Quinze ans après le dernier vol du Concorde, multinationales et start-up préparent le retour des avions supersoniques. Plus petits et moins bruyants, certains de ces jets pourraient voler jusqu’à deux fois plus vite que leur prédécesseur. Cependant, ce transport ne devrait pas se démocratiser avant les années 2040...

Depuis sa mise au placard en 2003, le Concorde continue de fasciner. Malgré les accidents et le manque de rentabilité, le « grand oiseau blanc » reste une icône. Après son dernier vol, on pensait révolue l’ère du supersonique civil… Mais quelques années plus tard, de jeunes entreprises commençaient déjà à présenter des projets de jets capables de dépasser Mach 1 : Aerion en 2007, HyperMach quatre ans plus tard, puis Spike et Boom en 2013 et 2014, soit quatre start-up de l’aéronautique créées exclusivement pour la conception d’avions supersoniques. Utopique ? Ces premières ébauches attirent en tout cas investisseurs et mécènes de poids.

Le plus célèbre, Richard Branson, patron du groupe Virgin, a mis à la disposition de Boom les moyens de sa filiale aérospatiale en échange d’un contrat d’exclusivité. Japan Airlines, Airbus, la Nasa, Lockheed Martin… La liste des géants de l’aéronautique qui s’investissent dans le développement d’avions ultrarapides s’allonge chaque année. Jeff Miller, responsable du marketing et de la communication chez Aerion, explique l’engouement récent des multinationales pour la standardisation du vol supersonique par le fait que « depuis soixante ans, les usagers des avions voyagent à la même vitesse, quand tous les autres moyens de transport font des progrès sur la durée des trajets ». Comme l’Hyperloop d’Elon Musk, un train qui dépasserait les 1 000 km/h, actuellement en cours de création. Il est donc stratégique pour les acteurs du marché de l’aviation de prendre position sur ce créneau.

 

Supersoniques : l’AS2 d’Aerion devrait être testé en 2019 pour une mise en service en 2025.
Supersoniques : l’AS2 d’Aerion devrait être testé en 2019 pour une mise en service en 2025. DR

Si la demande pour des vols supersoniques existe, pourquoi avoir attendu près de dix ans entre la fin des vols civils et les prémices de leur retour ? « Nous avons depuis peu les moyens technologiques et de nouveaux outils pour développer des appareils plus efficaces, annonce Jeff Miller. Notamment des matériaux, comme la fibre de carbone composite, dont l’usage s’est démocratisé. Elle équipe déjà les Airbus A350 et les Boeing 787. » Ces innovations permettent de fabriquer des jets plus rentables, moins lourds et donc moins gourmands en énergie. HyperMach planche ainsi sur un moteur qui consomme 30 % de carburant de moins que le Concorde.

Autre défi pour les entreprises concernées, limiter l’impact du « bang », le bruit d’un objet qui franchit le mur du son. Ces 90 décibels assourdissants ont conduit à l’interdiction du survol des zones habitées par les avions supersoniques et ont ainsi limité leur exploitation. Pour faire évoluer la législation, certaines entreprises, comme Spike ou Lockheed Martin avec la Nasa, travaillent le design et l’aérodynamisme de leurs jets afin de réduire l’onde de choc et le bruit du bang à 60 décibels.

Supersoniques : la standardisation pour 2040 ?

Pour le moment, les constructeurs se focalisent sur des avions aux cabines d’une trentaine de places : des jets privés – la compagnie Flexjet en a commandé vingt à Aerion – ou des appareils destinés à des compagnies aériennes, comme celui de Boom, sur lequel Japan Airlines a pris une option pour vingt exemplaires. Pour l’heure, le marché reste une niche, car il faudra débourser au minimum 5 000 dollars pour un billet aller-retour Londres – New York. Le prix pour rallier ces deux villes en trois heures quinze minutes au lieu des sept heures actuelles.

Avec la multiplication des avions Mach 1 et plus et l’augmentation du nombre de compagnies qui en seront équipées, le prix des billets devrait, selon Jeff Miller, « suivre le même schéma que celui des téléphones portables, d’abord exclusifs puis largement répandus une fois qu’ils seront popularisés ». Son entreprise table sur une démocratisation de ces vols après 2040 et estime qu’Aerion aura construit 600 appareils d’ici là. Ambitieux.

A titre de comparaison, en treize ans de production, le Concorde n’a été fabriqué qu’à vingt unités. Cependant, les planètes semblent alignées pour un retour de ces avions : des entrepreneurs nourris des erreurs d’un Concorde trop en avance et aidés par de nouvelles technologies prometteuses. Si certains cherchent toujours des financements – c’est le cas d’Aerion et d’HyperMach – et si l’ensemble des projets sont encore à l’état de prototypes en modèle réduit, certains de ces grands oiseaux blancs 2.0 devraient, malgré tout, prendre leur envol entre 2020 et 2023. Un nouveau big bang ?


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