Premier quotidien business et financier de la Région administrative spéciale de Hong Kong en langue chinoise, le Hong Kong Economic Journal est considéré comme le titre le plus influent auprès de l’élite et des décideurs de la région. Depuis 1973, il décrypte les hauts et les bas du business et du marché financier de l’île et est, aujourd’hui plus que jamais, la vigie du libéralisme économique du sud-est de la Chine.

Pour Alice ce ne fut pas la nuit des merveilles. Simultanément, les Bourses de Hong Kong et de Shanghai se sont effondrées, la veille au soir, à leur plus bas niveau depuis des années. Et, une fois de plus, depuis le début de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, Alice n’a pu quitter le journal pour rentrer chez elle qu’au petit matin. Avec l’expertise des nombreux spécialistes en finance, en macroéconomie et en business de sa rédaction, mais aussi la « dream-team » de ses éditorialistes appuyés par les équipes du secrétariat de rédaction, de la maquette et du web, Alice a bouclé les 70 pages de l’édition quotidienne du Hong Kong Economic Journal (HKEJ).

Alice Kwok, rédactrice en chef.
Alice Kwok, rédactrice en chef. Anthony Kwan

Cette véritable boussole sans laquelle les décideurs de la bouillonnante « Ville verticale », de la péninsule de Kowloon et, plus généralement, du sud-est de la Chine se sentiraient égarés. « Nous sommes le quotidien de Hong Kong dont le prix de vente est le plus élevé, mais aussi le seul qui refuse les pleines pages de publicité pour privilégier l’éditorial », souligne avec fierté Alice Kwok Yim Ming, la très influente rédactrice en chef.

Conférence de rédaction.
Conférence de rédaction. Anthony Kwan

En ces temps de crise de la presse papier, la plupart des patrons de journaux de la planète se flatteraient, à la différence d’ Alice, de proposer un prix de vente attractif pour le lecteur, ou se féliciteraient de bénéficier de la manne que représentent les annonceurs. Mais au HKEJ ce n’est vraiment pas le genre de la maison.

L’équipe quotidienne est appuyée par des éditorialistes spécialisés.
L’équipe quotidienne est appuyée par des éditorialistes spécialisés. Anthony Kwan

Depuis sa fondation, voilà quarante-cinq ans, on y cultive le sérieux et la sobriété, qu’on retrouve dans l’ambiance quasi monacale des salles de rédaction ou dans la tenue vestimentaire de ses managers qui, tous, revendiquent la crédibilité et la réputation du titre comme « leur seule richesse ».

Les plumes du business

Situé dans le terne quartier industriel de Kwun Tong, dans le nord-est de l’île, le petit immeuble de ciment, siège du journal, avec sa façade singulièrement défraîchie, fait pâle figure au regard des gratte-ciel futuristes qui l’entourent. Et Alice Kwok, baskets, pantalon et chemise sombres, dont le parcours professionnel prestigieux et l’étincelant palmarès de récompenses journalistiques forcent l’admiration, ne dispose elle-même que d’un modeste bureau encombré de dossiers.

Pandora Ip, directrice commerciale.
Pandora Ip, directrice commerciale. Anthony Kwan

Dans les salles de la rédaction, cloisonnées comme les rayons d’une ruche, seuls deux ou trois petits rubans rouges de vœux pour le nouvel an chinois et un poster de Kwan Kung – le dieu barbu de la guerre et de la richesse vénéré par les businessmen – apportent une timide note de couleur.

Salle de rédaction du journal.
Salle de rédaction du journal. Anthony Kwan

« Dans notre journal, nous allons à l’essentiel et n’avons donc pas de rubrique ‘’Loisirs’’ ou, comme la plupart des autres quotidiens Hong Kong, de pages consacrées aux courses de chevaux. En revanche, précise Alice Kwok, nos rubriques très spécialisées telles que “The Trends Behind the Graph”, avec ses données chiffrées et graphiques, tenue par notre fameux chef économiste et stratégiste Eric Lui ; “The Investment Guide”, de Chao Kwong Sze ; ou encore “The Stock Market Hunter” (le chasseur du marché financier), d’Alex Wong sont, elles, sans équivalent. »

“The Stock Market Hunter” (le chasseur du marché financier), d’Alex Wong“, l’une des rubriques phares.
“The Stock Market Hunter” (le chasseur du marché financier), d’Alex Wong“, l’une des rubriques phares. Anhony Kwan

A ce prestigieux générique, ajoutons les éditoriaux du fondateur du Hong Kong Economic Journal, Lin XingZhi’s, qui, à 80 ans bien sonnés, continue d’envoyer sa copie dans laquelle il commente brillamment l’actualité mondiale.

Les journalistes du quotidien.
Les journalistes du quotidien. Anthony Kwan

Les jeunes, nouveaux cœurs de cible

Mais ce sur quoi le HKEJ mise le plus aujourd’hui pour assurer sa pérennité, c’est sans doute ses publications et ses services qui s’adressent aux jeunes Chinois, lycéens, étudiants et à leurs professeurs. Tel iKnow, outil pédagogique sur l’économie, à la fois décliné sur le web et en version papier afin d’être distribué en cours par les enseignants. « Nous investissons beaucoup sur les générations futures et aidons les jeunes à développer leur esprit critique », confie Pandora Ip, la directrice commerciale du HKEJ. Autre produit tourné vers l’avenir, le StartUpBeat, organe servant de véritable lien entre les petites entreprises émergentes et les grands investisseurs institutionnels.

Le journal s’adresse à une audience élitiste.
Le journal s’adresse à une audience élitiste. Anthony Kwan

Sans céder pour autant aux sirènes du « glamour », le HKEJ, tout en développant depuis 2007 de nombreuses applications numériques pour smartphones ou tablettes et, depuis 2011, une édition en ligne en anglais – EJ Insight –, a aussi lancé un magazine mensuel lifestyle en chinois, inspiré de celui du Financial Times. Ses publicités reflètent bien l’audience très élitiste du titre : Dior, Chanel, Giorgio Armani, Gucci, Saint Laurent, Hermès, Rolex, Breitling, Cartier, Chaumet ou encore le groupe hôtelier Mandarin Oriental. Enfin, le HKEJ édite les livres économiques et financiers écrits par ses prestigieux experts.

Le quotidien print possède aussi des applications numériques.
Le quotidien print possède aussi des applications numériques. Anthony Kwan

Au lendemain de la rétrocession de Hong Kong à la Chine communiste, après un siècle et demi de souveraineté britannique, et tandis que l’étau liberticide de Pékin se resserre – comme on l’a vu récemment avec l’expulsion du correspondant du Financial Times à Hong Kong qui avait eu le malheur d’interviewer un représentant de l’opposition –, le rôle du HKEJ comme vigie du libéralisme économique apparaît plus important que jamais. Puisse la « Perle de l’Orient », avec l’aide du HKEJ, continuer, longtemps encore, d’incarner la politique d’« un pays, deux systèmes ».



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