Idéaliste ? Peut-être… Ce touche-à-tout de grand talent, cofondateur de Webhelp, réconcilie numérique, business et culture avec beaucoup de brio et même, allons‑y, avec un certain panache. Son dernier challenge ? Faire du magazine Beaux Arts, qu’il a racheté en 2016, une pépite du genre.

Éclectique. L’adjectif va comme un gant à Frédéric Jousset. À la fois mécène et money maker, esprit curieux, amateur de sensations fortes et assoiffé de défis en tous genres, ses innombrables passions vont du management à l’alpinisme ou à la plongée sous-marine ; de la finance à la course automobile ou au marathon ; du pilotage d’hélicoptère à la collection de peintures contemporaines ; de l’École des hautes études commerciales (HEC) à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN)…

Frédéric Jousset, un businessman atypique

Cet homme est commandeur de l’ordre du Ouissam alaouite du royaume du Maroc, mais aussi commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres et détenteur de la médaille d’argent de l’administration pénitentiaire. Cofondateur de Webhelp (@Webhelp_groupe), une entreprise de centre d’appels téléphoniques, mais également actionnaire d’une chaîne de trattorias à Paris. Amateur de voitures anciennes, mais aussi de musique électronique. Résident de la holding d’un groupe employant 40 000 personnes dans 25 pays et réalisant un chiffre ­d’affaires de 800 millions d’euros, mais aussi ancien président de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris… Ouf ! On pourrait continuer longtemps cet inventaire multifacettes de Frédéric Jousset, qui, à 47 ans, vient de s’offrir (pour 5 millions d’euros), le magazine Beaux Arts.

 

Le point commun à tout cela ?

C’est la question que The Good Life lui a posée, à l’occasion de l’un de ses passages éclairs à Paris. « J’adore les challenges et l’énergie qu’il faut mettre pour faire aboutir un projet. C’est ce que je ­retrouve avec l’aventure du magazine Beaux-Arts dans laquelle je me lance aujourd’hui », explique-t-il. Son objectif, au-delà d’assouvir son goût d’esthète, est de mener à bien la transformation numérique de ce titre prestigieux et rentable qui compte 30 000 abonnés, mais aussi, confie-t-il, de « créer un “vertical art-tech” », au croisement de l’art et de la technologie, avec l’ambition « de faire émerger une Silicon Valley française de start-up dans le domaine culturel, car la culture reste un domaine d’excellence en France. Beaux-Arts, c’est un investissement pour gagner de l’argent. Ce n’est pas comme lorsque je donne de l’argent au Louvre, ce n’est pas du mécénat. » Sur ces deux chapitres, art et business, Frédéric Jousset a de qui tenir : côté paternel, il est, depuis cinq générations, dans la lignée d’une famille d’entrepreneurs qui n’ont jamais repris l’affaire du prédécesseur (incroyable !). Quant à sa mère, il s’agit de Marie-Laure Jousset, l’ancienne conservatrice générale responsable du design au Centre ­Pompidou…

 

Un goût immodéré pour les défis physiques

Quant à sa passion pour les sports extrêmes l’a mené aux sommets du ­Kilimandjaro, du mont Blanc et du Shishapangmaet, qui lui a fait courir le marathon de New York et, plus récemment, celui de Pyongyang en trois heures et demie – afin, dit-il, « de profiter de l’occasion pour découvrir la Corée du Nord » –, ­Frédéric Jousset le justifie comme cela : « Le sport est ­indispensable pour une bonne hygiène de vie. Si je n’en fais pas, c’est le burn-out assuré ! Or, une carrière, c’est comme un marathon : il faut tenir une cinquantaine d’années ! » Et s’il n’a pas besoin de dormir plus de cinq heures par nuit, il récupère lors de courtes siestes durant ses déplacements en taxi ou en avion. « C’est à l’armée que j’ai appris, comme d’ailleurs beaucoup d’autres choses, à récupérer, même dix ou quinze minutes, dès que j’en ai l’occasion. » L’armée ? Volontaire pour un service long de quatorze mois au 6e régiment parachutiste d’infanterie de marine. Diplômé d’HEC, certes, mais pas du genre à faire son service militaire planqué dans une administration ou au service commercial d’une ambassade. C’est aussi en tant qu’officier au sein de cette unité combattante qu’il a appris « la résistance phénoménale du corps humain », la réalité de la mixité sociale et, surtout, l’art de mener des hommes, d’être un leader et pas seulement un manager.

 

Il ne se trompe pas sur l’échelle des valeurs

Peu enclin à se décourager, il avoue cependant « être navré par le déclassement progressif de la France, qui ne cesse de reculer par rapport à l’Allemagne. C’était deux pays réconciliés et de même niveau quand j’étais jeune… ­Aujourd’hui, on maintient les apparences, mais on n’est plus du tout sur un pied d’égalité. Et je vois venir le jour où l’ONU nous demandera de partager avec l’Allemagne notre siège au conseil de sécurité ! C’est à la fois triste et énervant. Il va falloir prescrire à notre pays une thérapie de cheval si on veut rattraper ça », soupire-t-il. Quand on lui demande quel vœu il souhaiterait voir se réaliser d’ici à une vingtaine d’années, c’est avec enthousiasme qu’il répond : « D’abord, agrandir ma famille, car, pour le moment, on est trois avec ma petite fille, c’est-à-dire au tout début. Ensuite, j’espère que Webhelp passera de deux associés à… 100 000 collaborateurs ! » Puis il ajoute : « En tout cas, le plus important, c’est la famille ; à la fin, il ne reste que cela… Il ne faut pas se tromper sur l’échelle des valeurs. » Et en plus, il a l’air sincère !

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