de cette conception originale, la fabrication d’un scooter démarre par la coque à laquelle sont ensuite ajoutés les différents composants contrairement à d’autres véhicules où la carrosserie vient après le montage du moteur et des composants mécaniques.

Une fois la coque du scooter préparée, des robots appliquent la couche de peinture primaire, la couche de couleur et, enfin, la couche transparente qui lui donne son brillant.
Une fois la coque du scooter préparée, des robots appliquent la couche de peinture primaire, la couche de couleur et, enfin, la couche transparente qui lui donne son brillant. DR

En début de chaîne, des robots soudent les différents éléments sur la coque du scooter. Lorsqu’elle est complète, elle est transportée sur un train mobile qui la passe par un bain de cataphorèse, phase préparatoire à la peinture. Des robots appliquent alors la couche primaire, la couche de couleur et, enfin, la couche transparente qui donne à la coque son brillant.

Un séchage de trente minutes à 80 °C, un film de protection pour éviter les rayures pendant le montage, et la coque est prête à recevoir le moteur, les roues, le pot d’échappement, le guidon, les freins, le phare et les habillages qui en feront un scooter. A chaque étape, des opérateurs – en majorité des femmes – procèdent à des contrôles, de base d’abord, puis fonctionnels pour le moteur, et esthétiques, pour s’assurer que le scooter ne présente aucune griffure ou bosse avant d’aller rejoindre le parking d’où il partira vers le distributeur.

Données et chiffres clés

Données clés

• Date de création : 1884.
• Métiers : constructeur de deux‑roues (motos, scooters, 3‑roues), de véhicules commerciaux et de robots des marques Aprilia, Derbi, Gilera, Moto Guzzi, Vespa, Piaggio, Piaggio Commercial Vehicles (Ape), Scarabeo et Piaggio Fast Forward (PFF).
• Coté à la Bourse de Milan depuis 2006. En 2003, IMMSI, la holding de la famille Colaninno, a racheté les actifs détenus par la famille Piaggio. IMMSI a élargi le périmètre du groupe en rachetant Aprilia et Moto Guzzi fin 2004.
• Siège du groupe : Pontedera, en Toscane, dans la province de Pise.
• Chiffre d’affaires : 1,342 Md € en 2017, en croissance de 2,2 % par rapport à 2016.
• 6 usines de production, dont 4 en Italie, 1 au Viêtnam et 1 en Inde.
• Effectif : 6 470 personnes.

Le site de Pontedera en chiffres

• Production : les usines de Pontedera fabriquent les scooters des marques Vespa, Gilera et Piaggio, y compris les MP3 (3 roues), les moteurs pour scooters et motos (Aprilia), ainsi que les véhicules commerciaux à 3 et 4 roues Ape et Porter. La production locale est de 120 000 deux‑roues et 8 000 trois roues ou quatre‑roues par an.
• Effectif : 3 000 personnes. Les effectifs travaillent en 2×8 de 6 heures à 22 heures.

Innovation permanente

Bien qu’il ait vu le jour il y a plus de soixante-dix ans, le succès du scooter ne faiblit pas. Certes, en 2017, les ventes de deux-roues (scooters et motos) Piaggio ont baissé de 10 % en Asie, mais ce marché ne représente que 13 % du chiffre d’affaires du groupe. En revanche, elles ont progressé de 22,5 % en Amériques et dans la zone Europe, Moyen- Orient, Afrique (EMEA) et de 16,8 % en Inde, les principaux marchés de Piaggio. Le groupe a écoulé 376 000 deux-roues dans l’année (+ 9 % par rapport à 2016).

S’il relooke ses modèles iconiques comme, par exemple, le Primavera, revisité cette année en bleu printanier pour son cinquantième anniversaire, Piaggio continue de miser sur l’innovation pour assurer sa croissance. Vespa a dévoilé un scooter électrique au dernier salon EICMA, grand messe du deux-roues, qui s’est tenue en novembre dernier à Milan.

Né en 1968, le modèle iconique Primavera a fêté cette année ses 50 ans sous une superbe livrée bleu printanier.
Né en 1968, le modèle iconique Primavera a fêté cette année ses 50 ans sous une superbe livrée bleu printanier. DR

Baptisé Elettrica, ce modèle et son moteur seront fabriqués à Pontedera, sur une ligne parallèle aux lignes actuelles. Il sera décliné en deux versions, une entièrement électrique à batterie lithium-ion intégrée, une autre hybride avec prolongateur d’autonomie.

Roberto Colaninno profite de l’attention du parterre de notables pour plaider sa stratégie. « Nous devons continuer à imaginer le futur avec notre intelligence et une liberté absolue pour continuer à innover. » Son futur, Piaggio l’écrit avec l’électrique et avec les robots de Piaggio Fast Forward (PFF), la filiale d’innovation créée en 2015 pour imaginer la mobilité de demain.

PFF, le futur de la mobilité

Piaggio Fast Forward a vu le jour à Boston, en 2015. Cette filiale du groupe, présidée par Michele Colaninno, est dirigée par Greg Lynn, architecte et designer, et Jeffrey Schnapp, fondateur du metaLAB d’Harvard. PFF veut « imaginer des solutions de mobilité intelligentes et légères pour les personnes et les biens ».

Sa première réalisation, le robot Gita, ambitionne de nous faire oublier nos clés de voiture et de retrouver le plaisir de la marche ! Il s’agit d’un cylindre de couleur, bleu pour l’instant, muni de bandes lumineuses qui suit son « maître » de façon autonome et qui permet de transporter ses courses ou son sac à dos. Destiné à favoriser la mobilité urbaine, le robot n’a peur ni des montées ni des descentes. Quel que soit l’environnement, Gita identifie son propriétaire et le suit, même dans la foule.


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