Le dernier-né et le plus intime des sites à s'être installé dans la Motor Valley, en Emilie‑Romagne, est celui de Pagani.

Ah, Pagani… Le must du must. La crème du glamour. Si les autres sites de la région amènent les amateurs au bord de l’hystérie, celui-ci vous fait frôler le malaise vagal… Imaginez un écrin dessiné par Horacio Pagani himself, une usine composée des éléments entrant dans la fabrication d’une voiture : l’acier des moteurs traité en structure Eiffel pour la charpente, des carrés de carbone insérés dans le dallage de marbre du sol.

San Cesario sul Panaro, petite commune de la province de Modène, accueille l’usine Pagani – d’où 40 voitures sortent chaque année, pas une de plus – et le musée, inauguré en 2016.
San Cesario sul Panaro, petite commune de la province de Modène, accueille l’usine Pagani – d’où 40 voitures sortent chaque année, pas une de plus – et le musée, inauguré en 2016. Stevens Frémont

Dans l’atelier silencieux – copie de villa Renaissance avec ses briques roses et ses arcades, en hommage à Leonard de Vinci –, les meilleurs mécaniciens de la planète travaillent en gants blancs. 40 voitures sortent de ce temple chaque année, pas une de plus. La liste d’attente serait longue comme le bras, malgré une facture de 2,3 M € (modèle de base). Et l’on est prié de verser 30 % à la commande.

San Cesario sul Panaro, petite commune de la province de Modène, accueille l’usine Pagani – d’où 40 voitures sortent chaque année, pas une de plus – et le musée, inauguré en 2016.
San Cesario sul Panaro, petite commune de la province de Modène, accueille l’usine Pagani – d’où 40 voitures sortent chaque année, pas une de plus – et le musée, inauguré en 2016. Stevens Frémont

On parle encore d’une histoire incroyable : Horacio Pagani, jeune Argentin fils de boulangers, passionné de mécanique, s’amuse à fabriquer, à 20 ans, une voiture de course dans sa chambre. Il la montre à son compatriote Juan Manuel Fangio qui, intrigué par tant de flamme, rédige une lettre de recommandation pour Maserati. C’est finalement Lamborghini qui embauchera, en 1983, le jeune homme ardent, avide de tout apprendre sur les composites et persuadé que la fibre de carbone est l’avenir.

San Cesario sul Panaro, petite commune de la province de Modène, accueille l’usine Pagani – d’où 40 voitures sortent chaque année, pas une de plus – et le musée, inauguré en 2016.
San Cesario sul Panaro, petite commune de la province de Modène, accueille l’usine Pagani – d’où 40 voitures sortent chaque année, pas une de plus – et le musée, inauguré en 2016. Stevens Frémont

Devant le refus des constructeurs d’utiliser ce matériau trop nouveau et trop cher, Horacio finira par bricoler la nuit son propre prototype et sera le premier à présenter, en 1999, une voiture constituée à 100 % de fibre de carbone : la Zonda. Les amateurs qui s’offrent aujourd’hui un modèle sortant de sa chaîne sont des esthètes, conscients qu’Horacio Pagani s’attaque à ses modèles – la Zonda puis la Huayra –, comme Michel‑Ange tournait autour de ses statues. « Tout doit s’imbriquer comme si la voiture était taillée dans un bloc de marbre de Carrare », affirme Horacio Pagani. Avec quatre fois plus de demandes que de production, le constructeur s’offre le luxe de choisir ses acheteurs.

San Cesario sul Panaro, petite commune de la province de Modène, accueille l’usine Pagani – d’où 40 voitures sortent chaque année, pas une de plus – et le musée, inauguré en 2016.
San Cesario sul Panaro, petite commune de la province de Modène, accueille l’usine Pagani – d’où 40 voitures sortent chaque année, pas une de plus – et le musée, inauguré en 2016. Stevens Frémont

« Ils ont beaucoup en commun avec l’ADN de la marque. Ce sont souvent des gens qui se sont faits seuls, qui comprennent notre lifestyle et le produit. » Ils viennent de la Silicon Valley, du Royaume‑Uni ou de Suisse plutôt que de Russie ou des Emirats. Lewis Hamilton a craqué.

En cas de petit problème mécanique, on n’hésite pas à leur envoyer une équipe de « flying doctors », voire à rapatrier par avion la voiture dans les ateliers. Horacio Pagani a récemment racheté quelques véhicules des premières années – parfois le triple de leur prix – pour les restaurer avec leurs composants d’origine et rassembler une petite collection qu’il expose dans son usine. Peu d’expériences peuvent se comparer à cette visite.


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