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Le cinéma et l'automobile, une longue et belle histoire d'amour...

Une histoire comme on n’en voit que dans les films, qui unit deux industries qui n’ont a priori rien à voir l’une avec l’autre, mais qui partagent une fascination réciproque : l’automobile et le septième art. Car les belles carrosseries ont toujours inspiré les cinéastes. Et certaines sont entrées dans la légende.

Leur passion est dévorante, souvent charnelle, parfois brutale et quasiment incestueuse, puisqu’elles sont nées et ont grandi côte à côte. Les industries du cinéma et de l’automobile ont tissé des liens étroits qui ne se résument pas à quelques voitures célébrées sur grand écran. Depuis leur naissance à la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours, leurs histoires se sont régulièrement croisées, au point de parfois s’enchevêtrer. Et même si leurs intérêts sont souvent financiers, cette fascination mutuelle n’est pas seulement liée à une question d’argent.

Invitation au voyage

Dès leur invention, septième art et voitures vont susciter la curiosité du grand public et même connaître un incroyable engouement populaire. « Si l’automobile était réservée aux plus riches, le cinéma permettait aux autres d’en apprécier toute la technique, la vitesse, et permettait à tous de rêver d’en posséder une un jour ou l’autre », commente Nicolas Tellop dans son livre Les Courses-poursuites au cinéma (éd. Aedon). Symboles absolus de progrès, les films comme les voitures partagent en effet une même mission : celle de nous faire voyager. « L’automobile est un maillon qui permet de se déplacer dans l’espace et le temps, mais aussi en soi, poursuit Nicolas Tellop. Parce que quand on roule, on peut aussi réfléchir. Dans Orphée, de Jean Cocteau, il y a cette voiture qui reste au garage et qui ne roule jamais, mais dans laquelle le héros écoute la radio qui lui inspire ses poèmes. C’est à travers cette voiture immobile que l’inspiration est véhiculée. »

Comme dans une bulle coupée du monde extérieur, l’habitacle clos d’une automobile favorise l’intimité de la caméra avec le conducteur. Dans Drive, la proximité du spectateur avec un Ryan Gosling volontairement inexpressif caractérise toute l’essence du film. Employé par de nombreux réalisateurs, ce genre de plan fixe sur celui qui tient le volant, les yeux braqués sur la route, encourage l’introspection de celui qui regarde. « Dans les années 50, ces scènes s’accompagnaient d’un écran qui déroulait un paysage à l’arrière, pour un rendu pas toujours réussi », rappelle Nicolas Tellop. Mais si la modernisation progressive des techniques de prise d’image et du matériel va rapidement corriger ce manque de réalisme, c’est surtout aux courses-poursuites que cela va profiter.

Drive (2011), avec Ryan Gosling et la Chevrolet Impala, entre autres.
Drive (2011), avec Ryan Gosling et la Chevrolet Impala, entre autres. DR

Steve McQueen entre dans la légende

S’il est un genre qui va particulièrement s’intéresser aux voitures, c’est évidemment le cinéma d’action. A travers des courses toujours plus folles, la vitesse fascine le spectateur dès les origines du septième art. En 1915, dans Les Vampires, Louis Feuillade filme des tractions lancées à toute allure, mais l’impression de lenteur domine encore. Selon Nicolas Tellop, le film fondateur en matière de courses-poursuites ne met pas en scène des voitures, mais une locomotive : « Avec Le Mécano de la Générale, de Buster Keaton, sorti sur les écrans américains en 1926, nous sommes aux prémices du cinéma d’action. »

Il faudra attendre la fin des années 50 pour que le cinéma développe les techniques de cascades modernes mettant en scène des automobiles. Du Pont de la rivière Kwaï, en 1957, à La Mort aux trousses, en 1959, beaucoup font aujourd’hui figure de classiques du genre. Mais pour Nicolas Tellop, « celui qui s’impose, c’est Bullitt, en 1968. Sa bande originale figure parmi les plus vendues au monde ; pourtant, la scène la plus mémorable reste celle où la seule musique est celle des moteurs et des crissements de pneus. »

A bord de sa Ford Mustang GT, Steve McQueen est définitivement entré dans la légende avec ce film dont la voiture est un acteur à part entière. Depuis ce chef-d’oeuvre, la célébration de la vitesse a profité d’évolutions technologiques et numériques, mais pas toujours pour le meilleur. Dans certains films, comme les séries Jason Bourne ou Transformers, les courses- poursuites poussent les corps et les voitures à leurs limites, au point que l’action n’est souvent même plus lisible.

