En dix ans, la Chine a construit le plus grand réseau ferroviaire à grande vitesse du monde. Long de 22 000 kilomètres, il devrait atteindre 30 000 kilomètres en 2020. Une expansion qui vise à raccorder les petites villes de l’arrière-pays pour contracter encore plus l’espace-temps.

Parallèlement, l’explosion du prix de la main-d’œuvre et du foncier sur le littoral a forcé les entreprises à déménager d’elles-mêmes dans l’arrière-pays. Le développement du TGV a accéléré cette tendance. De nombreuses sociétés ont déplacé leurs usines dans la banlieue des villes moyennes connectées au TGV. Le management peut ainsi facilement se rendre sur site. Les agglomérations, de leur côté, y gagnent en compétitivité. Selon la Banque mondiale, en effet, la connexion au TGV entraîne une augmentation de 0,5% à 1% du PIB local. Dans un premier temps et de façon assez logique, la Chine avait d’abord déployé son TGV dans les provinces archipeuplées et urbanisées de l’Est et du Centre. Le pays avait déjà un vaste réseau ferroviaire de 10 000 kilomètres, sans cesse étendu depuis les années 50. Utilisé tant pour le transport des marchandises que pour celui des passagers, celui-ci était cependant saturé, avec des densités de trafic dix fois supérieures à celles rencontrées en Europe et des trains plus lents, ne dépassant pas 130 km/h.

Le budget ferroviaire chinois reste le plus important au monde.
Le budget ferroviaire chinois reste le plus important au monde.

Pour accompagner l’urbanisation et répondre à l’explosion des déplacements internes allant de pair avec l’élévation du niveau de vie, la Chine décide, en 2004, de se doter de son propre TGV, avec une vitesse minimale de 250 km/h. Cette année-là, un plan sur quinze ans est adopté à cet effet. Tout s’enchaîne alors. En 2008, la première ligne TGV reliant Pékin à Tianjin, ville voisine de capitale chinoise, en trente minutes contre soixante-dix, est inaugurée quelques jours avant les jeux Olympiques. En 2009, la première ligne de plus de 1 000 kilomètres, le Canton–Wuhan, voit le jour à son tour. Nouveau record en 2012 : la Chine met en service la plus longue liaison TGV du monde, le Pékin–Canton, soit 2 300 kilomètres, avalés en huit heures, contre vingt-deux auparavant. « Entre 2010 et 2015, la priorité numéro un était de construire les quatre lignes verticales et les quatre lignes horizontales formant le maillage de base. Le gouvernement va maintenant étendre ce réseau, en construisant des branches à partir de ces couloirs principaux, note Rachel Miu, analyste spécialiste des transports au sein de la banque DBS, à Singapour. Le gouvernement va investir, mais de façon plus ciblée. Les investissements vont être plus faibles que durant les cinq années écoulées. » Après avoir augmenté sans arrêt au cours du plan quinquennal qui vient de s’achever, le budget ferroviaire chinois a en effet baissé en 2016. Il reste néanmoins le plus important au monde : l’équivalent de 105 milliards d’euros ont été alloués pour 2017, soit un peu plus de 3 fois le chiffre d’affaires de la SNCF (32,3 milliards d’euros en 2016).