Celle qui fut capitale quand l’Allemagne était divisée cache bien son jeu. Devenue simple ville fédérale, elle abrite aujourd’hui le siège de plusieurs entreprises internationales, accueille diverses instances de l’ONU et reste le point d’ancrage de quelques ministères d’un pays réunifié. Drôle de destin.

L’éducation, une priorité à Bonn  

Le pouvoir, l’ONU, les médias… Tout cela tient dans un mouchoir de poche. Reste, à quelques pas de là, l’une des plus grosses entreprises de la ville, Deutsche Post DHL, qui domine le Rhin depuis sa tour de 162 mètres de haut. Tout autour, des drapeaux jaune et rouge, couleurs du transporteur, indiquent les nombreux bureaux. Bonn a eu de la chance. Quand le ministère fédéral des Postes et des Télécommunications est privatisé dans les années 90, il donne naissance à trois nouvelles entités, dont Deutsche Telekom et Deutsche Post (qui rachètera DHL). Les deux choisissent de rester à Bonn et d’en faire leur quartier général. Chez Deutsche Telekom, en 2014, environ 15 000  salariés travaillaient à Bonn sur les 218 000 personnes employées dans le monde.

La tour de la Deutsche Post DHL, composée de deux groupes majeurs : Deutsche Post (transport de courrier et de colis en Allemagne) et DHL (transport international).
La tour de la Deutsche Post DHL, composée de deux groupes majeurs : Deutsche Post (transport de courrier et de colis en Allemagne) et DHL (transport international). Bérénice Debras

Les ronds de jambe à l’ONU ont fait boule de neige, attirant près de 150 ONG, dont 4C Association (développement durable dans le café) et IPC (Comité international para­lympique). Sans compter les instituts de recherche qui fleurissent. Avec l’argent de la compensation, Bonn a fondé l’université Hochschule Bonn-Rhein. « Notre mission est de fournir des cerveaux pour l’industrie future des sciences appliquées. Initialement, l’université était prévue pour 2 500 élèves, mais nous en compterons bientôt près de 10 000 », note Michael Flacke, responsable communication et marketing de l’université. L’éducation a toujours été la priorité de la ville. L’université de Bonn, créée en 1818, a toujours attiré les rejetons des meilleures familles allemandes. Mais pas uniquement : publique et gratuite, elle accueille de nombreux étudiants étrangers (130 nationalités). Mais on est loin de l’ambiance de l’après-guerre, quand les étudiants consacraient un semestre à reconstruire la ville, faute d’ouvriers !

Bonn en chiffres

  • Superficie : 141 km2.
  • Population : 322 960 habitants en 2015.
  • 16 000 petites et moyennes entreprises.
  • 7e aéroport en Allemagne en unités de trafic de fret.
  • 1,3 million de nuitées hôtelières.
  • 35 000 étudiants environ.
  • 500 étudiants environ à l’Académie King Fahd.

Ensemble, l’université et l’hôpital universitaire de Bonn comptent près de 10 000 employés et on compte environ 35 000 étudiants. La ville, pourtant, semble désespérément endormie – à l’exception du carnaval. Où sortent les jeunes ? A cette question posée à plusieurs d’entre eux, la même réponse : un soupir, un silence et, soudain : « A Cologne ! » A moins de 25 minutes en train, ils s’y rendent dès le vendredi soir.

Une ville chère et assez peu distrayante

« Les jeunes se plaignent souvent que la ville ne fait pas assez pour eux. Ce n’est pas faux », lance Dominik, étudiant en sciences. Ouvrir un café ici ? Vous n’y pensez pas ! C’est beaucoup trop cher. Et avec le salaire minimum [à 8,50 euros l’heure, minimum imposé depuis janvier 2015, NDLR], les bars, qui avaient l’habitude de payer entre 6,50 et 7 euros de l’heure leur barman, ont du mal. A cela s’ajoutent les loyers prohibitifs. »

La tour occupée par l’ONU, ancien bâtiment dédié aux députés, Bonn.
La tour occupée par l’ONU, ancien bâtiment dédié aux députés, Bonn. Bérénice Debras

Stefan Horst en sait quelque chose. Cet agent immobilier de Dahler & Company reconnaît : « Bonn n’est pas une ville “normale”. La plupart des fonctionnaires sont partis, mais de très grosses entreprises sont implantées ici. Cela fait grimper les prix et augmenter le nombre de ventes malgré la crise. La fourchette de prix d’une maison varie de 200 000 euros à 1,5 million pour une surface de 150 à 250 m2. Le prix au mètre carré, pour un appartement, oscille entre 1 500 et 4 500 euros. » Plusieurs bâtiments sont toutefois encore vides. Certains pays les ont abandonnés en déménageant leur ambassade et leur personnel à Berlin. Qui en a la responsabilité ? Difficile à dire quand ils sont en guerre comme la Syrie.

Basecamp Hostel propose des caravanes installées dans un décor de cinéma étonnant.
Basecamp Hostel propose des caravanes installées dans un décor de cinéma étonnant. Bérénice Debras

Tout cela confère à certaines rues désertes du quartier chic de Bad ­Godesberg une ambiance presque surréaliste. Depuis 2013, BaseCamp Hostel pimente la vie locale avec son camping indoor de caravanes des années 50-80, agencées par une décoratrice de plateaux de télé, de cinéma et de théâtre. « Au début, les gens pensaient que c’était un musée de caravanes ! » s’amuse Thomas Lenz, en charge de la stratégie et de l’image. Nous visions un public de groupes scolaires, de backpackers et d’étudiants. Nous avons, en plus, une clientèle business et une autre qui voyage en fonction d’hébergements design et non des ­destinations. Le mélange est amusant : le matin, des gens en costume-cravate sortent des ­caravanes pour aller travailler chez Deutsche ­Telekom au coin de la rue. A Berlin, le projet serait passé inaperçu. Ici, c’est totalement inattendu. »

Bonn a du chemin a faire pour entrer dans les radars de la hype. Le maire, Ashok Sridharan, élu en 2015, s’est donné, entre autres missions, celle de changer l’image de la ville. Good idea !

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