Le leader des quotidiens néerlandais n’est pas épargné par la crise de mutation qui secoue la presse mondiale, mais reste le grand mass media du pays. Aussi les investisseurs se sont-ils battus pour en prendre le contrôle avec l’espoir de le rendre, bientôt, de nouveau bénéficiaire.

De Telegraaf : sur tous les fronts

Des news nationales et internationales, des pages people et loisirs, mais aussi une rubrique économie-finance, beaucoup de sport (7 pages chaque jour et 18 le lundi ! ), l’offre éditoriale du Telegraaf reste riche et les moyens, malgré les restrictions budgétaires, sont encore impressionnants. Ainsi, le journal dispose de deux studios vidéo et toujours d’une quinzaine de correspondants exclusifs et permanents, de Pékin à Delhi, de Moscou à New York… Et, sans hésiter, il peut dépêcher à l’autre bout du monde plusieurs envoyés spéciaux comme ce fut le cas, en septembre 2017, lors de l’ouragan Irma aux Antilles, pour trois de ses reporters. Le siège, situé à proximité du port industriel d’Amsterdam, a lui aussi de quoi faire des envieux en France. Deux superbes immeubles de verre de 10 étages reliés par un immense et lumineux hall d’entrée doté d’escaliers mécaniques, et agrémenté d’un mobilier design et d’un décor paysager. Sur la gigantesque façade vitrée derrière laquelle travaillent 600 personnes, une constellation de cercles bleus où figurent tous les titres du Telegraaf Media Groep (TMG), dont le quotidien gratuit Metro. Et si elle a été réduite, l’imprimerie voisine de TMG tourne toujours.

Moscou, New York, Tokyo, Sydney… le journal dispose d’une quinzaine de correspondants permanents dans le monde entier. Il est important de savoir à quelle heure les joindre.
Moscou, New York, Tokyo, Sydney… le journal dispose d’une quinzaine de correspondants permanents dans le monde entier. Il est important de savoir à quelle heure les joindre. Sem Langendijk

La bataille des actionnaires

En dépit de la crise de la presse, on comprend que le titre phare des Pays-Bas reste un placement très convoité, ne serait-ce que pour l’influence qu’il confère. Ainsi, c’est à une bataille homérique que se sont livrés, début 2017, ses actionnaires pour tenter d’en prendre le contrôle. Si, au quatrième trimestre de cette année, la hache de guerre semblait enfin enterrée entre ceux-ci, on revenait de loin. Au mois de mars précédent, le conseil de rédaction du Telegraaf se fendait ainsi d’un communiqué ultimatum adressé au magnat des médias John De Mol (groupe Talpa) pour le sommer de cesser ses tentatives de reprise de TMG, groupe « qui aspirerait à travailler plus efficacement dans un climat apaisé ».

Le siège social du Telegraaf.
Le siège social du Telegraaf. Sem Langendijk

Depuis, détenant quelque 30 % du capital de TMG, le groupe Talpa semble avoir trouvé un modus vivendi avec le belge Mediahuis. Actionnaire largement majoritaire (près de 65 %), Gert Ysebaert, président de Mediahuis, confiait ainsi, avec euphémisme, dans une récente interview, sa volonté de travailler désormais de façon plus constructive avec Talpa : « Il n’est pas inconcevable que nous puissions coopérer compte tenu de nos activités complémentaires, mais cela devra se faire dans un climat de confiance appelé à se développer ».

Diffusé à plus de 400 000 exemplaires, De Telegraaf est un tabloïd généraliste.
Diffusé à plus de 400 000 exemplaires, De Telegraaf est un tabloïd généraliste. Sem Langendijk

L’objectif des deux actionnaires, hier rivaux, est en tout cas identique : que TMG, à commencer par De Telegraaf, puisse retrouver, d’ici à 2019, sa rentabilité. Souhaitons donc bon vent au courageux capitaine Paul Jansen, chargé de redresser la barre afin de sortir du rouge le journal conservateur néerlandais. Et cela sans perdre de vue son ambitieux cap éditorial : fournir chaque jour une information qui soit à la fois « populaire et de qualité ».

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