L’histoire de la maison Charles Heidsieck court sur un siècle et demi. Digne d’un bon scénario hollywoodien, elle lui permet de figurer parmi les stars (discrètes) de la Champagne et d’y tenir vraiment une place à part.

L’histoire de la maison Charles Heidsieck a des airs de roman. Tout commence juste avant la Révolution, lorsque l’Allemand Florens-Ludwig Heidsieck fonde la maison Heidsieck & Cie, en 1785, à Reims. Il mourra jeune et sans enfant. L’un de ses neveux reprend alors les rênes de l’entreprise et en fait la maison Piper-Heidsieck. Mais c’était compter sans un autre neveu, Charles-Henri Heidsieck. En rupture avec l’héritage luthérien, il se fait naturaliser français et se convertit au catholicisme pour épouser une demoiselle Henriot, d’une grande famille rémoise. Sans le dandy aventurier Charles-Camille Heidsieck, l’un des fils de Charles-Henri, nous ne connaîtrions sans doute que la maison cousine Piper-Heidsieck. Nous sommes au tout début du XIXsiècle, le champagne est un vin de rois, servis dans toutes les cours et les cercles militaires gradés, mais ignoré du grand public non champenois. Et il faudra une bonne dose d’inconscience et d’esprit visionnaire à Charles-Camille pour oser imposer sa propre Maison, créée en 1851 et marquée de son prénom, pour exprimer sa singularité.

L’histoire de cette maison de champagne remonte à la fin du XVIIIe siècle.
L’histoire de cette maison de champagne remonte à la fin du XVIIIe siècle. DR

Charles Heidsieck : une aventure rocambolesque

Sûr de la qualité de son champagne, il commence à parcourir l’Europe pour promouvoir sa nouvelle marque et mettre en place un réseau de représentants. Mais c’est des Etats-Unis que viendra le vrai succès. Dès les premières années de la maison Charles Heidsieck, il franchit l’Atlantique et devient un personnage incontournable des plus belles soirées américaines, parmi lesquelles il reçoit rapidement le surnom de « Champagne Charlie ». Il s’amuse du bruit qui se fait autour de lui, sans pour autant être dupe de tant d’attentions. Cela étant, les affaires marchent très fort et il vend jusqu’à 300 000 bouteilles aux Etats-Unis. Véritable ambassadeur de la Champagne, il séduit aussi bien la bourgeoisie d’affaires du Nord que l’aristocratie du Sud… Jusqu’à la guerre de Sécession. Le blocus imposé par le Nord aux Etats confédérés empêche les exportations et la circulation d’argent. Lors de son quatrième voyage, Charles Heidsieck prend tous les risques pour recouvrer d’importantes créances et ne pas mettre en péril sa Maison.

L’histoire de cette maison de champagne remonte à la fin du XVIIIe siècle.
L’histoire de cette maison de champagne remonte à la fin du XVIIIe siècle. DR

Efforts vains : la société est déclarée en faillite et la renommée mondaine de Charles se retourne contre lui. Le général nordiste Benjamin Franklin Butler le fait arrêter en Louisiane pour espionnage et emprisonner dans une geôle sordide. La liberté viendra du président Abraham Lincoln lui-même, qui lui accorde sa grâce, et son histoire restera dans les annales judiciaires américaines sous le nom d’« Heidsieck Case » (l’affaire Heidsieck)… Il rentre en France après deux ans passés aux Etats-Unis, où il ne retournera jamais. « Tombé, mais pas anéanti », comme il le dit lui-même, Charles Heidsieck recrée une société à son nom, reprend la tournée des cours européennes jusqu’en Russie. Dans cette vie pleine de péripéties, un nouveau coup de théâtre survient en 1866, lorsqu’un vicaire américain vient lui annoncer qu’il hérite d’un tiers de la ville de Denver ! Une incroyable nouvelle liée à un petit prêt fait au frère de son importateur new-yorkais, devenu cofondateur de la capitale du Colorado.

Une heureuse renaissance

Cet héritage inattendu lui permet de relancer la Maison sur des bases saines et de truster toutes les cours européennes. Hélas, au fil des générations, les descendants de Charles Heidsieck s’occupent plus ou moins bien de la Maison et le rachat par Rémy Cointreau, en 1985, n’apporte pas le coup de fouet nécessaire pour relancer les affaires. Malgré la grande qualité des vins et la reconnaissance unanime, Charles Heidsieck perd 90% de ses marchés. Il faudra attendre 2011 et le rachat de la maison et de sa cousine Piper-Heidsieck, par EPI, le groupe de la famille Descours, pour que l’entreprise renoue avec le succès. « Christopher Descours a tout de suite vu le très beau potentiel de la Maison, explique Stephen Leroux, patron de la marque. Il a mis sa vision stratégique au service de l’entreprise en repensant les packagings, en reconstruisant les réseaux de distribution tout en préservant ce qui fait notre réputation : l’excellence des vins. »

Stephen Leroux, directeur de la maison Charles Heidsieck depuis 2013.
Stephen Leroux, directeur de la maison Charles Heidsieck depuis 2013. DR

Aujourd’hui, Charles Heidsieck commercialise un peu moins de un million de bouteilles par an, mais trois fois plus qu’il y a cinq ans. « Notre souci est de digérer cette croissance, de préserver la solidité et la qualité de nos approvisionnements, souligne Stephen Leroux. Nous essayons de perpétuer l’esprit visionnaire et dynamique de Charles Heidsieck. Depuis 2014, nous sommes quasiment repartis de zéro, mais les ventes se développent beaucoup par prescription d’amateurs, de restaurateurs et de sommeliers. Choisir Charles Heidsieck comme champagne, c’est raconter un peu de soi. Affirmer ses choix, montrer sa personnalité.» Nous confirmons : ce champagne a quelque chose de plus.*

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