Barcelone.

Economie espagnole :
trois questions au spécialiste Jésus Castillo

A force de mesures drastiques, l'Espagne a su restaurer une économie en miettes et bénéficie aujourd'hui de résultats spectaculaires. The Good Life a rencontré l'économiste Europe du Sud chez Natixis pour comprendre comment.

The Good Life : M. Castillo, comment expliquer les spectaculaires résultats de l’économie espagnole ?

Jésus Castillo : L’Espagne a profité de la conjonction de plusieurs facteurs favorables. D’abord, il y a eu la conjoncture internationale : diminution de l’inflation grâce à la baisse du prix du pétrole et des matières premières, baisse des taux d’intérêt et dépréciation de l’euro qui a soutenu les exportations européennes. Il y a eu aussi des causes domestiques : après une politique d’austérité très dure entre 2008 et 2012, on a observé, depuis 2013, un relâchement de cette politique restrictive pour une politique budgétaire plus neutre qui a permis le retour de la croissance. Enfin, les réformes structurelles menées en Espagne, comme l’assouplissement du marché du travail et l’assainissement du secteur bancaire permettant à celui‑ci de jouer son rôle de soutien à l’économie, ont commencé à porter leurs fruits.

Jésus Castillo, économiste Europe du Sud chez Natixis.
Jésus Castillo, économiste Europe du Sud chez Natixis. DR

TGL : Cette reprise économique peut‑elle être durable ou est‑elle encore fragile ?

J. C. : Selon moi, elle est plutôt durable. Les bases de la reprise sont saines, car l’investissement des entreprises a redémarré. Et malgré le retour de la demande intérieure, il n’y a pas eu de creusement du déficit commercial. On observe un changement dans la structure du modèle espagnol qui se dirige vers l’offre plutôt que vers l’endettement.

TGL : Existe-t-il toutefois des risques de rechute ?

J. C. : La première difficulté tient à la qualité des emplois créés, précaires et sans grande qualification, comme avant la crise. La deuxième est l’absence de consolidation des finances publiques ; les améliorations constatées sont plus cycliques que structurelles, donc soumises à d’éventuels retournements de cycles. Dernière source de risque : le manque d’investissements publics et privés dans la recherche et le développement. La spécialisation de la production espagnole sur le moyen de gamme ne protège pas à long terme nos exportations de la concurrence extérieure.