Un journal qui « clame sa libanité dans la langue de Molière » : c’est la jolie définition qu’Issa Goraieb, son actuel éditorialiste et ancien patron de la rédaction, pendant vingt‑six ans, donne du seul et emblématique quotidien francophone de Beyrouth.

Des éditoriaux courageux
C’est parce que lui aussi se refusait à cette partition de Beyrouth entre secteurs chrétien et musulman, entre clans dits conservateur et progressiste, qu’Issa Goraieb, l’actuel éditorialiste de L’Orient-Le Jour, et rédacteur en chef à l’époque, s’obligeait, comme nombre de ses collègues, à franchir cette mortelle ligne de démarcation pour rejoindre le journal ou son domicile. « Je ne veux pas que mes enfants, en ne me voyant pas venir les retrouver chaque soir, se fassent à l’idée de cette séparation », me confiait-il dans les années 70-80, alors qu’il était aussi le correspondant du journal Le Point, dont j’étais l’envoyé spécial. Aujourd’hui comme hier, cet homme de conviction, qui se distingue par sa modération dans ce Liban des passions et, souvent, des extrémismes, fait toujours preuve du même courage dans ses éditoriaux, qui ont marqué toute une génération de lecteurs.

Le 14 avril 2015, le quotidien L’Orient-Le Jour consacrait sa une au 40e anniversaire du début de la guerre du Liban, qui sévit de 1975 à 1990.
Le 14 avril 2015, le quotidien L’Orient-Le Jour consacrait sa une au 40e anniversaire du début de la guerre du Liban, qui sévit de 1975 à 1990. DR

Cité dans le remarquable livre sur L’Orient-Le Jour écrit par Michel Touma, directeur de ce quotidien, l’éditorialiste Issa ­Goraieb souligne : « Notre journal a été, au Liban, le premier à dé­noncer l’occupation syrienne. Contrairement aux autres organes de presse, nous faisions état d’ “occupation syrienne” et non de “présence syrienne”. Nous avons rejeté, évidemment, ­l’occupation israélienne, de même que nous avons condamné sans détour les atteintes syriennes et palestiniennes à la souveraineté du Liban. » Autant de prises de position courageuses et de pieds de nez à la censure, un temps imposée, qui vaudront à Issa Goraieb, entre autres intimidations, de recevoir la visite d’un officier syrien qui lui précisera que « soulever le cas de la minorité alaouite qui gouverne la Syrie » est « une ligne rouge à ne jamais franchir »… Une épée de Damoclès qui, pour les journalistes de L’Orient-Le Jour, était, et est encore dans une certaine mesure, une réalité quotidienne tant son franc-parler ne ménage personne. Et la talentueuse Scarlett Haddad, qui enquête et écrit régulièrement sur le Hezbollah, est bien placée pour savoir combien l’exercice est périlleux…

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