Lauriane Pierlot

The Good Brains :
4 acteurs majeurs de l'économie péruvienne 1/2

Exploitation minière, assurances, agroalimentaire, banque... Ces businessmen tiennent entre leurs mains l'économie du Pérou et ont tous des têtes bien faites et des idées qui font bouger les lignes.

  • 3. Alberto Rodríguez, le directeur de la Banque mondiale de la zone péruvienne, Bolivie, Chili et Venezuela

The Good Life : Celle péruvienne est la deuxième économie la plus dynamique d’Amérique latine après le Panama. Quels sont ses principaux atouts ?
Alberto Rodríguez : L’économie péruvienne est l’une des plus prometteuses du continent, avec une croissance moyenne de 5,3 % de l’année 2000 à aujourd’hui. Outre la grande richesse de son sous-sol, ses facteurs clés de succès sont multiples. D’abord, le Pérou se démarque par une gestion publique extrêmement conservatrice au niveau macro, qui a permis au pays de maximiser ses réserves en capitaux pour atteindre aujourd’hui 32 % de son PIB, contre 17 % en 2000. C’est deux fois plus qu’au Chili ou qu’en Colombie. Par ailleurs, les gouvernements successifs ont tenu la barre et maîtrisé l’inflation au long cours (autour de 2,9 %). Conséquence : les obligations sont les deuxièmes les moins chères de tout le continent. Aujourd’hui, on peut dire que le pays affiche des fondamentaux solides et qu’il inspire confiance aux investisseurs étrangers. Sans oublier le tourisme et la gastronomie, qui offrent au pays une aura à l’international.

TGL : Quels ont été les impacts de cette croissance sur la population péruvienne ?
A. R. : La forte croissance du taux d’emploi et des niveaux de salaires a profondément transformé la population. Entre 2004 et 2015, plus de 9 millions de Péruviens sont sortis de la pauvreté, faisant chuter le taux de pauvreté extrême de 16 à 4 % pendant que la part des classes moyennes explosait. Nous avons vu aussi les inégalités chuter considérablement. Preuve en est la démocratisation des téléphones portables, dont le taux d’équipement approche les 100 % à Lima. Le pays reste néanmoins excessivement centralisé, notamment en ­raison du manque d’infrastructures. Résultat : aucune autre grande ville n’a su ­véritablement tirer son épingle du jeu de ce boom économique.

TGL : Quels sont les grands défis à venir pour le pays ?
A. R. : Outre la santé et l’éducation, qui demeurent des chantiers majeurs au Pérou, le grand défi reste celui de l’informel. Lima doit être l’une des seules capitales du monde où l’on demande encore le prix de la course avant de monter dans un taxi, car aucun véhicule n’est équipé d’un compteur ! Au total, près de sept Péruviens sur dix travailleraient dans l’économie informelle, ce qui pénalise fortement la productivité et la compétitivité du pays et entretient un cercle vicieux pour l’économie puisque cela l’empêche de monter en efficacité, et donc en puissance. C’est le grand challenge de la prochaine décennie.

Alberto Rodríguez, directeur de la Banque mondiale de la zone Pérou, Bolivie, Chili et Venezuela. – the good life
Alberto Rodríguez, directeur de la Banque mondiale de la zone Pérou, Bolivie, Chili et Venezuela. – the good life Stevens Frémont

 

Avec un patrimoine estimé à plus de 1,6 milliard de dollars, Eduardo Hochschild est l’une des deux seules personnalités péruviennes à figurer dans le très exclusif classement Forbes, qui réunit les plus grandes fortunes de ce monde. Et pour cause : à 54 ans, ce fervent catholique aux lointaines origines alle­mandes, père de quatre enfants, est à la tête de la compagnie péruvienne leader dans l’exploitation d’or et d’argent. Fondée par son grand-oncle en 1911 et cotée à la Bourse de Londres depuis 2006, Hochschild Mining opère aujourd’hui des mines au Pérou, en ­Argentine et au Chili pour un chiffre d’affaires qui avoisinait 470 millions de dollars en 2015. Activités auxquelles s’ajoute désormais le ­matériau de construction, depuis le rachat, en 2011, de la compagnie Cementos Pacasmayo. Mais derrière le sage costume de l’ingénieur devenu businessman se cache un véritable féru d’art contemporain – il possède la collection d’art andin la plus importante du monde, récemment primée d’un A à ARCO, la célèbre foire internationale d’art contemporain de ­Madrid – doublé d’un prodigieux philanthrope, particulièrement impliqué dans l’éducation de la jeune génération au Pérou. « C’est le rêve de ma famille. Ma grand-mère était elle-même diplômée d’Harvard et éducatrice. Nous avons toujours eu à cœur de soutenir des projets en ce sens », confiait-il récemment dans une interview au quotidien espagnol El País. Son dernier coup d’éclat ? L’UTEC, une université de pointe située à quelques encablures de la promenade de Miraflores et un petit bijou architectural récemment primé à la Biennale de Venise. L’établissement propose – sans but lucratif – une formation d’excellence aux ingénieurs de demain, ainsi que l’opportunité de fréquenter, le temps d’un semestre, les bancs des universités étrangères les plus prestigieuses, dont Harvard et le MIT. Une vraie promesse dans ce pays où l’éducation supérieure reste le privilège d’une minorité. Et la « Hochschild Touch » offre par ailleurs un semestre d’initiation à l’art pour tous les ­étudiants. « Ce que nous leur apprenons, c’est à résoudre des problèmes dans le monde réel. Et pour cela, il faut une part de créativité. (…) C’est ce qui nous distinguera des robots de demain », confiait-il lors de l’inauguration. ­Visionnaire…

Eduardo Hochschild, président de Hochschild Mining, l’un des acteurs de l’économie péruvienne. – the good life
Eduardo Hochschild, président de Hochschild Mining, l’un des acteurs de l’économie péruvienne. – the good life Bloomberg / Getty Images

 

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