Traditionnellement synonyme de croissance économique et industrielle, le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) constitue également l’un des plus grands producteurs de déchets. Or, ces derniers représentent un gisement de matières premières qui est loin d’être négligeable.

«Quand le bâtiment va…» En 2014, les activités du BTP ont engendré un total de 227,5 millions de tonnes de déchets, soit environ les trois quarts des déchets produits en France. Autant dire que leur traitement est une problématique cruciale ! Les déchets issus de ce secteur sont de trois types : inertes (brique, béton, verre), non inertes-non dangereux (bois, plastique, métal) et dangereux (amiante, solvants, peinture). Les déchets inertes représentent 80% de la production. Sa valorisation constitue donc un enjeu économique et environnemental et offre une alternative majeure à l’enfouissement. Dans cette optique, l’Europe a fixé un objectif de 70% de valorisation des déchets non dangereux d’ici à 2020. Un objectif qui a également été adopté dans la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte de 2015. Aujourd’hui, environ 50% des déchets du BTP français sont valorisés. Améliorer le tri à la source, développer le maillage territorial des installations de collecte de tri et de recyclage, réussir à impliquer et à sensibiliser l’ensemble des acteurs de la maîtrise d’ouvrage à la maîtrise d’œuvre : les défis restent importants.

The Good Life fait le point avec Denis Silio, patron d’Allieco Environnement, centre de tri dédié aux déchets du BTP.

Denis Silio, patron d’ Allieco Environnement, centre de tri dédié aux déchets du BTP.
Denis Silio, patron d’ Allieco Environnement, centre de tri dédié aux déchets du BTP.

The Good Life : Comment est née Allieco ?
Denis Silio : Nous sommes trois associés venant de secteurs d’activités différents. Thibaud Marie, du secteur des déchets, Geoffroy Marie, des travaux publics, et moi-même, du bâtiment. En 2012, nous avons décidé de nous associer après avoir constaté le manque de valorisation de la quantité de déchets produits par le BTP. C’est ainsi que le centre Allieco Environnement a été créé en 2012, à Taverny, dans le Val-d’Oise, et a été mis en exploitation à partir de 2013. Dès le début du lancement de notre activité, les flux de déchets étaient conséquents et démontraient la pénurie de centres de valorisation. Face à un tel besoin, il a fallu qu’on adopte une organisation tout à fait différente. Nous avons réorienté notre stratégie en investissant, notamment, dans la recherche et le développement. L’idée est de collecter ce qui se trouve à proximité, de le trier et de le valoriser avant de le réintégrer à l’échelle locale. Aujourd’hui, nous employons une quarantaine de personnes pour un chiffre d’affaires de 10 M.

TGL : Comment avez-vous développé votre offre ?
D. S. : 90 % des déchets issus du secteur du bâtiment sont enfouis sans valorisation, donc les prix de l’enfouissement dictent le marché. Il nous a fallu deux ans pour mettre en place des filières en local. Dans une benne, vous avez une cinquantaine d’articles. Pour chaque filière, nous avons réalisé un audit financier afin de tester la compétitivité par rapport à la technique de l’enfouissement. Il existe deux types de valorisation: la matière et l’énergie. Nous travaillons en étroite collaboration avec les industriels du secteur pour assurer les objectifs de compétitivité, de qualité des matériaux et d’approvisionnement constant et régulier. Nous sommes implantés au cœur d’une agglomération où l’espace est réduit et l’emprise foncière, élevée. Nous préconisons des installations de petite taille avec des chaînes de tri performantes afin de maximiser la valorisation à proximité. Aujourd’hui, nous valorisons 95% des déchets que nous recevons. Les 5% restants sont dus à leur coût de triage et de valorisation trop élevé. Une autre dimension qui nous paraît essentielle est l’intégration du rejet de CO2 et l’impact du trafic routier dans notre approche. La réflexion se passe au niveau local. Il faut utiliser ce qu’il y a alentour et mettre en place un modèle d’économie circulaire.

La valorisation des déchets offre une alternative majeure à l’enfouissement.
La valorisation des déchets offre une alternative majeure à l’enfouissement.

TGL : Quels sont vos principaux obstacles ?
D. S. : Le plus gros défi est de réussir à changer la perception à propos des déchets. Il faut les voir comme des matières premières et des ressources plutôt que comme des choses négatives. Pour les collectivités, c’est une véritable opportunité, car la valorisation offre sept fois plus d’emplois que l’enfouissement. Pourtant, l’accès au foncier dans les agglomérations peut être problématique. L’autre grand défi qui nous attend est la gestion des déchets en Ile-de-France avec l’impact du Grand Paris. Et ce, même si des initiatives comme le plan régional de prévention et de gestion des déchets issus des chantiers
du bâtiment et des travaux publics (Predec) ont été mises en place.

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