A la tête de la maison parisienne de haute joaillerie et de haute horlogerie, Nicolas Bos croise les disciplines pour mieux revisiter le patrimoine des montres-bijoux. D’inspiration naturaliste et onirique, celles-ci content des histoires serties de pierres précieuses.

La curiosité, le désir de tisser des liens entre univers créatifs, c’est le moteur de Nicolas Bos, président et directeur de la création de la maison Van Cleef & Arpels (groupe Richemont). Son passage par la fondation Cartier pour l’art contemporain dans les années 90 a constitué à cet égard une expérience fondatrice. « J’y ai découvert un art vivant ainsi que des disciplines classiques : la danse, la mode ou les arts plastiques. Je n’établis aucune hiérarchie entre les catégories. Mieux vaut une cuillère bien dessinée qu’un tableau mal fait. »

En ce moment, Nicolas Bos se plonge dans le domaine du fantastique. Il dévore le 13e tome du Voyageur, bande dessinée de Koren Shadmi, et relit la série Sandman, pavé écrit par Neil Gaiman et « BD pour intellectuels » selon Norman Mailer.

Nicolas Bos, président et directeur de la création de Van Cleef & Arpels depuis 2013.
Nicolas Bos, président et directeur de la création de Van Cleef & Arpels depuis 2013. DR

« Tout m’intéresse. Vladimir Nabokov, fou de lépidoptères, nous a, par exemple, inspiré un papillon animé et même des fées papillons. En revisitant notre héritage et nos thématiques, nous redonnons du souffle à l’équipe. » Un tableau de Bruegel l’Ancien découvert au musée J. Paul Getty, à Los Angeles, a ainsi servi de point de départ à une incroyable collection de haute joaillerie façon arche de Noé.

Composé d’animaux figuratifs malicieux parés pour briller, le bestiaire, d’abord exposé place Vendôme, vogue désormais vers New York dans une mise en scène signée Bob Wilson. Comme toujours chez Van Cleef & Arpels, le sujet, d’origine biblique, a été détourné, traité sous le prisme du merveilleux et de l’onirique, capturant l’âme des animaux et non leur apparence réelle. Un peu comme si un enfant imaginait un univers lilliputien voué à le ravir en exécutant les plus charmantes pitreries.

Les montres-bijoux Lady Arpels Papillon Automate, Alhambra ou Cadenas, garde-temps emblématiques du joaillier.
Les montres-bijoux Lady Arpels Papillon Automate, Alhambra ou Cadenas, garde-temps emblématiques du joaillier. DR

Depuis 1895, les œuvres d’art de la maison légendaire ont séduit les plus belles femmes et les plus puissantes du monde, à commencer par la duchesse de Windsor – qui a inspiré l’étonnant collier Zip –, la Callas, la princesse Grace de Monaco ou Marlène Dietrich et, de nos jours, les divas du tapis rouge que sont Cate Blanchett, Freida Pinto, Kelly Rutherford et tant d’autres. Revient toujours cette question : est-ce un bijou ? est-ce une montre ? Le débat n’est pas tranché puisque, fidèle à son habitude, la maison réalise des objets poétiques qui, techniquement, donnent l’heure.

Lors du dernier Salon international de la haute horlogerie de Genève (SIHH) ont ainsi été mis en avant des cadrans extraordinaires issus des collections Alhambra, Charms ou Cadenas (montre de 1935 fétiche des croqueuses de diamants). On y a aussi découvert la montre-bijou Lady Arpels Papillon Automate, sertie de saphirs bleus, mauves et violets, de nacre et d’émail peint à la main. Clou du spectacle, une scène naturaliste où un papillon bat des ailes de manière aléatoire et à la demande, grâce à un bouton-poussoir. Ce trésor est doté d’un mouvement à remontage automatique breveté qui remplit également son office horloger.

Van Cleef & Arpels, un travail de bénédictin

Avec Van Cleef & Arpels, la sorcellerie n’est jamais très loin. L’Automate Fée Ondine en est la dernière illustration, fruit d’une collaboration avec l’automate François Junod et de nombreux artisans. Dans ce tableau narratif où se croisent diverses virtuosités techniques et créatives, on distingue un univers miniature exquis. Une gracieuse feuille de nénuphar ondule toutes les cinquante secondes puis éclot pour les beaux yeux d’une fée qui s’éveille, vêtue de pierres précieuses et d’émail. Elle redresse la tête pour saluer un papillon… qui vole ! Sur la tranche en ébène, une coccinelle caparaçonnée de rubis poursuit benoîtement la course du temps. La petite bête est réalisée en un serti mystérieux.

 

Les pièces de haute horlogerie sont réalisées dans les ateliers installés près de la boutique historique de la place Vendôme.
Les pièces de haute horlogerie sont réalisées dans les ateliers installés près de la boutique historique de la place Vendôme. DR

Cette invention maison, qui date de 1933, explique qu’aucune griffe de métal n’apparaisse entre les pierres fixées sur une résille d’or invisible. Les bijoux à secret sont un autre dada qui remonte aux années 30, comme la montre Ruban secret, dont la version avec nœud de saphirs roses glisse pour mieux dévoiler des heures très luxueuses.

Ces œuvres d’art requièrent évidemment un travail de bénédictin dans les ateliers logés près de la boutique historique de la place Vendôme. Si la marque s’est dorénavant largement internationalisée, la vitrine phare demeure néanmoins cette adresse ouverte en 1906 par Alfred Van Cleef et Esther Arpels. Elle s’est, depuis, agrandie avec des salons décorés par le studio Jouin Manku et un étage qui accueille une galerie du patrimoine.

Si la marque s’est internationalisée, la vitrine phare demeure l’adresse ouverte en 1906 par Alfred Van Cleef et Esther Arpels place Vendôme, à Paris, agrandie depuis de salons décorés par le studio Jouin Manku et d’un étage dédié au patrimoine.
Si la marque s’est internationalisée, la vitrine phare demeure l’adresse ouverte en 1906 par Alfred Van Cleef et Esther Arpels place Vendôme, à Paris, agrandie depuis de salons décorés par le studio Jouin Manku et d’un étage dédié au patrimoine. DR

« Il faut désormais vivre ce paradoxe d’un passé adossé à notre monde technologique et numérique. Trouver le bon rythme, ne pas se figer, interroger les limites de notre métier… en restant dans notre métier », analyse Nicolas Bos, qui suit d’un œil intéressé les projets de start-up technologiques et artistiques. Tout comme il soutient la création, bien au-delà des frontières de son activité, en s’associant par exemple à la Design Parade d’architecture d’intérieur de Toulon, à l’occasion de laquelle l’enseigne offre 5 000 euros de bourse au lauréat.

Bien des projets éclosent aussi à l’Ecole des arts joailliers, soutenue par la marque, lieu d’initiation grand public où fleurissent les partenariats avec des institutions, les cours de minéralogie et les expositions.


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