Le goût du luxe

La vitesse fascine, mais le faste émerveille, et les longs métrages célébrant les belles carrosseries sont légion. A commencer par ceux mettant en scène James Bond, dont la célèbre Aston Martin DB5 en a fait rêver plus d’un. S’étoffant progressivement de gadgets extraordinaires concoctés par le MI6, le modèle sera, tour à tour, équipé de plaques d’immatriculation interchangeables, d’un projecteur de nappes d’huile ou d’un écran de fumée, d’un siège éjectable ou encore d’un canon à eau arrière.

Mais loin d’être l’homme d’une seule voiture, 007 conduit volontiers d’autres belles cylindrées : Toyota 2000GT, Lotus Esprit, Jaguar XJ… et même une Renault 11 TSE Electronic dans Dangereusement vôtre, en 1985.

Skyfall (2012), avec Daniel Craig et Ll’Aston Martin DB5.
Skyfall (2012), avec Daniel Craig et Ll’Aston Martin DB5. DR

D’autres films vont mettre en scène des véhicules truffés d’accessoires, à l’image de l’incontournable DeLorean DMC-12 de Retour vers le futur, ou encore la célèbre Batmobile. Mais la manière de tourner peut être plus dépouillée, et la beauté mécanique est alors célébrée de façon presque charnelle. La Ford Thunderbird de 1966 de Thelma et Louise, la Dodge Challenger de Boulevard de la mort ou la Chevrolet Impala de Drive sont filmées comme des objets érotiques par leurs réalisateurs.

Thelma et Louise (1991), avec Susan Sarandon, Geena Davies et la Ford Thunderbird de 1966.
Thelma et Louise (1991), avec Susan Sarandon, Geena Davies et la Ford Thunderbird de 1966. FOTOS INTERNATIONAL / GETTYIMAGES

Renault et les stars de Cannes

Pour qu’une histoire d’amour dure aussi longtemps, il faut qu’elle soit réciproque. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que si le cinéma aime les voitures, les constructeurs automobiles le lui rendent bien. Bien sûr, parce que la publicité qu’offre un film peut se révéler juteuse et faire grimper les ventes de certains modèles, mais pas seulement. Selon Claude Hugot, directeur des relations publiques chez Renault, « c’est plus une question de prestige que de notoriété. Associer notre image à celle des industries du luxe que sont le cinéma, la mode ou la gastronomie nous permet d’évoluer avec notre temps et de mieux rayonner internationalement. »

Un Homme et une Femme (1966)

Avec Jean-Louis Trintignant et sa Ford Mustang N°184 qui vient de faire le « Monte-Carl ».

Car, au-delà des voitures prêtées à l’écran dont elles profitent de la vitrine, l’aura cinématographique est bien plus large que ça. Partenaire du Festival de Cannes depuis trente-cinq ans, mais aussi de celui de Deauville et de nombreux autres dans le monde (dont les Golden Globes), Renault transporte les plus grandes stars de la planète, dont l’image glamour bénéficie, par ricochet, à la sienne. « Ces interactions remontent à loin, souligne Claude Hugot. Les frères Renault et les frères Lumière se connaissaient bien, des Renault apparaissent dans les films de Méliès, les liens entre ces deux industries sont apparus dès leur naissance. »

Boulevard de la mort (2007), avec notamment Zoë Bell et la Dodge Challenger
Boulevard de la mort (2007), avec notamment Zoë Bell et la Dodge Challenger DR

Une love-story qui dure depuis cent vingt ans, où la fascination mutuelle demeure et qui se renouvelle régulièrement, on n’en voit pas tous les jours. Et même si les films d’aujourd’hui remplacent volontiers les voitures par des vaisseaux spatiaux, elles restent une source d’inspiration cinématographique inaltérable. Pour tous les cinéphiles amoureux d’automobiles, la lune de miel devrait durer encore longtemps.


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