Malgré son rachat par le groupe espagnol Pepe Jeans, la marque Hackett continue d’incarner, depuis son siège de Londres, le style British par excellence. Le tout orchestré par son fondateur : Jeremy Hackett himself.

Le « 65B » pourrait tout à fait convenir au pittoresque QG d’espions du film Kingsman. Il s’agit en fait du so British club Hackett (chiffré en référence à l’adresse de la première boutique). Fort de ses 113 000 membres, il devrait, nous assure-t-on, s’ouvrir un peu plus à l’international. Les accros à la British attitude s’y inscrivent pour le prestige – invitations à l’Oxford and Cambridge Boat Race, sponsorisée par la marque – ou pour le plaisir de faire partie d’un club en trois-pièces étiqueté par l’illustre maison.

Que ce soit au 87 Jermyn Street ou au 137 Sloane Street, des flots de gentlemen poussent ainsi régulièrement la porte des boutiques reconnaissables aux deux parapluies croisés sur un chapeau melon. Ils apprécient ce repaire pour son atmosphère 100 % masculine si ostensiblement britannique, et ce vestiaire smart dont les règles semblent avoir été établies sous le règne de George V.

Ce look est le fait de Jeremy Hackett qui, à 65 ans et malgré les rachats de son entreprise au fil des années, reste seul maître à bord. Entouré d’une vingtaine de stylistes basés à Londres, il propose des collections taillées dans son idéal britannique dès les années 80. Cet autodidacte passionné de vêtements vendait alors des costumes de seconde main aux puces de Portobello et faisait ses armes chez un tailleur de Savile Row, mythique rue londonienne du sur-mesure.

Jeremy Hackett, fondateur et président de Hackett.
Jeremy Hackett, fondateur et président de Hackett. Nick Tydeman

Alors qu’il ouvre sa première boutique vintage sur Parson’s Green, en 1983, Jeremy Hackett met en place une première collection, lancée en 1985, avec, notamment, ce tweed vert à damier rouge vite adopté. Dans la foulée, un client, officier de la garde royale, lui propose de sponsoriser son club. Yes !

Le créateur en profite pour créer le fameux polo aux armes des officiers, première pièce de son puzzle. Dès le départ, pour la fabrication qu’il souhaite exemplaire, Jeremy Hackett mise sur les manufactures locales centenaires, dont Stephen Walters & Sons Ltd., née en 1720, qui habille toujours la famille royale. Comme Ralph Lauren de l’autre côté de l’Atlantique, Hackett va séduire les hommes soucieux de s’identifier à des gentlemen. Rassurés, ils viennent s’offrir l’« Essential British Kit » imposé par Jeremy Hackett.

La collection automne-hiver 2018.
La collection automne-hiver 2018. Nick Tydeman

Notamment les polos qui, cette saison, reprennent une technique de fabrication abandonnée dans les années 80 : tricoté à plat, le fil retrouve le poids qu’il avait perdu et cette épaisseur qui pèse agréablement sur l’épaule. Nos shoppeurs s’approvisionnent aussi en mailles et en chemises classiques puisées dans la ligne Mayfair. Masculines jusqu’au bout, certaines boutiques Hackett (notamment à Paris) se sont alliées aux services de Murdock, barbier et parfumeur. Chaussures cirées, cravates club discrètement rayées, boutons de manchettes : on est Hackett ou on ne l’est pas !

La collection automne-hiver 2018.
La collection automne-hiver 2018. Nick Tydeman

Une marque très courtisée

En 1992, le potentiel de la marque tape dans l’œil du groupe Alfred Dunhill, qui rachète l’entreprise. L’arrivée de cet investisseur permet l’ouverture de la grande boutique londonienne de Sloane Street, puis celles de Madrid et Paris. En 1995, une première collection est lancée pour les garçons qui poursuivent le rêve d’élégance de leurs pères.

En 2005, Hackett passe dans le giron de Pepe Jeans. Toujours à bord, Jeremy Hackett entame sa première collaboration avec Aston Martin Racing Team – le début d’une longue liste de partenariats. En 2018, Hackett livre – avec la complicité de Marek Reichman, chef designer d’Aston Martin – l’intérieur de la Rapide S…

Jeremy Hackett signe l’intérieur de l’Aston Martin Rapide S, tapissé de tissu prince-de-galles. So chic !
Jeremy Hackett signe l’intérieur de l’Aston Martin Rapide S, tapissé de tissu prince-de-galles. So chic ! Nick Tydeman

Il annonce également le lancement de la montre Sistem51 imaginée pour Swatch. Obsédé de dandysme, Jeremy Hackett a aussi créé un service tailleur : Bespoke, Made to Measure ou Personal Tailoring, trois degrés de services qui vont de la reprise à votre taille jusqu’au nec plus ultra d’une confection totalement personnalisée et artisanale. Ces costumes ou vestes coupés et montés main par une fabrique du Cheshire sont vendus dans certains points de vente de prestige à Londres, à Tokyo et à Paris – 4 000 commandes en 2017, un joli chiffre sachant que le client doit patienter jusqu’à huit semaines avant d’être livré.

Jeremy Hackett signe l’intérieur de l’Aston Martin Rapide S, tapissé de tissu prince-de-galles. So chic !
Jeremy Hackett signe l’intérieur de l’Aston Martin Rapide S, tapissé de tissu prince-de-galles. So chic ! Nick Tydeman

Chris Meyer, brand director de Hackett, dévoile la stratégie à venir : « Nous nous attachons à renforcer la notoriété de la marque en France, en Allemagne et en Espagne. Et mettons l’accent sur l’expansion vers de nouveaux clients en Chine, au Japon et au Moyen-Orient. » Le développement s’accélère effectivement grâce à un partenariat récemment signé avec le chinois Trendy Group. Et les magasins sont en rénovation dans le monde afin, nous dit Chris Meyer, « d’être plus en phase avec notre nouveau concept de design, en allégeant et en éclairant l’espace, en améliorant l’esthétique pour que le produit se distingue davantage ».

Données clés

1983 : fondation de Hackett.
1985 : première collection masculine.
1992 : le groupe Dunhill rachète Hackett. Ouverture de la grande boutique londonienne de Sloane Street.
2005 : Pepe Jeans rachète Hackett. Collaboration avec Aston Martin Racing.
2017 : CA de 163,9 M €. 1 000 points de vente dans le monde (franchises et concessions comprises). 4 000 costumes vendus en sur-mesure.
2018 : partenariat Hackett x Swatch. Sortie, en novembre, de la montre Sistem51 à 1 983 exemplaires (année de naissance de l’enseigne). Boutiques à Shanghai.


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