Un astéroïde aurait causé la disparition des dinosaures... Autant dire que l’enjeu est suffisamment important pour que les savants imaginent des solutions pratiques applicables afin de diminuer les risques de collision entre la Terre et ces cailloux célestes.

La forme de l’objet a aussi son importance. Pour ne donner qu’un exemple : le 19 avril dernier, un astéroïde de 1,3 kilomètre est passé à « seulement » 1,8 million de kilomètres de la Terre, et les observations ont montré qu’il était deux fois plus gros que prévu. Et pour cause : il était en forme de cacahuète, ne montrant à la Terre que son plus petit côté. Pas facile de percuter un objet pareil et d’en prédire les conséquences… D’où une troisième méthode, plus douce, mais encore plus lente : celle du tracteur gravitationnel. Ici, l’idée est d’envoyer une sonde plutôt massive à proximité de l’astéroïde sans créer de contact physique. Il s’agirait alors de les laisser cheminer côte à côte pendant des décennies. Théoriquement, la seule présence de cette sonde créerait une force gravitationnelle suffisante pour dévier l’astéroïde progressivement. Voire pour le guider, ce qui, là encore, n’est pas sans créer quelques tensions diplomatiques. Car potentiellement, avec une telle approche, l’astéroïde pourrait être transformé en une arme capable de rayer une région ou un pays de la carte.

Pour les scientifiques, il faudrait renforcer la surveillance des astéroïdes s’approchant de la Terre.
Pour les scientifiques, il faudrait renforcer la surveillance des astéroïdes s’approchant de la Terre. Greygouar

Renforcer la surveillance 

Avant d’en arriver là, il faudrait réussir à améliorer la détection de ces objets célestes. « Les astéroïdes ont des tailles et des luminosités très variables, explique Antonella Barucci. Ils sont parfois très durs à détecter. » Ainsi, le 15 février 2013, personne n’a vu venir l’astéroïde de 15 à 17 mètres dont les fragments sont tombés dans une zone urbanisée de Tcheliabinsk, dans l’Oural, en Russie, blessant un millier de personnes. Aucun des télescopes dédiés, dont le Catalina Sky Survey, aux Etats-Unis, en Arizona, ou le Siding Spring Survey, en Australie, ne l’avait repéré. D’ici à deux ans, l’Europe ambitionne d’ajouter un autre télescope au réseau. Ainsi,  chaque soir, en Sicile, le Fly Eye scannera le ciel pour détecter les astéroïdes et les débris spatiaux. Une telle installation permettra, en outre, de mieux calculer leur trajectoire, y compris lorsqu’ils passent dans l’atmosphère terrestre. En 2008, la détection d’un astéroïde vingt heures avant qu’il s’écrase au Soudan avait permis de comparer sa brillance et sa couleur dans l’espace et l’atmosphère et de confronter le tout aux quelque 600 fragments retrouvés au sol. Pour aller encore plus loin dans la compréhension de ces objets, deux missions spatiales (Hayabusa 2 et Osiris-Rex) sont parties, en 2014 et en 2016, prélever des échantillons sur deux astéroïdes croisant la trajectoire de la Terre. Leur arrivée, prévue l’an prochain, constitue un pas de plus vers une meilleure connaissance des astéroïdes, mais également vers une éventuelle future… exploitation minière ! En outre, l’impacteur cinétique pourrait être prochainement testé en condition réelle sur un astéroïde de 150 mètres de long, lors de la mission Asteroid Impact and Deflection Assessment (AIDA). Un projet international dont seul le volet américain – celui de l’impacteur cinétique –, est pour le moment accepté. La partie européenne, chargée de suivre l’opération pour recueillir un maximum de données, reste quant à elle en suspens, créant l’insatisfaction des scientifiques. « Oui, les décès causés récemment par des météorites se comptent sur les doigts d’une main, explique Patrick Michel. Oui, la probabilité d’un impact destructeur est faible, mais, à l’inverse des tremblements de terre ou des ouragans, ce risque est la seule menace naturelle qu’on pourrait éradiquer. Alors, pourquoi ne pas le faire ? »

L'Asteroid Day

Afin de sensibiliser les politiques et le grand public à la question du risque d’impact avec des astéroïdes, les scientifiques ont réclamé aux Nations unies la mise en place de l’Asteroid Day. Depuis 2014, celui-ci se déroule désormais tous les 30 juin. Une date qui n’a pas été choisie au hasard : le 30 juin 1908, à 7h du matin à Toungouska, en Sibérie centrale, un astéroïde a détruit les forêts sur un rayon de 20 kilomètres. Il s’agirait du plus gros impact de l’histoire humaine.

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