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The Good High-Tech

Charlestine, le charme du vintage remis au goût du jour

Reliques d’un passé révolu, désormais inutiles avec leurs gros boutons, leur ampli à lampes et leur façade qui fait voyager de Monte-Carlo à Luxembourg et de Lahti à Baden-Baden, les radios d’antan hantent les vide-greniers et les brocantes. Leurs technologies d’avant-guerre les rendent obsolètes à l’heure de la radio numérique terrestre. Et pourtant, leurs qualités esthétiques demeurent intactes… C’est pour sauver ces vestiges de la casse et de l’oubli que Xavier Barthélemy a créé Charlestine.

Ancien chef de produit pour un site de vente en ligne, Xavier Barthélemy décide, un jour, de quitter un travail qui manquait singulièrement de sens à ses yeux pour s’embarquer dans une aventure où le fait-main et le souci du détail forgeraient son quotidien. Son objectif : récupérer de vieux postes de radio, des années 1910 à 1970, et leur redonner vie en remplaçant la partie électronique par un ampli et un haut-parleur de qualité, et les doubler d’un récepteur Bluetooth afin de leur permettre de jouer la musique de nos portables. Guitariste et passionné de musique, le fondateur de Charlestine avait déjà eu l’occasion de se frotter à l’électronique et à la lutherie, mais en simple amateur.

Le créateur de la société Charlestine, Xavier Barthélemy, récupère des postes de radio hors d’usage et les ressuscite. Après leur avoir redonné une patine, il les équipe d’un ampli et d’un haut-parleur de qualité, et les double d’un récepteur Bluetooth.
Le créateur de la société Charlestine, Xavier Barthélemy, récupère des postes de radio hors d’usage et les ressuscite. Après leur avoir redonné une patine, il les équipe d’un ampli et d’un haut-parleur de qualité, et les double d’un récepteur Bluetooth. DR

Quand il se lance dans l’aventure en solo, avec comme toute mise de fonds ses économies et ses indemnités de licenciement, il lui faut apprendre des techniques d’acoustique, d’électronique mais aussi d’ébénisterie… Car une fois les postes récupérés grâce au Bon Coin ou au bouche-à- oreille – Xavier Barthélemy met un point d’honneur à ne restaurer que des radios hors d’usage –, il lui faut procéder à la réfection de la caisse : boucher les fissures, nettoyer le vernis d’origine sans l’abîmer, remplacer les tissus souvent endommagés qui protégeaient le haut-parleur, remettre des boutons s’ils sont manquants…

Vient ensuite le travail le plus délicat, celui qui concerne l’électronique. Jusqu’aux années 50, les radios étaient amplifiées par des lampes, un composant électronique gourmand en énergie et qui dispersait donc beaucoup de chaleur. L’arrière des radios était donc systématiquement ouvert, pour l’aération. L’invention du transistor a permis de se passer des lampes et, aujourd’hui, seuls les guitaristes et les audiophiles nostalgiques les utilisent encore.

Xavier Barthélemy a opté pour des amplis du XXIe siècle, dits « de classe D », compacts et économes en énergie. Toutes les façades arrière des radios sont donc remplacées par des panneaux de bois fermés qui améliorent à la fois l’acoustique et la puissance de l’enceinte. Les haut-parleurs, dont les membranes ont séché au fil des ans, sont également retirés et les radios reçoivent des modèles récents, au spectre plus large que leurs ancêtres.

Toutes les façades arrière des radios sont remplacées par des panneaux de bois fermés qui améliorent à la fois l’acoustique et la puissance de l’enceinte.
Toutes les façades arrière des radios sont remplacées par des panneaux de bois fermés qui améliorent à la fois l’acoustique et la puissance de l’enceinte. DR

Le but est d’obtenir le son le plus fidèle, le plus droit possible. Les fameux cadrans qui affichent le nom des villes où étaient implantés les émetteurs des stations d’antan font l’objet d’un travail spécifique. Quand ils sont trop endommagés, il faut parfois scanner l’original, le retravailler sur Photoshop et le réimprimer sur une feuille transparente avant de le remettre en place, ni vu ni connu.

Au final, il est impossible de repérer l’intervention de Charlestine.

Pour accomplir ce travail minutieux, Xavier Barthélemy s’est entouré de deux artisans polyvalents capables de mener la rénovation d’une radio de A à Z et de deux artistes qu’il emploie à mi-temps pour la partie esthétique du travail. Il continue néanmoins à vérifier lui-même chacune des pièces qui sortent de son atelier afin de s’assurer de chaque détail.

En 2017, Charlestine a vu arriver de nouveaux investisseurs, ce qui a permis à l’entreprise de pérenniser son activité et de poursuivre son expansion commerciale et technologique. Xavier Barthélemy planche actuellement avec un cabinet d’études sur la conception d’un ampli avec un module sans fil intégré qui lui permettrait de réduire le nombre de soudures faites dans son atelier.

Xavier Barthélemy tient à conserver son statut d’artisan, amoureux du travail bien fait.
Xavier Barthélemy tient à conserver son statut d’artisan, amoureux du travail bien fait. DR

L’argent frais a également permis à Charlestine de multiplier le nombre de distributeurs (Paul Smith et The Good Concept Store au Printemps de l’Homme, à Paris ; Bergdorf Goodman, à New York ; The Conran Shop, à Londres…), les partenariats et les événements, et de participer au salon Maison & Objet. Il envisage un déménagement dans l’Oise, dans un atelier plus vaste que celui de Clichy.

Mais n’allez pas dire à Xavier Barthélemy que Charlestine est une start-up ! Il tient à conserver son statut d’artisan, amoureux du travail bien fait (un seul client a eu recours au service après-vente depuis ses deux ans d’activité) et il est toujours aussi émerveillé par ces vestiges du passé qu’il ressuscite. Magique !

→ www.charlestine.fr


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