Producteur historique de liège, le Portugal s’est longtemps adossé à la consommation croissante de vin dans le monde pour augmenter sa production, destinée essentiellement à la fabrication de bouchons. Mais l’émergence de nouveaux matériaux l’a obligé à sortir de sa zone de confort. Et, dès les années 2000, l’industrie du secteur a commencé à diversifier l’utilisation du liège...

La guerre des bouchons 

De l’amphore aux magnums de champagne, cette matière première s’est imposée très tôt comme le matériau idéal pour sceller les bouteilles. Imperméable, imputrescible, elle laisse en prime le vin respirer. Sur les 18 milliards de bouteilles produites annuellement dans le monde, 12 milliards sont encore fermées avec des bouchons en liège. Et 70 % de la production mondiale de liège est consommée par l’industrie vinicole. Une situation qui se fragilise toutefois à partir des années 70. Au cours de cette décennie, son hégémonie commence à être contestée. Des études montrent notamment qu’il serait responsable du goût de bouchon dans 95 % des cas. Son utilisation se voit ainsi de plus en plus concurrencée par celle des bouchons à vis ou en plastique. Si les viticulteurs français résistent, ces bouchons ont été, en revanche, rapidement adoptés par les nouveaux venus sur la scène vinicole comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande. « Le liège était en situation de quasi-monopole jusque dans les années 90. Puis le plastique est arrivé. En 2005, il est déjà utilisé pour 4 milliards de bouteilles », explique Carlos de Jesus, directeur de la communication et du marketing du groupe portugais Amorim, l’un des premiers producteurs mondiaux.

Le liège, un patrimoine portugais

L’industrie du liège doit se battre pour garder son leadership

Le Portugal lance alors des campagnes de sensibilisation sur l’importance économique, culturelle et environnementale de cette matière première. On peut ainsi voir, au milieu des années 2000, l’entraîneur de football portugais José Mourinho vanter les mérites du liège dans un spot publicitaire financé par l’Association portugaise du liège (Apcor). Le sursaut sera également porté par les producteurs eux-mêmes, qui trouvent des relais de croissance chez les nouveaux consommateurs de vin, en Chine, en Russie ou au Brésil. Surtout, ils s’efforcent de faire monter leur produit en gamme, de le différencier en le transformant davantage afin qu’il ne soit plus vendu comme une simple matière première, mais plutôt comme un produit transformé, manufacturé : « Nous avons essayé de “décommoditiser” le liège , résume Carlos de Jesus. Nous avons renforcé la qualité des bouchons, notamment pour les vins haut de gamme, et nous avons diversifié notre offre, pour proposer des modèles allant de 50 centimes à 2 euros. » Ils développent ainsi des bouchons dits « techniques », composés de plusieurs parties collées ou assemblées, plus chers et destinés aux grands vins et au champagne. Cette stratégie, aidée par un retour des consommateurs vers les ­produits naturels, a finalement permis aux producteurs portugais de résister à l’essor des bouchons en plastique. « Aujourd’hui, leur part est retombée à 2 milliards d’unités par an », note Carlos de Jesus. Le secteur du liège a, lui, connu une croissance de 7 % par an depuis le tournant des années 2010. Une aubaine pour les chiffres du commerce extérieur portugais. Les exportations de liège représentent actuellement près de 16 % des exportations du pays.

 

Du liège dans les avions ?

Mais ce succès est également le résultat de la campagne de diversification des usages du liège amorcée par les producteurs. ­Depuis une dizaine d’années, il occupe une place grandissante dans l’ameublement et la décoration. C’est toutefois le marché de la construction qui lui offre de nouveaux ­débouchés, en mettant notamment à profit ses incontestables qualités d’isolant thermique et sonore. Tout récemment, il a prouvé son utilité lors de la rénovation des stades de football destinés à recevoir les matchs de l’Euro 2016. En France, quatre stades se sont servis du liège comme substrat pour leur pelouse, afin d’améliorer le drainage et la résistance du gazon. Près de 20 % du liège produit dans le monde est désormais consommé par ce secteur. Il pourrait même bientôt devenir un matériau technologique à part entière alors que l’industrie du transport s’y intéresse de très près. Le groupe Amorim a ainsi créé une filiale, Amorim Cork Composites, consacrée spécifiquement à la recherche et au développement de nouveaux usages pour le liège. Elle a, entre autres, collaboré avec Siemens dans le cadre du projet de métro Inspiro, pour lequel elle a conçu des ­panneaux en Alucork, un matériau composé de liège et d’aluminium, plus léger de 40 % que des produits métalliques équivalents. La filiale étudie même l’utilisation du liège dans l’aéronautique, afin de réduire le poids des avions. Entre préservation du patrimoine et diversification technologique, l’industrie portugaise a ainsi réussi à faire entrer le liège dans le XXIe siècle… Et voilà le travail !